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Les dernières élections européennes en attestent, les peuples européens se considèrent de plus en plus à la marge de la construction européenne.
Les dernières élections européennes en attestent, les peuples européens se considèrent de plus en plus à la marge de la construction européenne.
©REUTERS/John Kolesidis

Le chant du cygne

Fête de l’Europe : et si l’Union était en train de découvrir qu’elle était mortelle...

Paris accueille ce samedi 9 mai la dixième édition de la Fête de l'Europe, un moment consacré aux débats et aux manifestation culturelles. Cependant, les dernières élections européennes en attestent, les peuples européens se considèrent de plus en plus à la marge d'un projet auquel il n'ont jamais été pleinement associés.

Gérard Bossuat

Gérard Bossuat

Gérard Bossuat est professeur à l'Université de Cergy-Pontoise, titulaire de la chaire Jean Monnet ad personam.

Il est l'auteur de Histoire de l'Union européenne : Fondations, élargissements, avenir (Belin, 2009) et co-auteur du Dictionnaire historique de l'Europe unie (André Versaille, 2009).

 

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Alain Wallon

Alain Wallon

Alain Wallon a été chef d'unité à la DG Traduction de la Commission européenne, après avoir créé et dirigé le secteur des drogues synthétiques à l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, agence de l'UE sise à Lisbonne. C'est aussi un ancien journaliste, chef dans les années 1980 du desk Etranger du quotidien Libération. Alain Wallon est diplômé en anthropologie sociale de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, VIème section devenue ultérieurement l'Ehess.

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Jean-Marc Daniel

Jean-Marc Daniel

Jean-Marc Daniel est professeur à l'ESCP-Europe, et responsable de l’enseignement de l'économie aux élèves-ingénieurs du Corps des mines. Il est également directeur de la revue Sociétal, la revue de l’Institut de l’entreprise, et auteur de plusieurs ouvrages sur l'économie, en particulier américaine.

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Atlantico : En quoi peut-on dire que l'épreuve grecque a changé l'Europe ? Quelles fractures se sont révélées dans le bras de fer entre la Grèce et l'Allemagne, notamment sur la nature même du projet européen ?

Alain Wallon : Chaque fois que l’Europe s’est confrontée à une crise grave, à un défi de taille, elle en a tiré des leçons et, de ce point de vue, elle a changé. Non pas de nature, mais dans sa perception des problèmes et dans la manière d’y répondre. Ce fut le cas, encore récemment, après la crise financière de 2007-2010 et celle, dans la foulée, de la zone euro. Les mécanismes mis alors en place ont fait faire un grand pas dans la direction d’une régulation financière commune, absente au moment du passage à l’euro,  et consolidé un système monétaire fragile. Au point que, cinq ans plus tard, la crise de la dette publique grecque n’est plus à même d’entraîner ipso facto une crise globale de la zone euro. Mais un « Grexit » fragiliserait politiquement le projet européen en montrant l’incapacité de l’Union européenne à trouver une autre solution, réaliste et cependant solidaire, au défaut de paiement de sa dette par l’un de ses Etats membres. Fracture équivaut à rupture. Peut-on parler déjà de fractures ? De fissures, plutôt, comme dans un mur sous l’effet des tempêtes répétées ou de mouvement sismiques. Ces fissures dans le contrat européen étaient déjà présentes avant  la crise grecque. Le bras de fer engagé par le gouvernement grec d’Alexis Tsipras, quelle que soit la forme – parfois caricaturale – qu’il emprunte, était inévitable. Ce sont deux faces de l’Everest que doit gravir simultanément cette jeune équipe d’alpinistes, certes amateurs mais déterminés : la plus raide, la face Nord si l’on veut, n’est pas celle des discussions avec l’Eurogroupe, le FMI et la Commission européenne, mais bien plutôt celle d’une Grèce exsangue, émergeant d’un Ancien régime sclérosé et corrompu, rongé par le clientélisme et le népotisme. Une ascension qui ne peut se faire sans aide du camp de base européen ni oxygène financier…

Jean-Marc Daniel : Le problème grec a ébranlé l’Europe à mon avis pour trois raisons :

- la première est qu’en faisant venir le FMI contre l’avis de la BCE et de son président de l’époque JC Trichet, pour résoudre un problème de finances publiques et non de déficit extérieur, on a introduit deux idées fausses. D’abord l’idée que l’euro est en quelque sorte extèrieur à la Grèce, si bien qu’implicitement il est extérieur à tous les pays de la zone. Ensuite l’idée que les Européens n’étaient pas capables de résoudre ce problème. Quand la Californie a donné des signes de faiblesse budgétaire, personne n’est allé chercher le FMI et personne n’a proposé que cet Etat abandonne le dollar pour pouvoir dévaluer sa monnaie…

