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La Grèce a un nouveau gouvernement... mais toujours l'impasse
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La dernière chance

La Grèce a un nouveau gouvernement... mais toujours l'impasse

La Grèce reprend son souffle, un gouvernement de coalition est en train de se former. Cette nouvelle administration composée de plusieurs partis va devoir faire face à un pays en totale décomposition économique et sociale. Si ce gouvernement échoue à relancer l'économie, la Grèce risque fort de replonger dans un cercle vicieux.

Joëlle Dalègre

Joëlle Dalègre

Joëlle Dalègre est maître de conférences à l'INALCO, spécilisée en civilisation de la Grèce. Elle est notamment l'auteur de La Grèce inconnue d'aujourd'hui, de l'autre côté du miroir, l'Harmattan 2011, 252p. En collaboration avec 4 doctorants ou docteurs de la section grecque de l'INALCO.

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La Grèce va avoir un gouvernement, gouvernement de coalition (puisqu'aucun parti n'a obtenu la majorité des sièges), gouvernement qui, comme prévisible, regroupera sous la direction d'Antonis Samaras, la droite traditionnelle (ND), les socialistes du PASOK et la Gauche Démocratique (forme de centre-gauche), soit 179 des 300 députés. Les trois partis se sont même mis d'accord sur le nom d'un ministre des Finances, Vassilis Rapanos, un économiste, qui dirigea les Télécoms grecques, puis le conseil des experts du ministère de l'Économie et des finances avant la Banque nationale de Grèce. Malgré cette supposée bonne nouvelle, beaucoup d'observateurs néanmoins, Grecs ou non, pensent (ou craignent) que ce gouvernement ne passe pas l'automne... Pour quelles raisons ?

Ce gouvernement est faible. Faible parce que regroupant d'anciens ennemis, qui n'ont pas renoncé à leur individualité et à leurs rivalités de personnes, en témoignent les affirmations des socialistes et le gauche démocratique selon lesquelles ils ne mettraient au service de la coalition aucun « politique » mais seulement des experts techniques et financiers, comme pour mettre leurs « politiques » à l'abri, en réserve. Faible parce que cette coalition, si elle réunit la majorité des députés, n'a pas recueilli la majorité des voix, seulement 48% d'entre elles, et va devoir affronter l'opposition obstinée des communistes et des néo-nazis et celle du groupe important et très actif du Syriza ; elle ne peut donc se flatter de jouir d'un vrai soutien populaire. Faible, enfin et surtout, parce qu'elle prend les rênes d'un pays en totale décomposition économique et sociale ; or, elle ne peut se permettre le moindre échec. Un échec économique signifierait de nouvelles élections et un boulevard ouvert au Syriza.

La Grèce en décomposition économique et sociale ? Les signes ne manquent pas. La récession commencée en 2008 se poursuit : entre le 1er trimestre 2012 et le 1er trimestre 2011 (chiffres de l'El-Stat, INSEE grec) le PIB a baissé de 6,5%, dans le même temps, les investissements s'effondrent comme les importations de biens, la consommation... En 17 mois, 68 000 entreprises ont fermé leurs portes, peut-être 30 000 autres vont-elles en faire autant dans l'année à venir, et les salaires, comme les loyers, se renégocient à la baisse. Quant au chômage, il a atteint pour le premier trimestre 2012, 22,6% des actifs (+57% par rapport au même trimestre 2011) et 52,7% chez les 15-24 ans. L'activité économique s'arrête progressivement : les gens n'achètent plus, les entreprises ne trouvent plus de contrats, les biens ne se vendent plus, la construction s'est arrêtée, les firmes étrangères refusent d'alimenter les grossistes grecs, les particuliers ont de plus en plus recours à l'entraide familiale ou de voisinage, au troc de services, aux aides diverses fournies par l'Église orthodoxe, le parti Aube Dorée ou les antennes des ONG internationales. La hausse spectaculaire des suicides, celle de la criminalité en grande ville ou les affrontements de rue violents entre militants néonazis et militants d'extrême-gauche témoignent de la désagrégation du tissu social, la poussée même d'un nouveau nazisme n'est pas sans rappeler certaines conditions de l'entre-deux-guerres.

Ce qui semblait la panacée, le tourisme, lui aussi s'effondre : depuis 2009, le nombre des touristes étrangers diminue : l'indice 100 en 2005, devenu 113,9 en 2008, n'était plus que de 88 en 2011. La fréquentation du 1er trimestre 2012 était de 24% inférieure à celle du 1er trimestre 2011 (elle-même inférieure de 20% à celle de 2010 !), dix-huit hôtels importants du centre d'Athènes ont fermé leurs portes cet hiver et les réservations pour l'été 2012 sont inférieures de 30 à 50% à celles de l'an dernier à pareille époque. Quant aux Grecs, ils réduisent les déplacements et s'en tiennent, pour l'instant aux séjours dans la famille. S'il n'y a pas une reprise rapide, la catastrophe qui frappe en priorité les villes va s'étendre au reste du pays. Même les signes positifs ne le sont pas toujours... Au premier trimestre 2012 le budget primaire du pays (sans l'amortissement des dettes) était positif enfin ! mais... l'État doit plusieurs milliards d'euros aux hôpitaux et pharmaciens, à ses fonctionnaires payés avec retard, en TVA on remboursées. De gros efforts ont été faits par le SDOE, service chargé de poursuivre les fraudeurs fiscaux, de grands tricheurs arrêtés ! mais... la population ayant coupé les chauffage central cet hiver et la climatisation en cette semaine de canicule, diminué ses trajets en voiture, globalement moins acheté, taxes et TVA (pourtant augmentée) ont moins rapporté, l'impôt sur le revenu des salariés et retraités ne peut qu'en faire autant puisque salaires et retraites ont largement diminué.

Les dirigeants des partis de la coalition, bien conscients de la situation, insistent fortement sur leur bonne volonté européenne, mais aussi sur l'obligation pour l'UE de leur accorder des délais ou une aide pour que redémarre l'économie. Il ne s'agit plus de brandir le bâton disciplinaire contre les mauvais élèves et les enfants désobéissants. Imposer des armateurs qui n'hésiteront pas à changer de pavillon ou une Église dont les biens fonciers appartiennent souvent aux Patriarchats de Constantinople et de Jérusalem, ou aux monastères de l'Athos et sont donc intouchables, n'est qu'une simple menace démagogique. Seul le retour de la confiance, des Grecs comme de l'UE, dans leur gouvernement peut faire repartir l'activité (certains signes semblent se dessiner depuis 3 jours) ; le mouton déjà tondu ne peut plus rien donner dans l'immédiat.

L'UE, si elle accorde de nouvelles échéances aux Grecs, fait un pari sur l'avenir, le remède ne sera peut-être pas efficace, mais si elle ne fait rien, elle condamne le gouvernement Samaras qu'elle appelait de ses voeux et elle est sûre de perdre l'argent investi ! À elle de voir.

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