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Les joueurs de l'équipe de France de football lors de la finale de la Ligue des Nations contre l'Espagne.
Les joueurs de l'équipe de France de football lors de la finale de la Ligue des Nations contre l'Espagne.
©FRANCK FIFE / AFP

Triomphe des bleus

Finale Ligue des Nations - France/Espagne : Les bleus ont gagné. Qu'importe l'ivresse, pourvu qu'on ait le flacon

Longtemps malmenée par une équipe d'Espagne particulièrement difficile à manœuvrer, l'équipe de France a su une nouvelle fois inverser le cours des choses pour s'offrir la Ligue des Nations, le seul titre qui manquait à son palmarès. Elle doit une grande partie de son bonheur à Karim Benzema, auteur d'un but exceptionnel, et à Kylian Mbappé, encore une fois décisif.

Olivier Rodriguez

Olivier Rodriguez

Olivier Rodriguez est entraîneur de tennis et préparateur physique. Il a coaché des sportifs de haut niveau en tennis. 
 
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Finalement, nous, les hommes modernes, nous ne sommes pas si difficiles... Parce qu'au fond... que réclamons-nous ? Peu de choses. Simplement des fins d'années sans impôts, des repas sans brûlures d'estomac, une télécommande qui fonctionne et des matchs beaux comme celui joué à tombeau ouvert contre la Belgique... Alors, quand on est forcé de faire une croix sur les trois premiers vœux mais que le dernier est exaucé, ça fait un bien fou. Ça ne fait pas tout d'accord, mais ça permet quand même de se lever de bonheur.
Pourtant, même après une telle performance, quand on a envie de croire que le plus pur a été fait, il arrive que le plus dur reste à faire. En l'occurrence, se tortorer l'Espagne de Luis Enrique. Cette Espagne forte d'une jeunesse en pleine santé et aux épaules assez larges pour faire perdurer une rivalité historique entre les deux nations les plus dominantes des vingt dernières années.
Le moins que l'on puisse écrire, c'est que cette rencontre, pour les joueurs comme pour les supporters, ne fut pas une partie de plaisir... Remarquez, nous aurions pu l'anticiper car, même lorsqu'elles opposent deux équipes prometteuses, il arrive souvent que les finales accouchent de matchs ternes, fermés à double tour. Le genre de match dans lesquels l'enjeu pèse sur les débats comme une chappe de plomb, où personne ne joue, si ce n'est à se faire peur. Et c'est ce à quoi nous avons assisté hier soir, pendant soixante minutes plus laxatives les unes que les autres, juste avant que le match ne s'emballe et que les bleus forcent la décision. Je vous entends d'ici me dire : "Et alors ? Puisque nous avons gagné, qu'importe !". Et vous avez raison. En inversant un proverbe célèbre, je pourrais même écrire "qu'importe l'ivresse pourvu qu'on ait le flacon". En tous cas, chers lecteurs, si vous n'avez pas vu ce match, gardez simplement l'idée que l'équipe de France s'est tirée hier soir d'un sacré guêpier. Pourquoi ? Parce que les Espagnols jouent à la passe à dix mieux que quiconque, parce qu'ils usent les nerfs et les organismes comme personne et qu'ils sont aussi bons dans la conservation du ballon qu'aussi prompts à le récupérer dès lors qu'ils l'ont perdu. Voilà pourquoi. Fort heureusement, après une première période particulièrement soporifique et cadenassée par deux équipes très bien organisées qui défendaient (trop) bien, les choses se sont décantées.

