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La couverture d'un roman SAS de Gérard de Villiers.
La couverture d'un roman SAS de Gérard de Villiers.
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"SAS" chez les Amerloques

Gérard de Villiers : du succès posthume à ce que l’on ne savait pas sur l’homme

Il aura fallu la consécration du "New York Times" pour que la presse française se résolve à se pencher sur son "cas". Deux mois avant sa mort. Un an avant le lancement, ce 1er août, de "SAS" aux Etats-Unis. Ressuscité, reconnu enfin, le père infréquentable de Malko ? Gérante des éditions De Villiers, sa dernière épouse, Christine, veut y croire. Malgré une triste guerre de succession qu'elle raconte à sa façon.

Barbara Lambert

Barbara Lambert

Barbara Lambert a goûté à l'édition et enseigné la littérature anglaise et américaine avant de devenir journaliste à "Livres Hebdo". Elle est aujourd'hui responsable des rubriques société/idées d'Atlantico.fr.

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A "Jeune Afrique" qui lui demandait s'il était raciste, Gérard de Villiers répondait en 2012 : "Politiquement, je suis résolument à droite, libéral, anticommuniste, anti-islamiste, anti-communautariste, antisocialiste, et c'est à peu près tout". "Il dit parfois des choses intolérables et on est en droit de se demander pourquoi on reste amis" déclarait encore l'été dernier Claude Lanzmann, auteur révéré de Shoah et pourtant très proche. Infréquentable, le père de Malko ? Dérangeant, à tout le moins, puisqu'il aura fallu un article publié le 30 janvier 2013 à la une du New York Times pour que soit reconnue la précision des informations distillées dans ses "polars de gare", et que la presse française, Le Monde en tête, se résolve à se pencher sur son "cas". 50 ans après la naissance de Malko, deux mois avant la mort de son créateur, le 31 octobre dernier.

"Né sous X"

Séparé, mais pas divorcé, de sa dernière épouse, Christine de Villiers, l'écrivain s'affichait régulièrement ces dernières années au bras de Sylvie Marshall, ex-belle-fille de Michèle Morgan et mère de la jet-setteuse Sarah Marshall. Malgré la distance, les deux anciens époux entretenaient de bonnes relations. C'est d'ailleurs Christine qui, depuis 1998, gère les éditions De Villiers. D'après elle, le créateur de "SAS" "était beaucoup plus complexe qu'il ne le paraissait". Derrière la formule toute faite, sans doute y a-t-il un fond de vérité. Né "de père inconnu", l'auteur n'a été reconnu par sa mère, Valentine Adam de Villiers, issue de la petite noblesse réunionnaise, qu'en 1936, soit sept ans après sa naissance. "Gérard ne parlait jamais de son enfance, dit Christine. Une fois seulement, il a laissé échapper que sa mère menaçait tout le temps de l'abandonner. Il ne possédait aucune photo d'elle et la seule photo qu'il avait de son père était une coupure de presse". Ce n'est qu'à l'adolescence, et après l'avoir cherché, qu'il fait en effet la connaissance de son père, le dramaturge Jacques Deval, Jacques Boularan à l'état civil.Flambeur, cet amateur de femmes qui se maria six fois et eut un nombre incalculable d'enfants, avait, comme on dit, "l'instinct du chasseur" et ne donnait guère dans le sentiment. Marié quatre fois, le créateur de "SAS" est le père de deux enfants, Michel et Marion, avec qui il avait plus ou moins coupé les ponts.

Gérard de Villiers, agent de renseignement

Journaliste à Minute, Rivarol, Paris-Presse, il devient correspondant à l'étranger pour France-dimanche dans les années cinquante. C'est là qu'il rencontre Jacques Lanzmann qui, à Paris, "rewrite" ses reportages un peu trop bruts de décoffrage. Quand, en 1964, le père de James Bond, Ian Fleming, disparaît, l'éditeur Philippe Daudy lui propose de lancer une série d'espionnage avec un héros récurrent dans la collection "Nuit blanche" qu'il dirige chez Plon. Le personnage de Malko naît quelques mois plus tard, que Gérard de Villiers forge à partir de trois de ses connaissances : l'officier de renseignement Yvan de Lignières, un marchand d'armes autrichien et un baron allemand du nom de Dieter von Malsen-Ponickau. Magie du roman et de la création ? Cinq ans après la sortie du premier épisode des aventures de "Son Altesse Sérénissime", "SAS à Istanbul", l'auteur croise le chemin d'un Malko plus vrai que la fiction : l'aristocrate charismatique et fortuné Alexandre de Marenches, patron du SDECE (ex-DGSE), héros de la Deuxième Guerre et... anticommuniste forcené. Effet miroir ou vrai déclic ? Comme l'a révélé Le Monde, par l'entremise de Marenches, l'écrivain entre dans les années 1970 au service Action du SDECE (la partie opérationnelle des services secrets) qui n'hésitait pas, d'ailleurs, à "utiliser "SAS" pour faire de la désinformation". A croire que c'était écrit, et que De Villiers devait devenir Malko — ce mixte de lui, de Marenches et, sans doute, de son père, aussi. 

