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Grandes entreprises : pour une doctrine d’Etat claire
©Pascal GUYOT / AFP

Responsabilités

Grandes entreprises : pour une doctrine d’Etat claire

Alors que la tentative de rapprochement entre Carrefour et le groupe canadien Couche-Tard était au coeur de l'actualité, le sénateur du Territoire de Belfort Cédric Perrin aborde le sujet de la stratégie de l'Etat vis-à-vis des grandes entreprises.

Cédric Perrin

Cédric Perrin

Cédric Perrin est sénateur du Territoire de Belfort et Vice-Président de la Commission des Affaires Étrangères, de la Défense et de Forces Armées

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Le capitalisme français est en pleine ébullition, au gré des diverses opérations de rapprochement qui fleurissent. La semaine dernière a vu la tentative de rapprochement entre Carrefour et le canadien Couche-tard. Et voici que cette semaine, le feuilleton Véolia-Suez a connu un nouveau rebondissement, ce dernier présentant une solution alternative.

Dans ces affaires, il est un acteur dont les plus libéraux doivent reconnaître l’omniprésence : l’Etat. Il a fait échec à l’opération dans la grande distribution, invoquant la souveraineté alimentaire. Il s’est par ailleurs opposé au principe d’un rapprochement hostile dans le domaine de l’eau.

Il ne faut pas craindre de l’affirmer : oui, trois fois oui, l’Etat, garant de l’intérêt général, lequel dépasse largement les seules questions de capital, doit intervenir. L’emploi, la cohésion des territoires, le maintien dans le temps long de filières industrielles ou de services efficaces sont bien de sa responsabilité. A contrario, les ravages du laissez-faire sont bien visibles, comme nous avons pu le voir dans le territoire de Belfort, exemple parmi d’autres, avec le rachat par General Electric de la branche énergie d’Alstom. Les belles promesses n’ont, une fois de plus, pas été suivies d’effet, laissant salariés et territoire en souffrance.

La question n’est donc pas de savoir si l’Etat est légitime à intervenir dans de telles affaires. Elle est plutôt de savoir s’il est capable ou non, après avoir remisé le libéralisme vanté par les communicants et les banquiers d’affaires, de proposer une doctrine claire, juste, et donc acceptable par tous, y compris les acteurs économiques. Trois conditions sont nécessaires.

D’abord, manier le concept de souveraineté avec prudence. S’il n’est plus un gros mot, son usage, et les conséquences juridiques que l’on en tire, doivent être bien utilisés. On peut estimer à bon droit que la souveraineté alimentaire était en jeu dans l’affaire Carrefour. Mais pour important qu’il soit, le rôle de Carrefour dans l’alimentation des français n’est certainement pas plus important que celui de Véolia et Suez dans l’eau. Or, dans ce second cas, l’Etat n’a pas soulevé la question.

Ensuite l’Etat ne doit pas donner le sentiment d’un deux poids deux mesures dans les moyens qu’il déploie. L’opération Carrefour implique(rait) une entreprise dans laquelle l’Etat n’est pas partie au capital. Ce n’était pas le cas dans le domaine de l’eau, l’Etat disposant d’une participation dans Engie. L’on peut comprendre, dans ce contexte, que les promoteurs du rapprochement Carrefour et Couche-tard, puissent nourrir le sentiment qu’ils ne sont pas traités de manière équitable.

Enfin, qu’il soit permis de dire que si l’Etat peut et doit arbitrer, dans la mesure où la France refuse le capitalisme de cow-boys, le caractère amical ou hostile d’une opération est un facteur à prendre en compte. En l’occurrence, sauf à ce que le contraire soit démontré, le rapprochement entre Carrefour et Couche-Tard a été imaginé sur un mode amical. Tel n’est pas le cas de l’affaire Véolia-Suez dont le plus impartial des spectateurs devra reconnaître qu’elle s’est très vite transformée en une guerre de tranchées qui, outre les protagonistes, n’en finit pas d’écorner notre image.

C’est dire, en définitive que si l’Etat a raison de prendre toutes ses responsabilités face aux grandes opérations capitalistiques, il doit avoir la main aussi précise qu’elle est puissante. Sa doctrine doit être parfaitement cohérente, sauf à créer des incertitudes qui découragent tous les acteurs. Aux cas d’espèce, de la même manière qu’il a su faire échec au rapprochement Carrefour/ Couche-Tard, il ne serait pas inopportun qu’il fasse usage de son autorité pour qu’enfin une solution amiable, qui ne lèse ni les protagonistes, ni les territoires, ni les collectivités locales, soit trouvée dans l’affaire Suez Véolia.

Cédric PERRIN
Sénateur du Territoire de Belfort
Vice-Président de la Commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées.
Maire Honoraire de Beaucourt

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