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Cannes, ce Festival de castes
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Cannes, ce Festival de castes

La 65ème édition du Festival de Cannes a débuté ce mercredi. Une foule de fans tentent d’entrer dans le palais tandis qu’une cohorte de professionnels triés sur le volet cohabitent à l’intérieur.

Clément  Bosqué et Victoria Rivemale

Clément Bosqué et Victoria Rivemale

Clément Bosqué réfléchit aujourd'hui sur les problématiques de l'action publique, dans le domaine des relations internationales et de la santé. Diplômé de littérature et agrégé d'anglais, il écrit sur le blog letrebuchet.c.la sur l'art, la société et l'homme.

Victoria Rivemale est diplômée en Lettres.

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Il fait frais et humide sur Cannes et bientôt, le « même ciel étoilé » sous lequel les hommes communient dans l’amour du cinéma selon Malraux, se couvre. Ce qui n’empêche pas la ville de brûler d’une sorte de fièvre, et de se contracter et de se dilater au rythme des séances de projection.

A l’heure dite sur les programmes une petite foule de spectateurs afflue rapidement autour des entrées principales. Sous les robes moulantes, les strings sont tendus et les agents de police aux abords des rues barrées aussi. Cela bouchonne et bougonne en américain, français et italien.

Il faut passer plusieurs étapes et tous ne sont pas égaux devant la loi du festival. Selon votre niveau d’accréditation, vous passez (« c’est bon, allez-y ») ou ne passez pas, en fonction d’un code couleur aussi impénétrable qu’impitoyable. Des dizaines d’hommes en beige font le tri entre les cinéphiles et simples blogueurs, les « presse » divisée en multiples sous-castes, etc. Le chef des hommes en beige parle à l’extrémité de sa cravate qui dissimule un micro. « Tu laisses plus passer Jean-Pierre ». « Seulement les ‘presse’ ! ». « Monsieur, vous vous mettez sur le côté s’il-vous-plaît ».

Les refusés, en ligne compacte ne sont pas à l’abri de voir se faufiler entre eux le membre d’une caste prioritaire, sa carte tenue fièrement entre deux doigts, le regard fixe pour ne pas voir les haies de visages envieux qui s’écartent pour le laisser passer, tout leurs espoirs déçus. Ceux qui ne sont pas entrés se consolent un peu par petits groupes. Tout à coup, ils se mettent à courir, traversent les pelouses, serrant les programmes et magazines ; cette foule avide et vaguement ridicule d’importants méconnus, soumise au jeu de caste et de tri des hommes en beige, chroniqueurs et critiques se précipitent en haletant, comme des enfants saturés de sucre se ruent vers les attractions de Disneyland.

Oui, Cannes a des airs de fête foraine et, le soir venu, lorsque tout se met à tourner en orbite autour des fameuses marches et tapis rouge, on jurerait entendre à intervalles réguliers les cris perçants de passagers du grand huit dans le looping, assourdis par une épaisse couche de dance music.

Car autant, sur la Croisette, c’est la foire, autant ça ne rigole pas à l’intérieur des salles. Après De Rouille et d’os qui montrait jeudi le corps mutilé de Marion Cotillard, démaquillée et les cheveux gras, vendredi Paradis : Liebe d’Ulrich Seidl et Reality de Matteo Garrone semblent poursuivre la note d’un réalisme cru. Dehors, on s’égaie. Dedans on vient tendre la fesse gauche pour s’y faire administrer sa correction réaliste.

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