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C'est grave docteur ?

Si les Françaises prennent autant d’antidépresseurs, c’est aussi parce qu’ils sont remboursés

L'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a publié lundi un rapport dressant l'état des lieux de la consommation des benzodiazépines en France. Ce dernier montre que les Français consomment plus d'antidépresseurs que l'essentiel de leurs voisins européens.

Atlantico : L'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) vient de dresser un état des lieux de la consommation des benzodiazépines dans notre pays. Quels est le constat de ce rapport ?

Michel Bourin : A l'aide du rapport de l'Afssaps, nous observons une diminution effective de la consommation d’anxiolytiques depuis 2002 mais également un étiage. Durant des années, la consommation a diminué car les principales consommatrices de ces médicaments sont décédées. De nos jours nous n’arrivons plus à diminuer la consommation. 

Ce sont des médicaments qui devraient être employés concernant le traitement des anxiétés réactionnelles, c’est-à-dire un état émotionnel désagréable, d’intensité variable, survenant en réponse à une impression de danger imminent et indéterminé. Durant une courte durée cela peut avoir un intérêt. Le problème reste l’arrêt du traitement.

Pourquoi les français(e)s sont-ils friands de ces molécules à base de benzodiazépines ?

Il existe une catégorie de Français  qui souffre de troubles de l'humeur et sont le plus souvent, bipolaires. Ces derniers sont par de grands consommateurs de benzodiazépines. Ils sont dépendants de cette consommation. C’est une addiction, ils prennent des benzodiazépines à la place d’autres types de drogues comme l’alcool ou le tabac.

Le mot "friand" n’est pas le terme adéquat. Si nous avions les moyens de faire des thérapies comportementales, ces excès seraient moins fréquents. Cependant, un médecin généraliste ne possède pas assez de temps. Si un patient lui confie qu’il est anxieux, ce dernier n’aura pas les moyens de suivre un tel traitement, d’autant que ce n’est pas remboursé, et d’aller voir un psychiatre comportementaliste afin de lui livrer son anxiété. Les benzodiazépines sont moins chères que l’alcool et les thérapies non médicamenteuses.

En 2009, selon certaines données européennes, la France était le deuxième pays européen qui prenait le plus d'anxiolytiques (après le Portugal). Pourquoi les Français plus que les autres ? Sont-ils plus stressés ?

Ce n’est pas plus que les autres. On nous bassine avec des chiffres qui ne sont pas avérés. D’après certaines données, les Français consomment plus de médicaments que les citoyens d’autres pays, que ce soit pour les traitements contre les hémorroïdes ou les benzodiazépines. Faire preuve d'un esprit critique est necessaire. Ce n’est pas particulier aux psychotropes. 

En France les médicaments sont remboursés et en moyenne deux à trois fois moins chers que dans les autres pays européens. Plus les prix baissent plus les individus en consomment. C’est un cercle vicieux.

L’anxiété est quelque chose de constant dans les pays, si les individus stoppent leurs consommation d’antidépresseurs ils se tournent vers d’autres forment de tranquillisants comme l’alcool. Et plus les individus sont âgés, donc proches de la mort, plus ils consomment ce type de produits.

De surcroît l’idée de l’anxiété n’est pas la même d’un pays à un autre et la pathologie peut s’installer en dehors de la réalité.

  • L’anxiété objective qui est reliée à l’anxiété réactionnelle. 
  • L’anxiété fantasmatique qui ne correspond pas à la réalité et peut être excessive.

 

Est-ce la faute des médecins ?

En France les médicaments sont considérés par les Français comme quelque chose de plutôt sympathique. Dans le vocabulaire français nous avons deux mots : médicaments et drogues. Dans le vocabulaire anglo-saxon il existe un seul mot : "drugs". Ce qui témoigne de la divergence culturelle. 

C’est autant la faute du médecin que celle du patient. Le médecin, lorsqu’il prescrit un médicament, devrait préciser la durée limité de ces traitements ce qui n’est pas forcément le cas. La prescription de benzodiazépines est stricte : 3 mois pour les anxiolytiques et 3 semaines pour les hypnotiques.

En outre, souvent, la première "prescription" n’est pas initialement médicale. La première prise d’antidépresseur étant généralement "familiale".

60% des consommateurs sont des consommatrices. Pourquoi les femmes plus que les hommes ?

C’est purement culturel. Les femmes consomment des benzodiazépines, les hommes ont tendance à consommer de l’alcool. Mais cela aboutit à la même chose, l'alcool comme les benzodiazépines se fixent sur les mêmes récepteurs.

Quels sont les dangers dus à cette consommation ?

Les dangers ne sont pas mesurés. Selon certaines études, ils peuvent favoriser le déclenchement d’une maladie d’Alzheimer. Selon d’autres études ils améliorent les capacités mnésiques. Cela dépend de la dose et de nombreux paramètres entrent en jeux.

Pour le moment il n’existe pas de données formelles sur les aspects délétères des benzodiazépines en ce qui concerne les évolutions du système nerveux central. Il est cependant nécessaire de distinguer deux types de risques :

  • les risques immédiats.
  • les risques à long terme.

Ces deux éléments ne peuvent pas être comparés.

Aux Etats-Unis dans les années 1970, lorsque les autorités sanitaires ont émis la volonté de diminuer la consommation de benzodiazépines, nous avons alors observé l’augmentation de la prise de drogues et autres substances stupéfiantes.

Il n’existe pas de médicaments anodins. Les benzodiazépines peuvent être employées à bon escient, cela dépend des doses. Il est inutile de "taper" sur ces dernières si c’est pour les remplacer par d’autres substances plus nocives comme l’alcool ou la cocaïne. En termes de santé publique c’est une erreur.

Que préconisez-vous pour lutter contre le stress ?

Le stress est un mauvais concept. L’anxiété est un terme plus adapté pour expliquer le recours à ces médicaments. Qu’est ce qui entraine l’anxiété ? Une rupture, une maladie, la vieillesse, la perte d’un être cher, l’avenir incertain, la situation économique… A-t-elle besoin d’être traité ? Oui pour certaines personnes, non pour d’autres. Beaucoup de facteurs entrent en jeux. 

Il existe également d’autres membres d’alternatives à ces traitements. Les antidépresseurs communément utilisés pour traiter les anxiétés durables ne sont pas adaptés à une anxiété réactionnelle puisqu’ils vont mettre 15 jours à trois semaines avant d’avoir un effet .

Les benzodiazépines sont consommées par les individus bipolaires, mais ces derniers sont consommateurs de produits quels qu’il soit. Je préfère qu’ils consomment des benzodiazépines plutôt que du cannabis ou des drogues. Être médecin n’est pas toujours aussi facile que de suivre les recommandations de l’Afssaps ! Qui par ailleurs, sont de bons "guide-line".

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