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Faut-il se résoudre à une baisse durable de notre niveau de vie ?
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Pessimisme

Faut-il se résoudre à une baisse durable de notre niveau de vie ?

Alors que la France est prise dans une crise dont personne n'est capable de prévoir la fin, les chiffres de l'Insee montrent que le niveau de vie des Français est en baisse constante depuis dix ans.

Rémy Prud'homme

Rémy Prud'homme

Rémy Prud'homme est professeur émérite à l'Université de Paris XII, il a fait ses études à HEC, à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de l'Université de Paris, à l'Université Harvard, ainsi qu'à l'Institut d'Etudes Politique de Paris. 

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Atlantico : Prise dans une crise protéiforme dont personne ne semble capable de prédire la fin, le niveau de vie des Français est en baisse continuelle. Faut-il se résoudre à cela ?

Rémy Prudhomme : La baisse du niveau des Français depuis deux ans est une réalité incontestable qui est souvent cachée par le fait que la plupart des observateurs observent l’évolution du PIB. Pour avoir un véritable aperçu du niveau de vie des Français, il faut le considérer par habitants car lorsque l’évolution du PIB est quasiment nulle comme en 2012 et que la population augmente de manière conséquente, comme c’est le cas dans notre pays, il y a un appauvrissement important. De plus, de nombreux facteurs ne sont pas pris en compte dans ce calcul comme le poids du capital qui augmente et fait logiquement baisser le niveau de vie.

Quant à savoir si cette baisse est inéluctable, la réponse est non. La plus grande partie des pays du monde voit leur niveau de vie continuer à augmenter, si c’est une évidence lorsqu’on parle des économies émergentes, c’est aussi le cas aux Etats-Unis, en Pologne ou encore en Suède. Il s’agit donc bien d’un problème presque franco-français et en aucun cas d’une fatalité. La France est l’un des rares pays dans lequel des politiciens ayant pignon sur rue prônent la décroissance. La première question qui doit donc se poser est de savoir s’il y a un consensus sur la recherche de la croissance et de l’augmentation du PIB sans quoi il sera impossible d’avancer.

Quelles sont les variables sur lesquelles il est possible d’agir pour lutter contre cette baisse ?

A court terme, 2013-2014, il n’y a en réalité que peu de choses à faire car les modifications nécessaires sont profondes et il ne sera pas possible d’enrayer ce déclin du niveau de vie des Français dans de tels délais. Depuis des années, les Français vivent à crédit, sur le dos de l’argent que le monde entier nous prêtait. Cependant, ce genre de logique a une limite et le reste du globe pourrait bien arrêter du jour au lendemain de nous laisser vivre à ses crochets. Il y a donc un premier effort à faire, et pas uniquement à propos des finances publiques, sur cette problématique-là.

A plus long terme, il faut à tout prix desserrer les freins qui entravent notre croissance et qui sont nombreux sous la forme de dispositions, le plus souvent écologistes, qui ont un effet direct sur l’économie française. Les exemples sont nombreux, comme le fait de s’acharner à tanner les Français sur le fait qu’ils sont presque des criminels lorsqu’ils prennent leurs voitures ou que les camions qui transportent des marchandises sont trop polluants alors que la France est proportionnellement l'un des pays qui émet le moins de CO2. Je m’étonne alors qu’on gémisse devant l’effondrement du marché automobile. Jacques-Bénigne Bossuet disait : « Dieu rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ». La phrase correspond parfaitement à la situation de la France qui se prive de la participation de l’industrie automobile et de tout ce qu’apporte économiquement une bonne mobilité. Il est possible aussi d’évoquer le refus du gaz de schiste et qui est pourtant en train de transformer l’économie américaine, la fermeture de centrales nucléaires en parfait état de marche ou des investissements inutiles dans des projets de transports comme le TGV Lyon-Turin dont nous payons la moitié des 25 milliards et l’Italie l’autre alors qu’elle n’en a pas le premier sous. Ce sont donc autant de freins qui empêchent notre économie de progresser et dont la présence ne peut que maintenir la baisse progressive de notre niveau de vie.

Le standard de vie français est-il devenu incompatible avec la structure de son économie ? Est-il nécessaire de le repenser ?

C’est le discours de tous les écologistes qui prétendent qu’il est possible de consommer autrement sans jamais expliquer ce à quoi cela correspond et quand ils le font cela se traduit pas une consommation moindre. C’est un mythe très sympathique sur le fond mais qui n’a pas de consistance réelle car les modes de vie et de consommation sont les conséquences de choix réfléchis des Français. A partir de là, qui va décider de la bonne façon de consommer ? Une agence centrale de la bonne consommation qui nous dicterait comment nous devons manger ou nous habiller, ou encore comme le prônent certains, décider si nos voyages sont utiles à la société ? Je n’accorde donc pas beaucoup de crédit à cette aspiration à l’altérité qui se traduit toujours par la mise en place des freins économiques que j'évoquais. De plus, il existe déjà des réglementations indispensables qui servent à réguler les externalités qui ne passent pas par le système des prix et qui méritent la régulation étatique. D’ailleurs, cela à un coût qu’il faut prendre en compte.

Cela témoigne-t-il de la nécessité d’une remise en cause fondamentale – philosophique et économique - de la place de la France, et plus généralement de l’Union Européenne dans le rapport de force économique planétaire ?

Que l’Europe soit globalement amenée à voir son rôle diminuer est une évidence ne serait-ce que par la baisse de sa part démographique et parce que les pays émergents s’enrichissent plus vite que nous. Une fois encore, je ne vois pas comment on peut s’en plaindre alors que nous avons passé des années à pleurer sur le sort de ces régions du monde qui continuaient à vivre dans la misère alors que nos conditions s’amélioraient.  Il faut être cohérent et à titre personnel je suis très heureux de savoir que des millions – pas tous – de Chinois soient sortis de la misère. Il reste cependant des domaines dans lesquels nous sommes les meilleurs, les plus efficaces et dans lesquels ces pays ont besoin de nous, il faut garder cette longueur d’avance. Le but n’est pas d’être plus riche que les autres mais de ne pas être plus pauvre que ce que l’on était. Il y a un déclin inéluctable de notre pouvoir politique, qui n'est pas une fin en soi, mais pas d’appauvrissement inévitable. La Suisse ne pèse pas lourd sur le plan politique mais ses habitants se portent bien.

Ce qui est plus inquiétant, et qui est une clé dans tout cela, est l’éducation. Il y a visiblement en France un recul relatif de l’efficacité de  notre système éducatif dans son ensemble. Les outils de comparaison dont nous disposons montre bien que nous sommes bien inférieurs aux Norvégiens ou aux Coréens. Là où le bât blesse c’est que c'est bien la qualité fonctionnelle de l’éducation qui a terme permet de conserver le niveau de vie et à la différence des Etats-Unis nous n’attirons pas de cerveaux brillants venus du monde entier. Comme l’a dit un jour quelqu’un d’inspiré : « nous exportons des bac+5 et nous importons des bac-5 ».

Propos recueillis par Jean-Baptiste Bonaventure

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