- la deuxième est que l’on a vu réapparaître des plaies que l’on croyait dépassées. Les Grecs font le procès des Allemands pour leur comportement entre 1941 et 1945 en Grèce, mais ils ne sont pas les seuls à récriminer. Les ex-pays de démocratie populaire rappellent aux Grecs qu’ils ont bénéficié des largesses européennes dans les années 80, à une époque où eux subissaient la faillite économique et la violence de la dictature communiste ;

- la troisième est que les difficultés financières de certains pays ont souligné le fait que les écarts de niveau de vie ne se comblent que très lentement entre les membres de l’Union. 25 ans après la chute du mur de Berlin, les pays d’Europe de l’Est sont encore très loin d’avoir le niveau de vie de ceux de l’Ouest. Et de même, les Grecs, les Chypriotes et même les Espagnols sont encore en retard. D’où le sentiment que les solidarités affichées ne sont pas réelles.

Gérard Bossuat : La crise grecque a inquiété les opinions publiques européennes parce qu’elles ont compris que certains pays membres n’avaient pas mis de l’ordre dans leur finances publiques. Elles ont constaté que ces désordres couplés à une crise financière puis économique mondiale ont conduit la Grèce, le Portugal, l’Italie, Chypre à subir les assauts d’un capitalisme financier agressif. Elles ont manifesté aussi leur défiance envers l’Etat grec. Mais l’épreuve grecque, le terme convient parfaitement ici, a révélé la faible solidarité interne de l’Union.

Le rêve européen porte sur la solidarité, sur des politiques communes. Or l’Allemagne de Mme Merkel a dénigré publiquement l’Etat grec et ses dirigeants, exigeant de lui une austérité qui ailleurs aurait provoqué des émeutes, et suscité de sa part des réactions de repli nationaliste très inusitées par leur ampleur.

Le projet européen en est-il changé ? Je ne le crois pas, car ce projet est défini par des traités qui donnent une direction à l’Union et qui mettent en avant l’approfondissement de l’unité. Toutefois une partie des peuples  européens a pu croire que l’Union protégeait face au malheur. Il en est résulté une crise de confiance à l’égard des institutions communes qui, après 10 ans de gouvernance Barroso, ont montré un grand immobilisme que Juncker n’a pas encore levé significativement. La crise grecque a mis en vedette les Etats plus que les institutions communautaires. Derrière le cérémonial des Conseils européens, on constate que comptent d’abord l’avis de l’Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne, un avis discuté bruyamment par les autres Etats membres, par ceux qui veulent compter, la Pologne, l’Italie, l’Espagne et par ceux qui ne veulent pas être oubliés. L’image d’ensemble est celle d’un concert des nations à la recherche de la notoriété internationale plus qu’à celle de l’intérêt général européen. 

Depuis que les élections européennes ont fait éclater au grand jour le fossé séparant les élites et les peuples européens, celui-ci n'a cessé de se creuser. En témoigne la progression en crédibilité des mouvements euro-sceptiques dont les préoccupations ont essaimé au-delà de leur sphère d'influence. En quoi la critique est-elle devenue plus structurée, et donc plus profonde ? Sur quels éléments porte-t-elle ?

