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François Hollande joue-t-il à qui perd gagne ?
François Hollande joue-t-il à qui perd gagne ?
©Reuters

Éditorial

François Hollande à qui perd gagne

Son affirmation d'une identité social-démocrate sur le plan économique avec la mise en place du Pacte de responsabilité et sa volte-face sur le plan sociétal avec le report de la loi sur la famille feraient en fait partie d'une stratégie électorale bien précise de François Hollande.

Yves Derai

Yves Derai

Yves Derai est éditorialiste à Atlantico. Chaque semaine, il écarte les lourds rideaux de velours des palais de la République pour nous en révéler les secrets.

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Drôle de jeux auxquels s'adonne depuis quelques temps le président de la République. Passons sur les récents épisodes de sa vie privée, ils ont été suffisamment commentés. En revanche, attardons-nous sur ce qui peut sembler être un moment de panique du quinquennat mais qui restera peut-être comme son tournant stratégique. En l'espace de quelques jours, François Hollande a présenté en grande pompe le Pacte de responsabilité qu'il souhaite passer avec les entreprises (en résumé, baisse des charges pour les sociétés en échange de création d'emplois massive). Puis il a décidé, selon nos sources en tout petit comité, d'enterrer la loi  sur la famille qui avait jeté des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes dans la rue.

Si le Pacte de Responsabilité a divisé un temps la droite, il a surtout heurté un électorat de gauche qui y a vu un nouveau cadeau aux patrons et un joli miroir aux alouettes pour les salariés. Idem pour le retrait de la loi Bertinotti. Selon un sondage Louis Harris dont les résultats viennent d'être révélés, il rassure le peuple de droite attaché aux valeurs traditionnelles d'inspiration judéo-chrétienne mais désoriente une grande partie des électeurs qui ont voté François Hollande à l'élection présidentielle de 2012.

Il paraît donc assez clair que ces deux orientations,  importantes l'une et l'autre - l'affirmation débonnaire d'une identité social-démocrate sur le plan économique et une volte-face ô combien symbolique sur le plan sociétal - ne sont pas de nature à mobiliser l'électorat socialiste à un mois et demi du premier tour des municipales. Quant aux européennes de juin, elles s'annonçaient déjà peu réjouissantes avant ces événements. Alors maintenant...

Un scenario que d'aucuns qualifieront de "politique fiction" permet pourtant de donner du sens à cette séquence hautement probable. Après une défaite aux municipales puis aux européennes, le chef de l'Etat sera amené à prendre des décisions radicales en matière de gouvernance pour tenter de relancer sa présidence... et sa cote de popularité par la même occasion. Contrairement à ce qui peut être dit ça et là, il n'est nullement question, à l'Elysée, d'envisager une dissolution de l'Assemblée nationale qui aurait pour conséquence de faire battre les deux tiers des députés socialistes sortants, de porter une majorité de droite au pouvoir et de susciter des candidatures PS concurrentes en 2017. En revanche, l'hypothèse de nommer à Matignon un Premier ministre au profil  "techno" pour faire court , compatible avec le fameux Pacte de Responsabilité, fer de lance de la nouvelle ligne politique hollandaise, circule discrètement. Le remplaçant de Jean-Marc Ayrault confronté à la fronde prévisible de la gauche de la gauche aurait mandat d'ouvrir son gouvernement au centre. Un nom est même avancé, celui de Pascal Lamy, compagnon de route de François Hollande et partageant le même mentor, Jacques Delors, dont Lamy fut le conseiller à Bercy dans les années 80 puis le directeur de cabinet à la commission européenne dans les années 90. Politiquement très œcuménique, il exerça la présidence de la commission Prospective au Medef avant d'être nommé à la direction générale de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 2005 grâce au soutien de Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin ! Il a été reconduit dans ses fonctions pour quatre ans par acclamations en 2009.

Il reste que Pascal Lamy, disponible depuis 2013, incarne une certaine vision fédérale de l'Europe et défend sans état d'âme la mondialisation de l'économie. La percée annoncée des listes eurosceptiques de droite comme de gauche - du Front de Gauche au Front National en passant par celles de Nicolas Dupont-Aignan - aux élections européennes de juin enverrait un message au sommet de l'Etat qui devrait dissuader Hollande de mener à son terme son plan machiavélique.

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