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La France doit-elle s'inspirer du système d'éducation allemand ?
La France doit-elle s'inspirer du système d'éducation allemand ?
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Finie la récré

France/Allemagne : le match des systèmes scolaires

La question des rythmes scolaires est à nouveau au centre des débats. Le comité de réflexion lancé par le ministre de l'Éducation nationale Luc Chatel propose ainsi de réduire les vacances scolaires de 15 jours pour alléger la charge horaire des écoliers. L'occasion de comparer notre système à celui de notre voisin allemand.

Béatrice Durand

Béatrice Durand

Béatrice Durand est enseignante et écrivain.

Elle vit depuis 1990 à Berlin et possède la double nationalité française et allemande.

Elle est notamment l’auteur d’ un essai sur le quotidien allemand, Cousins par alliance. Les Allemands en notre miroir (Autrement, 2002) et, récemment, d’une critique du discours républicain français La Nouvelle Idéologie française (Stock, 2010).

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Les Allemands envieraient le modèle scolaire français, car il permettrait aux parents de concilier vie professionnelle et familiale. Inversement, notre ministre de l’Éducation se serait inspiré de l’exemple allemand, lorsqu’il proposa en mai dernier que les élèves pratiquent du sport l’après-midi. Mais comparer les systèmes scolaires français et allemands nécessite avant tout de revenir sur certains clichés.

La réalité du système scolaire allemand

Les enfants allemands pratiquent certes du sport l’après-midi, mais d’abord dans leur emploi du temps scolaire, comme tous les élèves du monde. Et l’après-midi, ils s’initient aussi à la musique, à des activités artistiques ou même font tout simplement.... leurs devoirs, parfois en-dehors de l’école, parfois à l’école, où ils peuvent également participer à des « AG » (Arbeitsgemeinschaften, littéralement communautés ou groupes de travail), sorte de clubs (théâtre, échecs, discussion politique…) comparables aux nouveaux « enseignements d’exploration » français.

Si, depuis une dizaine d’années, la Ganztagsschule (l’école toute la journée) a tendance à supplanter la traditionnelle école du matin, cela ne signifie en aucun cas qu’on multiplie le temps scolaire par deux, mais que l’école propose des activités différentes l’après-midi.

S’ils envient l’un des effets du modèle français (conciliation de la vie professionnelle et familiale), les Allemands trouvent l’enseignement français trop verschult, trop scolaire et trop accaparant dans la vie des jeunes : on veut bien allonger la journée scolaire, mais pas dans des proportions françaises, et faciliter la vie des parents n’est pas en soi un gage de qualité pédagogique.

D’ailleurs, contrairement à ce que nous suggère notre ego national, ce n’est pas vers la France que s’est tournée la société allemande après le « choc PISA » de l’an 2000, mais vers la Finlande, où ses ministres et enseignants sont allés chercher le secret qui permet de caracoler en tête des comparaisons internationales, tout en étant humain et juste socialement. Ils en sont revenus avec l’idée que tout n’était pas transposable à la société allemande, mais qu’il y avait des idées à prendre.

Le système scolaire allemand progresse dans les classements internationaux

Au sein de l’enquête PISA 2009, l’Allemagne recueille le fruit de dix années de remise en question : dans les trois compétences « compréhension de l’écrit », « mathématiques » et « sciences », ses élèves se situent désormais au-dessus de la moyenne de l’OCDE, alors qu’il y a dix ans, ils étaient systématiquement en dessous.

Les changements sont plus des changements de mentalité que des refontes structurelles lourdes :

  • Le jardin d’enfants n’est plus considéré comme un stress psychique insupportable pour l’enfant, mais comme un lieu d’intégration et une occasion de remédier plus tôt à des déficits linguistiques préjudiciables à la scolarité future, notamment chez les enfants d’étrangers.
  • L’école toute la journée, dans sa conception allemande, n’a pas seulement l’avantage de faciliter la vie des familles, elle peut être une occasion de lutter contre les inégalités sociales par l’offre de cours de soutien et d’activités diverses.
  • Les notions de performance et d’élite ont été remises à l’honneur : une prise de conscience de la reproduction des inégalités sociales a ainsi eu lieu, notamment sur l’exclusion statistique des enfants d’immigrés.

Le système scolaire français régresse

A l’inverse de l’Allemagne, la France, est désormais en dessous de la moyenne européenne pour les trois compétences analysées. Mépris hexagonal pour les comparaisons internationales ou consigne politique, la France avait déjà réagi avec beaucoup d’indifférence aux résultats de PISA 2000. Curieusement, la conscience aiguë d’une crise de l’école n’a pas incité à tirer la leçon des comparaisons internationales. En 2009, la proposition du ministre de l’Éducation Luc Chatel, d’un « plan sciences » pour répondre aux piètres résultats dans ces matières, fait encore l’effet d’un emplâtre sur une jambe de bois.

Et pourtant, déjà en 2000, les résultats français, précisément en mathématiques et en sciences, ces disciplines reines de notre culture scolaire, auraient dû mettre la puce à l’oreille : honorables, mais à quel prix ! Nulle part en Europe, on ne fait autant de mathématiques et de sciences qu’en France, en raison du prestige de la filière scientifique, passage obligé de la réussite scolaire française. L’investissement, pour la société et pour les individus, est énorme. Or, rapporté aux efforts déployés, le résultat était déjà plutôt mince en 2000. La chose n’a fait que se confirmer en 2009. Et si c’était la même chose dans d’autres matières ? Et si cela valait le coup de se demander comment font les autres cultures scolaires, plutôt que de se contenter d’idées reçues ?


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