Alain Wallon : Dans ce domaine, s’il n’y a pas fracture, il y a bien fossé ! Et c’est paradoxalement en invoquant la nécessité électorale de « coller » à la base que les partis politiques aux affaires ont creusé ce fossé. Non pas en s’engageant à fond dans le projet européen, mais bien au contraire en le mégotant, tant du point de vue des ressources financières faméliques allouées au budget pluriannuel d’une entité forte de 28 Etats membres que de celui de la responsabilité politique vis-à-vis de l’UE. Prenons - pas vraiment au hasard ! - l’exemple de la France. La victoire du « Non » au référendum sur le traité établissant une constitution pour l’Europe en 2005 s’est nourrie de l’opposition  d’une sorte d’auberge espagnole de l’euroscepticisme où  se retrouvait une grande partie de l’échiquier politique, vouant de concert aux gémonies le fameux « plombier polonais » censé incarner la très controversée directive Bolkestein. Et depuis dix ans, le discours européen des gouvernements français successifs a balancé sans cesse entre les critiques claironnantes contre  « Bruxelles », sorte de Golem sans visage, et  l’inaudible gestion quotidienne des affaires européennes, confiées à des secrétaires d’Etat aussi discrets que volatils, les grands dossiers restant sous contrôle direct de l’Elysée. La critique du peuple, quant à elle, est aussi large que floue, voire inconsistante puisqu’elle va jusqu’à s’accommoder du vote pour des programmes économiques dignes, en moins drôle - d’une pochade à la Dany Boon – retour au franc, retour du douanier à la frontière belge, etc.  Non, la critique n’a pas vraiment évolué. Elle se contente de marteler un mélange d’évidences (le manque de lisibilité du système européen, sa propension à réguler ou déréguler, son incapacité à se projeter au plan international, notamment militairement face aux crises à l’extérieur,…) et de contre-vérités. Ce n’est pas le vent de leur crédibilité, tout à fait minimale, qu’ont en poupe les partis euro-phobiques ou eurosceptiques et les fait progresser. C’est plutôt l’appel du vide qui, en politique, est destiné inévitablement à se remplir. 

Jean-Marc Daniel : Les élections européennes sont une occasion de défoulement politique. Quoi qu’il en soit, il est incontestable que les peuples sont de plus en plus eurosceptiques. En fait, les opposants à l’Europe développent des arguments qui en font surtout des adversaires de la mondialisation. Rares sont les critiques précises et construites sur l’Europe, ne serait-ce que parce que le jargon des eurocrates est souvent incompréhensible, et que les missions concrètes de Bruxelles sont mal connues. On accuse l’Europe d’être punitive avec les Européens en imposant par exemple des politiques budgétaires d’austérité- sans se demander si c’est l’Europe ou le bon sens économique qui les imposent - et d’être laxiste avec les autres, en acceptant une immigration sans contrôle ou en se soumettant aux exigences commerciales américaines. Cela traduit plus des illusions protectionnistes qu’autre chose.

Gérard Bossuat : La critique des euro-sceptiques, dont la diversité ne permet pas d’embrasser facilement les arguments,  remet en cause les partages de souveraineté décidés librement par les Etats dans des traités internationaux (Grande-Bretagne, Hongrie, Grèce, etc..), l’ouverture irresponsable des frontières, disent-ils, augmentant le chômage et les risques de subversion terroriste. Ils dénoncent les menaces que ferait peser l’Union sur les nations au nom d’une mixité accélérée des cultures ou de la mondialisation. Ils fustigent la complexité et la lenteur des institutions communes et leur faible représentativité démocratique. Il est vrai que les peuples ont en tête leur propre système politique ignorant encore le système communautaire, ses compétences, les règles de subsidiarité. Les euros-ceptiques dénoncent donc un imbroglio qui déroute avec raison les citoyens. Les opinions publiques, si l’on regarde les sondages et si l’on suit le procès fait en permanence aux institutions communautaires, ont abandonné leur confiance initiale envers « Bruxelles » pour adopter une méfiance structurée par les idéologies de l’extrême droite souverainiste et de l’extrême gauche anticapitaliste et protectionniste. En 1950 l’unité européenne rassurait, en 2015 elle contraint sans éclairer l’avenir.

L'Europe se meurt-elle d'avoir voulu se faire à l'insu des Européens, à qui jamais n'a formellement été présenté le projet fédéral auquel tendent pourtant les élites ?

Gérard Bossuat : Pour autant l’Europe meurt-elle ? La question part d’un a priori facilement réfutable. L’Union européenne ne meurt pas. Les traités fonctionnent. Mais les citoyens désirent une autre Europe pour résoudre les crises graves qu’elle subit. L’Europe des pères de l’Europe a disparu en 1972 avec l’adhésion britannique aux communautés européennes ;  l’Europe à 28 n’est plus celle à 15, occidentale. Mais peut-on valablement se limiter à gérer à 28 une simple union douanière qui, à entendre la rumeur, serait même de trop si l’on revenait au protectionnisme ? Va-t-on revenir aux monnaies nationales et donc aux dévaluations compétitives ? Les sondages montrent que les élites ne sont pas seules à vouloir conserver la monnaie unique. Les opinions publiques des pays de l’eurogroupe sont attachées aux avantages concrets qu’elle procure. Veut-on  s’interdire de gagner des marchés et de la richesse à l’étranger si l’on se ferme aux investissements étrangers qui ne viendront plus dans une Europe à nouveau parcellisée où il n’y aurait plus de liberté de circulation des capitaux ?

