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François Bayrou candidat en 2017, ça serait quel projet politique ?
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Le retour

François Bayrou candidat en 2017, ça serait quel projet politique ?

Peut-être relancé par "l'affaire Pénélope", la sortie de son livre "Résolution Nationale", et même s'il a affirmé avoir toujours le goût pour "la poudre", François Bayrou n'a pourtant pas encore choisi de se lancer dans l'aventure présidentielle. La bataille qu'il appelle de ses vœux pourrait être un revers assuré... à moins que certains facteurs non-identifiés jouent en sa faveur.

Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, spécialiste de la vie politique française. Il s’est aussi spécialisé dans l’analyse localisée de la politique. Il dirige une collection aux éditions « Le Bord de l’Eau » intitulée : « Territoires du politique ». Prochain livre à paraître : « Entretiens avec Jacques Valade » (octobre 2021). Officier des Palmes académiques, il est, par ailleurs, membre associé de l’Académie nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.  

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Atlantico : De retour sur la scène politique avec la sortie de son nouvel essai Résolution Nationale, François Bayrou semble hésiter à se présenter. Quelle place occupe-t-il aujourd'hui dans le paysage politique français ? Quel électorat pourrait être sensible à ce positionnement politique ?

Jean Petaux : L’entretien que François Bayrou a accordé à TF1 ce soir me semble devoir être considéré comme un « petit caillou » sur le chemin de la candidature. Très clairement le président du MODEM est dans un « plan Com’ » où il convient de susciter le désir du produit, de créer l’attente et de construire les termes de l’intrigue avec la dose de suspens indispensable pour maintenir l’intérêt des spectateurs. Si on voulait se livrer à une comparaison dictée par les circonstances : « La Canard Enchainé » feuilletonne la descente en flamme de la candidature Fillon ; François Bayrou feuilletonne sa déclaration de candidature. Je ne crois pas qu’il hésite à se présenter. Si attente et interrogation il y a elles ne portent pas sur son envie, sur son vœu. Il a dit clairement d’ailleurs ce soir « qu’il aime l’odeur de la poudre du combat » ; « qu’il aime ce rendez-vous avec la France et les Français, la rencontre entre un destin individuel et un peuple ». Il a connu ces émotions déjà trois fois, en 2002, 2007 et 2012. En 2002 il a fait rigoler la France entière avec son tracteur à l’huile de colza. En 2007 jusqu’à ce qu’il mette une claque à un sale gosse qui lui faisait les poches il était « scotché » à 7% des intentions de vote. Il a terminé très fort à 18,57% des voix (plus de 6,820 millions de voix ce qui est considérable). En 2012 il est repassé sous la barre des 10% des voix mais a quand même recueilli 3,275 millions de suffrages. Donc Bayrou est un vrai « compétiteur de présidentielle ». A chaque fois il pèse d’une manière ou d’une autre sur le sort du scrutin final et il serait bien présomptueux de le passer par pertes et profits. 
En réalité il y a sans doute trois éléments qui retardent la déclaration de candidature de François Bayrou et qui l’ont amené à fixer un nouveau rendez-vous aux téléspectateurs pendant la seconde quinzaine de février. La première est l’élément le plus ennuyeux pour lui. Celui qui risquerait de le faire renoncer : le « nerf de la guerre » : l’argent. Le MODEM n’a plus du tout de réserve financière et une campagne présidentielle coûte cher. Pas de groupe parlementaire, peu de municipalités, des alliances certes passée à l’occasion des dernières élections régionales (et encore pas partout), aucun département en dehors de celui des Pyrénées-Atlantiques. C’est un parti exsangue que préside le maire de Pau. Il faut donc trouver de généreux donateurs. Lesquels ? Où ? Avec quelles arrière-pensées ? Gêner Macron ? Se présenter comme un plan de substitution à la faillite potentielle et prévisible de la candidature Fillon ? Auprès de quelle fraction de l’électorat de droite ? Bref : sans argent pas de campagne et sans argent nécessité de faire sponsoriser son engagement. 
Les deux autres explications de « l’annonce différée » tiennent plutôt des circonstances du jeu. On a évoqué les conditions de la création du « désir de candidature ». Il y a plus profond.

La première raison tient au fait que Bayrou a intérêt à rester « caché » et « masqué » le plus longtemps possible pour laisser Macron se découvrir (enfin) et sortir de l’ambiguïté qui est la sienne depuis des semaines, donc à courir le risque, en s’exposant, d’être « dévoilé » et d’être renvoyé vers le centre-gauche de l’axe politique.  Occupant désormais la place laissée vacante par la défaite de Manuel Valls et renvoyé d’ailleurs dans « ses 22 » par la droite qui commence déjà à gratifier, le « Petit Prince des sondages » (Macron) est présenté par la Droite comme le « seul et unique héritier et dépositaire testamentaire politique de François Hollande ». Les gens de Droite ne vont pas cesser de marteler ce refrain. C’est peut-être un argument simpliste et idiot mais il a le mérite de la clarté et de l’efficacité. 