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En fait, dans ce match, tout s'est joué entre les 63ème et 65ème minutes, des minutes complétement folles qui auront vu, chronologiquement, les Français toucher la barre sur une frappe de Théo Hernandez, les Espagnols ouvrir la marque par Oyarzabal, et Karim Benzema remettre les bleus dans le match vingt secondes plus tard sur une frappe enroulée aussi exceptionnelle qu'irrémissible. De ce soulagement allait naître un élan, une dynamique, que Kylian Mbappé allait concrétiser à dix minutes de la fin en remportant son face-à-face avec le gardien adverse, sur un service délicieux de Théo Hernandez, encore lui. Après deux dernières frayeurs écartées brillamment par Lloris (83è et 92è), les bleus, solidaires et valeureux jusqu'au bout, n'avaient plus qu'à exulter, festoyer, et repartir chez eux, le devoir accompli. 
Évidemment, au moment de saluer les performances individuelles, si un nom doit sortir du lot, c'est celui de Karim Benzema, remarquable une fois encore. Je vous invite à voir ou à revoir son but, déclenché avec la méticulosité d'un emballeur de porcelaine, un but aussi beau que précieux. De près comme de loin, ce joueur, cette locomotive qui exhorte sans cesse ses coéquipiers à occuper le wagon de tête, ressemble comme deux gouttes d'eau à un Ballon d'Or en puissance... Ce matin, le Madrilène peut se réjouir, il vient de remporter son premier trophée avec l'équipe nationale. Ça tombe bien, il est revenu pour ça.
Dans un autre registre, malgré une première mi-temps maladroite et empruntée, et même s'il parait émoussé, Mbappé mérite aussi d'être cité car ce poison constant, cet obstiné, a encore marqué un but qui change tout. S'il continue comme ça, ce jeune homme de beaucoup de passé va pouvoir sous peu se payer le luxe de fréquenter la postérité de son vivant. 

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Nous citerons également Lloris, au chômage technique pendant une heure, puis remarquable pour les deux parades citées plus haut... Pogba, qui a considérablement contribué au redressement des troupes par sa mentalité et la qualité de ses sorties de balles... Et Tchouaménie, pour son abattage et sa solidité dans les duels...
Chose certaine, cette victoire qui est aussi la sienne a aussi pour conséquence de donner une sacrée bouffée d'oxygène à notre sélectionneur. Lequel a (encore une fois) prouvé à tous ses détracteurs qu'à son sujet, le doute n'a toujours pas raison. Les années ont beau passer, son équipe lui ressemble toujours autant. Il continue à lui inculquer cette faim de victoire, cette soif de conquête, en lui martelant que gagner est une culture et que ce sport est tout sauf un jeu de satiété. S'il ne compense pas l'Euro raté, ce succès à la valeur relative aux yeux de certains, possède indéniablement la vertu de redonner le sourire à tout le monde. Il faudra pourtant bien que les grincheux s'y fassent, cette Ligue des Nations reste ce qui se fait de mieux après la Coupe du Monde et l'Euro. Quoiqu'il en soit, trois mois après un fiasco qui a froissé les orgueils et posé beaucoup de questions, cette performance confirme l'état d'esprit d'une équipe assignée à résistance... une équipe de francs-tireurs qui se spécialise de plus en plus dans la révolte et la conjuration de la défaite. J'en veux pour preuve cette statistique : sur ses huit dernières rencontres, les bleus ont été menés à sept reprises, sans jamais perdre. Pour le dire autrement, si elle ne fait pas tout bien, cette équipe n'a pas toutefois pas d'équivalent pour expliquer à qui veut bien le comprendre que, parfois, le bonheur, c'est tout simplement échapper au malheur. D'ici la fin de l'année, les bleus ne poursuivront plus qu'un seul objectif, celui de battre le Kazakhstan au stade de France, à la mi-novembre, pour valider leur participation à la Coupe du Monde Qatarienne.
Quittons-nous donc en songeant aux sourires radieux de nos joueurs préférés et à toutes ces images de liesse sportive, d'allégresse populaire, dans le sens le plus noble du terme... Nous parlons-là de ce qu'une consécration sportive à la portée internationale peut offrir de joies partagées, de communion, voire, et j'ose le mot, d'amour entre les êtres (entre nous, sans cravache en cuir et sans pinces à seins, il faut le faire !). Oui, ne ratons pas l'occasion rare de vivre, de jouir tous ensemble, réellement et merveilleusement, de l'utopie d'un monde multiculturel, trop vrai pour être beau, et dans lequel chacun peut s'épanouir... Le tout nous permettant opportunément d'oublier, heureux amnésiques volontaires que nous sommes, qu'une moitié de l'humanité meurt de faim tandis que l'autre crève d'obésité.
Franchement, je vous le demande : que demander de plus ?

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