Est-il vrai que le projet fédéral européen n’a jamais été présenté aux citoyens ? Vrai en effet. Mais l’Union européenne n’est pas une fédération. Le système communautaire européen est un mélange de fédéralisme pour la monnaie, la PAC, le commerce extérieur, l’union douanière et un système de coopération internationale raffiné, respectueux des souverainetés nationales dans d’autres secteurs de l’activité économique, politique, sociale et culturelle. Il n’y a aucun fédéralisme pour la défense, pour la fiscalité, pour l’éducation, pour la culture, pour la santé et la protection sociale, pour la politique étrangère si difficile à harmoniser. Alors ne parlons pas d’un système fédéral européen. L’unité ne s’est jamais faite contre les citoyens. Mitterrand a soumis Maastricht aux citoyens et le projet de traité constitutionnel a été rejeté par les citoyens. Pourquoi dénier toute légitimité aux votes du Parlement français, et des autres parlements, sur les différents traités qui ont abouti à constituer l’Union européenne et à créer ce système communautaire européen si original ?

Plus que de fédéralisme l’Union européenne souffre, à mon avis, d’un manque d’action commune parce qu’il n’y a pas assez de fédéralisme dans certains secteurs. Comment accepter, par exemple, les différences fiscales énormes d’un pays à l’autre qui provoquent une concurrence déloyale entre pays membres ? Comment refuser une autorité commune concernant l’immigration, alors que l’Italie s’épuise à recevoir le flux ? Elle souffre aussi des limitations d’action politique du Parlement européen.

Alain Wallon : Le projet de constitution a été longuement discuté par une Convention qui comptait plus de cent membres (105), dont un bon nombre de députés nationaux et de députés européens, puis présenté pour en débattre avec eux aux citoyens dans chaque Etat membre. Sans être un projet fédéral, il proposait de fortes avancées vers un système plus lisible, plus efficace et plus intégrateur. La victoire du « Non » en France et aux Pays-Bas a stoppé le processus et le « mini-traité » de Lisbonne, s’il a permis de remettre la machine européenne sur les rails, n’en a pas résolu sur le fond les limites et les contradictions. L’Europe ne se meurt pas pour autant mais, faute d’avoir réussi ce passage à la vitesse et à la phase supérieures, elle se découvre en effet mortelle au fil des élections européennes qui, tous les 5 ans, lui démontrent l’éloignement croissant des citoyens. 

Jean-Marc Daniel : L’idée que l’Europe se fasse à l’insu des Européens est convenue mais par forcément pertinente. Dans nos démocraties représentatives, c’est la classe politique élue qui dirige et non les peuples en ligne directe, au niveau national comme au niveau européen. Ce qui est caractéristique, c’est la faible place qu’occupe l’Europe dans les débats politiques, ce qui éloigne l’Europe de l’opinion. En outre, les hommes politiques ont pris ce travers commode  d’en faire systématiquement le bouc émissaire. Le problème majeur reste la capacité de l’Europe à prendre des décisions. Quand on est 28 autour d’une table, la probabilité de l’unanimité est quasiment nulle. D’où un temps infini de palabre, des hiérarchies plus ou moins bien acceptées entre les grands et les petits pays, des  refus de respecter les règles du jeu , autant de chose qui fragilisent le projet.

Valéry Giscard-d'Estaing a estimé que François Hollande commettait une faute en ne soutenant pas la demande britannique de réforme des institutions européennes. Les dirigeants actuels ont-ils conscience de la mortalité de l'Europe ? Les peuples européens l'ont-ils compris avant eux ? 

Alain Wallon : VGE avait présidé ladite Convention sur le futur de l’Europe et il a donc une certaine légitimité à rappeler l’importance d’une réforme des institutions européennes. Mais cela ne veut pas forcément dire une réforme telle que la veut M. Cameron, toujours soucieux, en bon commerçant britannique,  de donner moins pour recevoir plus. L’objectif central, au Royaume-Uni, c’est l’accès préservé à l’exceptionnelle zone de libre-échange que représente le marché unique européen. Tout le reste, notamment tout ce qui suppose des contraintes réglementaires et des solidarités financières, par péréquation ou autrement, leur semble devoir être réduit au minimum.  Les dirigeants européens donnent parfois l’impression de ne pas voir que certaines politiques, comme celle de Viktor Orban en Hongrie, sont plus que des coups de canif dans le contrat européen et mettent en danger les fondements mêmes de l’Union. Espérons que le réveil ne viendra pas trop tard… Les opinions publiques en Europe, et en particulier certains secteurs de la société civile, réagissent, grâce à l’information des médias, avec plus de vivacité que leurs dirigeants, mais hors des scrutins épisodiques, ces prises de conscience ont du mal à se traduire en action. Et les médiations entre le citoyen et la sphère publique européenne, malgré l’existence des parlementaires européens, lui paraissent peu discernables et utilisables ; ainsi, par exemple, l’actuel  droit d’initiative populaire beaucoup trop étroitement corseté.