La seconde raison tient à la conjoncture. Bayrou attend tout simplement que le « crash » de Fillon soit effectif. Une dizaine de jours après la défaite de Juppé, François Bayrou, respectant le minimum de « délai de viduité » de décence s’est rapproché de François Fillon. Passons sur les détails de leur rencontre. Disons que Bayrou est arrivé avec sa « liste de courses » (des circonscriptions législatives réservées aux candidats MODEM pour reconstituer le « trésor de guerre » parlementaire ; un poste ministériel pour une personnalité proche de lui, etc.). Fin de non-recevoir du Sarthois. Dans des termes tels que le Béarnais en a conçu un réel courroux au point que quelques jours plus tard Bayrou disait tout le mal qu’il pensait du « Fillon Chrétien », avec une virulence rare… En réalité Bayrou n’attend plus qu’une chose : que le candidat vainqueur de la primaire de la Droite disparaisse des écrans radars de cette présidentielle. Il attendra jusqu’à la mi-février. Si Fillon tient toujours en vol (hypothèse parmi d’autres, pas la plus certaine, loin s’en faut) après le 15 février, Bayrou se lancera et aura face à lui, à droite, un concurrent tellement affaibli et démonétisé qu’il pourra même récupérer une partie de son électorat.

Que peut-il incarner de différent des autres candidats ? En quoi l'option Bayrou comporterait-elle des avantages par rapport à ses concurrents ?

Le souci pour Bayrou c’est qu’il ne représente rien de nouveau par rapport aux autres candidats. Il risque, lui aussi, comme d’autres, d’allonger la liste des « sortants-sortis » et d’être victime du fameux « dégagisme » plus ou moins « conceptualisé » par les sbires de Mélenchon dont il ne reste plus qu’à imaginer que ce dernier va être lui-même atteint… Bayrou dont on a déjà dit que ce serait la quatrième tentative présidentielle (comme Mitterrand, l’un de ses modèles, mais avec deux victoires sur quatre pour le natif de Jarnac) va avoir du mal à se présenter comme un homme neuf. Il n’est certes pas très âgé : 66 ans en mai, contre 62 à Fillon et 71 à Juppé. Mais sa première élection (conseiller général des Pyrénées-Atlantiques) date de mars 1982. Il a été plus de 17 ans député, 4 ans ministre, président de conseil général pendant près de 9 ans et, in fine, maire de Pau depuis mars 2014. Autrement dit Bayrou est tout sauf un « homme neuf ». Son pedigree va-t-il jouer contre lui ? S’il incarne une mesure toute « centriste », peu aisément définissable d’ailleurs, il peut rassurer un corps électoral en train de perdre très sérieusement son « calme et le nord » par effondrement successif des vainqueurs potentiels. S’il représente une forme de continuité frileuse et tiède, alors il apparaitra comme un tenant du « pourvu que tout change pour que rien ne bouge »… L’avantage principal de Bayrou serait, ni  plus ni moins, pour nombre de concurrents représentants la génération des « Quadras » (Macron, Hamon ou d’autres non candidats cette fois-ci tels que Le Maire, Wauquiez, NKM ou Pécresse) ce serait d’être un « président de transition » élu certes mais pour ne rien faire (comme il n’a strictement rien fait en étant pendant quatre années ministre de l’Education nationale de 1993 à 1997), leur permettant à eux, les plus jeunes, de fourbir leurs armes (et leurs partis politiques ainsi que leurs réseaux) dans la perspective de 2022…

S'il ne se lançait pas dans la campagne présidentielle, pourrait-il avoir un rôle différent ? Sa précédente consigne de vote pour François Hollande contre Nicolas Sarkozy lui avait beaucoup coûté, se risquera-t-il à endosser une nouvelle fois le rôle du soutien ?

François Bayrou a une autre possibilité de jeu. Ce soir sur le plateau de TF1 il n’a pas « tiré » sur le « pianiste Macron ». Il a juste dit qu’il ne connaissait pas son programme. Il n’est pas le seul d’ailleurs, sa critique était donc très mesurée. Bayrou peut donc concevoir de passer une alliance avec Macron et son mouvement « En Marche ! ». L’ancien ministre de l’Economie n’a pas intérêt à demeurer dans un « dialogue exclusif » avec les déçus du PS et les orphelins de Valls. S’il ne veut pas être « recalé » à gauche il lui faut trouver auprès de personnalités centristes ou de centre-droit comme Bayrou et certains de ses alliés une image plus consensuel et peu clivante. Comme, par ailleurs, Bayrou est en recherche de circonscriptions et souhaite revenir à l’Assemblée avec une trentaine de parlementaires en juin 2017, il peut rencontrer chez Macron une écoute positive et favorable. Finalement Macron et Bayrou auraient sans doute intérêt à s’allier. Le premier pour emporter la présidentielle, le second pour se refaire une « santé politique » lors des législatives. Mais, en politique, la raison n’est pas toujours la variable la plus importante et surtout la qualité la mieux partagée. Il arrive, souvent, que les querelles d’égos tiennent lieu de raisonnement. Et dans ces cas-là plus rien n’est envisageable sereinement… On peut concevoir, sans risquer d’être démenti, qu’en matière d’égo les Macron-Bayrou n’en manquent pas !

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