Mort d'un "héros"

"Malko Linge, comme tous les héros, n'a pas d'âge, disait Gérard de Villiers. Il ne mourra pas et ne partira pas en retraite. Pas plus que moi". En décembre 2010, le soir de Noël, l'auteur perd le contrôle de sa Jaguar suite à un accident vasculaire cérébral, dont il ressort vivant, mais handicapé : pour se déplacer, le flamboyant est désormais condamné à s'aider d'un déambulateur, qu'il ballade, bon gré mal gré, aux quatre coins de la planète, et de préférence, "là où ça se passe". En juin 2013, atteint cette fois d'un cancer du pancréas, il entame sa chimiothérapie, confiant, "persuadé que s'il fait ce qu'il faut, il s'en sortira. Le problème, dit Christine de Villiers, qui vit dans la maison du Maître, à Saint-Tropez, c'est qu'il supportait très mal les séances. Quand, le 5 août, il a fait un malaise grave et qu'il a dû être hospitalisé d'urgence, il était trop tard pour la chimio, d'après le médecin qui le suivait et qui, bizarrement, n'était pas oncologue mais cardiologue... Gérard a alors était "soulagé" avec un cocktail à base d'insuline, de morphine et d'EPO ! Il me disait : "La seule mort dont je ne veux pas, c'est me voir mourir". Il en a malheureusement eu le temps. Peu à peu, sous l'effet de la morphine, il est devenu de plus en plus difficile d'avoir avec lui une conversation suivie. Il était, parfois même, incohérent". Au point de décider, tout à coup, et sans explication, de changer les serrures de son appartement ? "Fin septembre, j'ai reçu un coup de fil de la personne qui s'occupait des chats de Gérard, raconte l'ex-épouse. Elle était à la porte, et ne pouvait plus entrer. Johanna, la gardienne de l'immeuble de l'avenue Foch, et Philippe, l'homme de confiance, n'avaient pas davantage été alertés de ce changement. Quinze jours plus tard, la statue "La guerrière" de Philippe Iquily (une oeuvre monumentale représentant une femme nue tenant une mitraillette entre ses cuisses, ndlr) avait disparu et la cave avait été vidée ".

Guerre de succession

En même temps qu'est constatée la disparition, des trous apparaissent sur les comptes bancaires de Gérard de Villiers. Christine de Villiers dépose aussitôt une plainte contre X. A la mort de l'écrivain, le 31 octobre 2013, elle découvre que son ex-époux a signé un nouveau testament autorisant la vente aux enchères de ses objets personnels. Un inventaire est alors dressé, d'où il ressort que d'autres objets manquent à l'appel : "Les cravates Hermès à petits motifs que Gérard adorait, la montre que je lui avais offerte, sa robe de chambre, même sa chevalière et son I-phone avaient disparu !, s'exclame l'épouse. Etant co-propriétaire de ces biens, j'ai obtenu que la vente aux enchères soit annulée. Une enquête a été diligentée, ce qui nous a permis de retrouver certaines choses. Mais ce n'est pas terminé". Le fait est que, contrairement à ce que l'on aurait pu penser, il ne reste rien, ou pas grand chose, du trésor de Malko. Avec plus de cent millions de livres vendus, qui lui rapportaient entre 800 000 et 1 million d'euros par an, De Villiers, le flambeur, avait réussi à se mettre en état de quasi faillite. Suite à un redressement fiscal, l'auteur s'était vu contraint de vendre, en 2006, son appartement de l'avenue Foch pour 3, 3 millions d'euros qui n'ont pas suffi à colmater la brèche. Même l'avance de 125 000 dollars (soit 93 000 euros) obtenue lors de la cession de droits des cinq "SAS" acquis en juin 2013 par l'éditeur américain Random House a été aussitôt engloutie.

La nouvelle vie de Malko

Car — c'est malgré tout une nouvelle, et une grande ! — "SAS" va enfin franchir l'Atlantique. Qui l'aurait dit ? Cinquante ans après sa naissance, les Anglo-saxons n'ont en effet jamais entendu parler de "Son Altesse Sérénissime le prince Malko". "J'en veux beaucoup à Hachette, qui devait se charger de vendre les droits outre-Atlantique et ne l'a jamais fait, dit Christine de Villiers. Après l'article du "New York Times", un agent littéraire américain nous a contactés en mars 2013, raconte-t-elle. Gérard s'est rendu deux fois à New York, la première, pour le rencontrer, la seconde, en juin, pour signer le contrat avec Random House".En librairie le 1er août aux Etats-Unis, Les fous de Benghazi (The Madmen of Benghazi in English), qui raconte les aventures de Malko en Libye, vient d'être chroniqué dans Publishers'Weekly, l'équivalent américain de Livres Hebdo, le journal professionnel de l'édition. "Les lecteurs seraient en droit de se demander pourquoi les éditeurs américains n'ont pas publié cette série plus tôt", conclut le mag, franchement enthousiaste. Est-ce le début d'une nouvelle vie pour Malko ? Pour marquer l'événement, une grande campagne publicitaire est prévue. Dès le 29 septembre, le deuxième "SAS" américain, Chaos in Kabul (Sauve qui peut à Kaboul) déboulera dans les librairies, qui sera suivi de trois autres épisodes, dont Christine - on le comprend... - a hâte de savoir s'ils "prendront" ou pas. Quid, de l'Angleterre ? D'après la dernière et fidèle épouse de Gérard de Villiers, "Penguin Books est en relation avec notre agent". "SAS" au pays de James Bond, ce serait l'ultime consécration...

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