Gérard Bossuat : Il faut comprendre ce que désirent les Britanniques. Leur vote du jeudi 7 mai en faveur des conservateurs est-il le  début du britexit ? Cameron voudrait supprimer toutes les contraintes et avantages partagés depuis 1957 ? Or le temps du "rule Brittania" est terminé depuis longtemps. Aucun retour impérial n’est possible pour la Grande-Bretagne tout comme pour la France. La grandeur des anciennes grandes puissances européennes  est d’imaginer l’avenir dans les ordres techniques, scientifiques mais aussi moraux et sociétaux, de proposer au monde des raisons de continuer les grandes innovations que furent la révolution industrielle du XIXe siècle, l’esprit d’aventure des découvreurs du Nouveau monde et des grands médecins européens, les réformes religieuses et la tolérance des philosophes des Lumières, et le magnifique apport des écrivains et artistes.

En quoi serait-ce une faute pour François  Hollande de ne pas avoir soutenu les demandes britanniques ? Elles ont été affichées plus pour gagner les élections et pour contenter les électeurs de Nigel Farage que pour répondre aux difficultés et crises de l’Union européenne.  VGE qui, en son temps, a magnifiquement coopéré pour l’Europe unie avec Helmut Schmidt devrait se réjouir au contraire de voir se resserrer l’entente franco-allemande autour d’une Union plus sûre.

Jean-Marc Daniel : Derrière ces projets de réforme, l’idée implicite est qu’il y a trop de pays et des pays en pratique assez peu homogènes. La réponse anglaise est de transformer le tout en une vaste zone de libre-échange. Celle de VGE est de faire deux cercles, ce qu’il appelle le projet « Europa ». Cela reviendrait à accepter la zone de libre-échange anglaise avec en son centre la zone euro redessinée. Intellectuellement tout cela peut être séduisant mais le choix est probablement plus brutal. C’est l’Europe actuelle ou la disparition et un certain temps avant que quelque chose de nouveau puisse voir le jour. Quant à François Hollande, il n’a pas de projet européen clair si ce n’est un vague programme de grands travaux à l’ancienne. Il pourrait apporter beaucoup en respectant une bonne fois pour toutes nos engagements budgétaires.

Une Europe qui se révèle mortelle, qu'est-ce que cela change, ou doit changer ?

Alain Wallon : Cela peut être l’occasion d’un nouveau point de départ. Comprendre que la construction européenne n’est pas un « tout ou rien », comprendre que rompre gravement les solidarités qui nous lient entre pays d’Europe depuis les lendemains de la Deuxième guerre mondiale serait porter peut-être un coup fatal à une création indispensable à la poursuite de notre indépendance dans une économie globalisée et férocement concurrentielle, comprendre qu’un de nos 28 pays livré à lui-même y serait emporté comme un fétu de paille, comprendre que les questions posées par l’immigration non européenne et les migrations en Méditerranée obligent à plus de solidarité et d’engagement de la part de tous les Etats membres (le taux d’acceptation des demandeurs d’asile est de 76% en Suède, de 21% en France… et de  9% en Hongrie).

Certes, mais il faut pour cela rouvrir les débats nationaux et européens sur le futur de l’Europe, avoir le courage politique de remettre en débat les Traités pour redessiner une ambition et redonner corps à l’utopie d’une maison Europe ouverte sur elle-même et sur le monde.

Gérard Bossuat : Jean Monnet avait dit que l’union de l’Europe se ferait par crises surmontées. Mais curieusement certains milieux de la scène médiatique sont hantés par la mort de l’Union européenne. Ils s’en effraient. En fait ils la souhaitent.

Jean-Marc Daniel : Tout le monde sait que les constructions humaines ont une fin. Mais il est difficile de les anticiper. Personne n’avait théorisé la fin de l’URSS… Espérons que si un jour, les Européens décident d’abandonner le projet issu des traités de Rome et de Maastricht, ils éviteront de sombrer dans des drames comme ceux qui opposent Russes et Ukrainiens.

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