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L'État islamique doit en grande partie son ascension fulgurante à la propagande savamment orchestrée, responsable de son rayonnement sur Internet et véritable facteur de radicalisation, puis d'embrigadement de centaines de recrues à travers le monde.
L'État islamique doit en grande partie son ascension fulgurante à la propagande savamment orchestrée, responsable de son rayonnement sur Internet et véritable facteur de radicalisation, puis d'embrigadement de centaines de recrues à travers le monde.
©Reuters

C'est bon signe

Gore à gogo : la propagande vidéo, baromètre de l'Etat islamique (et visiblement, ça ne va pas fort...)

L'État islamique s'est démarqué des autres organisations terroristes par l'établissement d'un califat et une propagande savamment travaillée. La baisse du nombre de contenus diffusés par ses médias officiels et la variété réduite des thèmes abordés atteste plus que jamais du déclin de l'État islamique.

Cela faisait presque un an que ses fidèles ne l'avaient pas entendu. Abou Bakr al-Baghdadi, le dirigeant de l'autoproclamé État islamique, a enfin pris la parole dans une nouvelle vidéo de 34 minutes délivrée jeudi 3 novembre par les médias officiels de l'organisation terroriste. L'homme adopte un discours guerrier, semblable à ceux que les généraux entonnaient avant d'aller au front. Il faut dire que ses fidèles djihadistes qui ont embrassé la cause de l'EI ont besoin de remontant : en Irak, la moitié du territoire conquis a été récupéré par les troupes irakiennes et kurdes, appuyées par les frappes américaines. Même la ville syrienne qui incarnait leur combat et figurait sur les couvertures de leur magazine officiel éponyme, Dabiq, leur a été confisquée le 16 octobre 2016 par l'Armée syrienne libre (ASL).

La propagande, atout majeur de l'État islamique

Alors que l'EI se recroqueville dans l'un de ses derniers bastions, Mossoul (Irak), autour de laquelle l'étau des troupes internationales se resserre peu à peu, les stratèges de l'organisation islamiste réfléchissent à abandonner temporairement leurs revendications territoriales et muter en un groupe plus mobile tels que les talibans d'Afghanistan. Le prolongement d'un déclin amorcé début 2015 s'observe également au travers de la propagande diffusée par les médias officiels de l'EI, remarque le site Vice News dans un article publié le 3 octobre 2016 accompagné d'une vidéo explicative, que voici.

On le sait : l'État islamique doit en grande partie son ascension fulgurante à la propagande savamment orchestrée, responsable de son rayonnement sur Internet et véritable facteur de radicalisation, puis d'embrigadement de centaines de recrues à travers le monde. Forte d'un ministère des médias et de trente-trois bureaux régionaux chargés de véhiculer les agissements de l'organisation aux populations, la propagande de l'EI est essentiellement assurée par la publication de vidéos et de photos.

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Rythme des publications à la baisse

Une étude publiée début octobre 2016 par le Combating Terrorism Center de West Point a révélé en quoi la perte de vitesse de l'État islamique s'en ressentait dans sa propagande. Pour cela, les chercheurs ont recensé les quelques 9 000 contenus de propagande véhiculés par les médias officiels depuis janvier 2015, à savoir des photos et des vidéos. Le constat est clair : depuis que l'EI décline, le nombre de ces publications de propagande faiblit également, remarque Le Monde. Alors qu'en août 2015, l'EI publiait plus de 750 contenus, il n'en diffusait pas plus de 200 un an plus tard. Une période qui coïncidait justement avec une perte de 16% de son territoire, remarque l'organisme de recherche londonien IHS Conflict Monitor.

La propagande de l'EI, très présente sur Twitter – le réseau social a réagi en menant une offensive contre ces contenus qui s'est révélée efficace –, est majoritairement axée sur le thème de la conquête militaire, mais pas que. Certains des contenus visant à informer les internautes et à les attirer dans le califat sont également plus portés sur la manière dont ce dernier était administré et gouverné. Ils représentent un cinquième des contenus de propagande. On trouve également des photos et vidéos rendant compte du fonctionnement du commerce ou encore de l'application de la Charia dans la société. Les vidéos, quant à elles, se déclinent en plusieurs formats. Javier Lesaca, un analyste au Counter Extremism Project interrogé par Vice News, en distingue quatre : les interviews de terroristes face à la caméra, les scènes de guerre, les scènes de violence et d'exécution, et enfin les courts-métrages sur le fonctionnement de la société, à l'apparence de reportages. Comme on le voit sur le graphique suivant, la fréquence de publication de ces divers contenus a sensiblement baissé au fil des derniers mois.

(Suite en page 2)

Mutation

La propagande dont nous avons vu des extraits au travers des médias occidentaux ne rend pas compte du plus large spectre de thèmes ainsi abordés dans les vidéos que les personnes en voie de radicalisation peuvent trouver sur le Net. Si nous connaissons surtout les vidéos de décapitations et d'exécutions sommaires, rendues "célèbres" par la vidéo de l'égorgement du journaliste James Foley en 2014, on peut également trouver des contenus plus édulcorés tels que des photos et métrages de scènes de bonheur partagées entre les combattants djihadistes et les villageois, plus à même de convaincre les individus attirés par l'État islamique pour le système de société alternative qu'il représente, plus que par son idéologie islamiste radicale.

À l'heure où les troupes djihadistes perdent du terrain et des combattants, la stratégie de propagande de l'EI consiste désormais à revenir à ce qui a fait son succès initial: des vidéos violentes et sensationnelles, glorifiant le combat de ses martyrs. En août 2016, 18 des 24 vidéos publiées portaient sur ce thème; en septembre 2016, ce ratio s'établissait à 12 pour 20 vidéos. "Le mois de septembre a vu passer l'une des salves de publications violentes les plus massives depuis le début de cette pratique de propagande, constate dans les colonnes de Vice News Alexander Meleagrou-Hitchens, un chercheur à l'Université George Washington, spécialisé dans l'extrémisme. La propagande se veut désormais plus violente et militante".

Il faut toutefois se méfier du déclin de l'État islamique, explique Dan Milton, directeur des recherches au Combating Terrorism Center également questionné : "Bien que la propagande de l'EI décline, celui-ci reste un adversaire au sol et une menace dans le cyberespace". Toutefois, nous pouvons nous réjouir de l'affaiblissement de ce rythme de propagande, qui devrait limiter l'afflux des recrues étrangères qui forment une grande partie des rangs de l'EI.

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