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Non, Moody's ne dégradera pas la note de la France en mai prochain
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Boulette

Non, Moody's ne dégradera pas la note de la France en mai prochain

François Hollande a alerté sur les conséquences d'une dégradation de la note de la France par Moody's le 12 mai prochain, six jours après le 2nd tour. L'agence de notation a réfuté une changement imminent de cette note. Explications.

Norbert Gaillard

Norbert Gaillard

Norbert Gaillard est économiste et consultant indépendant.

Sa thèse, rédigée à Sciences Po Paris et à l’université de Princeton, portait sur les méthodologies de notation souveraine. Il a été consultant pour l’International Finance Corporation (IFC), l’État de Sonora (Mexique), l’OCDE et la Banque mondiale.

Il est l'auteur de Les agences de notation (La Découverte, 2010) et de A Century of Sovereign Ratings (Springer, 2011).

 

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Atlantico : François Hollande a déclaré qu’une décision de Moody’s sur la note de la France devrait être prise le 12 mai prochain. Il estime que si elle est négative, elle ne devra pas être prise comme une sanction du candidat élu. Techniquement, sur quels critères l’agence de notation va-t-elle prendre sa décision ?

Norbert GaillardIl faut bien comprendre que l’agence de notation ne va pas, a priori, prendre la décision de modifier la note de la France dans la foulée de l’élection présidentielle.  Rappelons qu’il y a eu une mise sous perspective négative de la note de la France en février dernier, donc il y a bien un risque de dégradation, mais dans un an, voire un an et demi. Même si la dégradation survient plus tôt dans l’année, il est peu probable qu’elle ait lieu lors du printemps, tout simplement parce que la mise sous perspective négative indique que l’agence veut se donner le temps d’analyser les éléments qu’elle possède avant de dégrader.

Pour qu’une dégradation ait lieu, il faut vraiment qu’il y ait un très gros événement financier et qu’il pèse très négativement sur les comptes publics français : un grand stress sur les marchés, des rumeurs de plan de soutien à l’Espagne, ou une augmentation brutale des taux d’intérêts français. Ces risques existent mais demeurent très peu probables à très court terme.

Le scénario le plus plausible est que l’agence attende au moins le mois d’octobre ou novembre, c’est-à-dire le vote de la loi de finance 2013, pour se faire une idée précise.

Sur quelle base s’appuie François Hollande pour annoncer la date du 12 mai ?

Je crois qu’il y a eu une confusion de la part de François Hollande qui pensait que l’agence devait se prononcer dans les trois mois. Pour évoquer la date du 12 mai, il a du confondre mise sous surveillance négative et mise sous perspective négative. Dans le premier cas, le changement de note intervient dans les trois mois, la décision de Moody's datant du 14 février dernier, la date donnée par François Hollande correspond à la fin des trois mois.

En revanche, la mise sous perspective négative implique que le changement de note dans un délai d'un an et demi, et c'est sous ce statut que Moody's a placé la France. Cette confusion peut s'expliquer de deux façons : dans un premier temps se sont des indicateurs assez techniques propres aux agences de notation. Dans ce second temps, et c'est, je crois, l'explication la plus plausible, il y a clairement la volonté politique d’avoir une réponse rapide de Moody’s concernant la situation actuelle de la France. Cette décision serait un état des lieux des finances publiques.

C'est d'ailleurs assez traditionnel chez les candidats à la présidentielles, et les présidents nouvellement élus de vouloir un état des lieux des comptes publics assez rapidement. D’ailleurs on sait que François Hollande a d’ores et déjà sollicité la Cour des Comptes. Cela n’a rien d’anormal, c’est un geste assez classique de la part d’un éventuel présidentiable.

Est-ce qu’une éventuelle élection de François Hollande peut peser négativement dans la décision de Moody’s ?

Je crois que les agences attendent des actes de la part des hommes politiques et il faut écarter toute dégradation de note suite à l’élection d’un candidat. C’est quelque chose qui ne se voit pas en général. Une agence attend des mesures fiscales et budgétaires, telles que les cibles de réduction de déficit et d’endettement public, des choix de politique économique.

Or, l’un des principaux actes de politique économique est évidemment le vote de la loi de finance car il s’agit de la feuille de route à un an d’un gouvernement. C’est pour cela que les agences devraient logiquement avoir comme repère le mois d’octobre 2012. L’agence se laissera le temps avant d’agir.

Moody’s s’ancre donc dans la prudence ?

L’agence ne veut pas agir dans la précipitation. Il faut admettre que le climat actuel ne laisse pas d’alternative. Les agences sont ouvertement critiquées par les dirigeants politiques. Le cadre réglementaire et législatif européen est également lourd de menaces. La Commission Européenne a présenté en novembre 2011 un règlement visant à renforcer la supervision et l’encadrement des agences. Le Parlement est actuellement en train d’amender ce texte, et un vote se tiendra d’ici peu. Tous ces facteurs ne peuvent que dissuader Moody’s d’agir précipitamment.

L’agence a intérêt à tenir compte tenu du contexte économique, financier, législatif et réglementaire actuel et à se laisser le temps de la réflexion.

Quel impact une dégradation pourrait-elle avoir sur le gouvernement ? Serait-ce un moyen de pression ?

Il y a déjà eu une dégradation de la France par Standard & Poor’s au mois de janvier dernier et cela a changé la donne car, dans tous les cas, la deuxième dégradation serait attendue par les acteurs de marché. Ensuite, inévitablement, on se trouverait face à une situation difficile. Tout dépend des raisons qui conduiraient à cette dégradation. Même si les efforts en matière de réduction des dépenses sont insuffisants, un problème majeur persiste : la situation de l’Espagne. Si jamais se profile la nécessité d’un plan d’aide au pays, le FESF serait activé, déclenchant une grande défiance à l’égard de la majorité des pays de la zone euro. Ce serait vraiment inquiétant.

Le cas de figure le plus dommageable pour la France serait une dégradation qui surviendrait à la suite des difficultés d’un grand pays européen. En revanche, si  la dégradation intervient parce que Moody’s estime que toutes les dispositions n’ont pas été prises pour réduire le déficit et le niveau d’endettement, c’est bien sûr problématique, mais cela reste, si je puis dire, dans l’ordre des choses, au regard de ces derniers mois. Force est de constater que notre pays est de moins en moins maître de son destin et de son triple A.

Propos recueillis par Priscilla Romain

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