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Faut-il jeter les Gilets jaunes avec l’eau immonde des violences et de l’antisémitisme ?
©NICOLAS TUCAT / AFP

Tous pourris ?

Faut-il jeter les Gilets jaunes avec l’eau immonde des violences et de l’antisémitisme ?

Violences contre des personnes ou biens publics, accusations de racisme, plusieurs débordements ont émaillé les manifestations des Gilets jaunes. Mais est-ce suffisant pour jeter le discrédit sur l'ensemble du mouvement ?

Michel Fize

Michel Fize

Michel Fize est un sociologue, ancien chercheur au CNRS, écrivain, ancien conseiller régional d'Ile de France, ardent défenseur de la cause animale.

Il est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages dont La Démocratie familiale (Presses de la Renaissance, 1990), Le Livre noir de la jeunesse (Presses de la Renaissance, 2007), L'Individualisme démocratique (L'Oeuvre, 2010), Jeunesses à l'abandon (Mimésis, 2016), La Crise morale de la France et des Français (Mimésis, 2017). Son dernier livre : De l'abîme à l'espoir (Mimésis, 2021)

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Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque est historien, spécialiste du communisme, de l'anarchisme, du syndicalisme et de l'extrême gauche. Il est l'auteur de Mensonges en gilet jaune : Quand les réseaux sociaux et les bobards d'État font l'histoire (Serge Safran éditeur) ou bien encore de La gauche radicale : liens, lieux et luttes (2012-2017), à la Fondapol (Fondation pour l'innovation politique). 

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Atlantico : A quel point les "germes de l'anti-républicanisme" sont-ils contenus dans le mouvement des Gilets jaunes ?

Michel Fize : Le mouvement des Gilets jaunes est hétéroclite. Il y a une majorité  défilant pacifiquement à Paris et ailleurs en France. A cela vient se greffer une minorité qui s'agrège pour se livrer à une série de violences. Généralement cette violence se concentre plus contre les biens que les personnes mais comme on a pu le voir samedi avec le cas (sujet à polémique) des trois motards de police pris à partie. Il arrive de voir des violences contre les personnes mais cela reste peu courant.

Au sein de cette minorité, on peut distinguer quatre composantes. Tout d'abord il y a l'ultragauche, faite de Black Blocks ou non. On retrouve également l'ultradroite, en partie monarchiste donc antirépublicaine ou comme dirait Chistophe Castaner, "séditieuse". Elle est contre le régime républicain donc elle est bien antirépublicaine. Il existe aussi une composante de jeunes casseurs issus de banlieues. Enfin, il y a aussi une petite partie de Gilets jaunes se laissant entraîner dans les violences, poussés par l'exaltation naissant de toute foule dans l'espace public.

Sylvain Boulouque: Il y a une minorité des Gilets jaunes qui sont hostiles au système de représentation de démocratie libérale tel qu'on le connait aujourd'hui. Deux forces hostiles au système alimentent principalement le mouvement : d'une part l'extrême-droite, via notamment le RN, et d'autre part l'extrême-gauche via la France Insoumise contribuent à renforcer les Gilets jaunes. Ils demandent à ce que le système républicain tel qu'il existe aujourd'hui soit profondément modifié. Mais on retrouve également en des éléments plus radicaux issus de l'ultradroite et l'ultragauche, qui eux revendiquent clairement la fin du système parlementaire actuel.

Quelle est la part de radicalité existant au sein des Gilets jaunes ?

Michel Fize : Les Gilets jaunes sont radicaux dans leurs revendications car ce sont des revendications fortes qui nous mènent vers une société radicalement différente de l'existante. Ils peuvent exprimer ces revendications d'une manière coléreuse. On peut donc les taxer de "virulents" parfois dans leurs propos puisque la colère sous-jacente est massive, mais ils ne sont pas majoritairement violents et le répètent via leurs différentes porte-paroles. Ils sont dans une logique de contestation radicale mais d'une manière pacifique.

Nous ne sommes pas face à une manifestation "classique" face à un texte de loi, comme lors de la loi El Khomri, ou face à un mouvement social comme en 1995. Nous sommes face à un processus d'insurrection populaire, au sens large du "peuple" puisque différentes couches de la population se regroupent. La virulence, voire la violence font partie intégrante de tout mouvement insurrectionnel.

Sylvain Boulouque: Ce concept de violence ou de radicalité fait partie du comportement d'un certain nombre de Gilets jaunes. Et une majorité du mouvement ne se désolidarise pas de ces pratiques.

On peut retrouver par exemple certaines techniques d'intimidations sur les ronds-points: les automobilistes ne manifestant pas leur soutien se voient interdits de passage s'ils ne montrent pas leur solidarité. Lorsqu'il y a des violences, la majeure partie des Gilets jaunes va se déclarer pacifique mais va crier à la provocation policière comme origine même de cette violence.Il est très rare d'entendre des Gilets jaunes se désolidariser des actions de ce type-là, même dans des ronds-points. Le mot d'ordre est surtout : "Nous sommes pacifiques mais nous comprenons". Un autre exemple est celui de l'arrestation d'Eric Drouet. La majeure partie du mouvement s'est solidarisée de lui après son interpellation, indépendamment des faits qui lui sont reprochés.

N'y a –t-il pas une forme de violence symbolique à faire un amalgame entre ces débordements et l'ensemble des Gilets jaunes ?

Michel Fize : Nous sommes là face au problème de la loupe médiatique. Il est évident qu'en montrant en permanence les scènes de violences ou le tweet du ministre de l'Intérieur évoquant les comportements antisémites de cette ultradroite, on peut penser que les Gilets jaunes vivent dans la violence. C'est une position anachronique. On passe son temps à dire, médias en tête, qu'il y a les Gilets jaunes pacifiques d'un côté et les groupes extrémistes de l'autre mais on affiche essentiellement les seconds.

Il faut donc rester sur cette idée qu'il n'y a pas d'amalgame à faire. Jusqu'à preuve du contraire, les Gilets jaunes ne sont ni antisémites, ni antirépublicains, ni même anti-police. Il suffit de reprendre les revendications des porte-paroles depuis un mois pour s'en convaincre définitivement.

Sylvain Boulouque: Cet amalgame est surtout un constat. Il existe des formes de violence dans le mouvement des Gilets jaunes et la majeure partie ne s'en désolidarise pas. C'est selon moi dans l'autre sens qu'il faut le prendre : si personne ne dénonce ces violences, ça devient un accord tacite…

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