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EXCLUSIF - Le télégramme qui révèle l'inquiétude du patron de la police sur les menaces terroristes contre les forces de l'ordre
©Reuters

INFO ATLANTICO

EXCLUSIF - Le télégramme qui révèle l'inquiétude du patron de la police sur les menaces terroristes contre les forces de l'ordre

Manuel Valls a présenté un nouveau train de mesures antiterroristes. Parmi celles-ci, de forts recrutements dans les services de renseignement, un projet de "déradicalisation" des détenus et une surveillance accrue d'Internet. Un plan justifié quand on sait que plus de 3 000 individus en France constituent une menace terroriste pour la sécurité du pays.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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  • Ces derniers temps, quelques commissariats - dont celui de Metz - ont fait l’objet de menaces terroristes très précises. Des CRS de cette ville et de Strasbourg ont été attaqués.
  • L’armement des policiers devrait être revu et corrigé. Des tenues plus adaptées devraient leur être attribuées. La conception de certaines armes, selon l’UNSA-Police, remonte à plus de 50 ans.
  • Au 1er janvier 2015, le ministère de l'Intérieur compte 1 200 individus extrêmement dangereux, désormais djiadhistes et environ 2 000, au profil inquiétant, qui ont déjà sombré dans la délinquance, à qui manquent peu de choses pour se laisser tenter par l’islamisme radical.
  • Après le vote en novembre 2014 d’une loi contre le terrorisme, le Premier ministre propose d’accroître considérablement les effectifs du renseignement.
 

TG diffusion par SMS et internet d'informations évoquant des menaces contre les forces de sécurité publié par Atlantico


C’est un télégramme adressé il y a quelques jours par le directeur général de la police nationale (DGPN), Jean-Marc Falcone, à tous les directeurs centraux et chefs de service de la police nationale. Son objet ? Clair et net : « Diffusion par SMS et Internet d’informations évoquant des menaces contre les forces de sécurité. » Voilà, hélas qui est inquiétant. La suite l’est tout autant. Le DGPN écrit : « Depuis l’attentat du 7 janvier 2015, de nombreux policiers reçoivent et relaient des SMS d’origine inconnue faisant état de menaces à leur encontre et à l’encontre de leurs familles. Ces messages sont par ailleurs repris par les réseaux sociaux et certains medias »… Visiblement  préoccupé par ces attaques qui ne datent pas d’hier, Jean-Marc Falcone poursuit : « Comme cela a été rappelé par plusieurs instructions récentes citées en référence, mais également par la récente et dramatique actualité, les forces de l’ordre constituent depuis de nombreux mois des cibles potentielles pour les cibles terroristes. » Il y a peu, le commissariat de police de Metz a fait l’objet de menaces très explicites. Les compagnies de CRS ne sont pas épargnées. C’est ainsi que les fonctionnaires de la CRS 30 (Metz) et de la CRS 37 (Strasbourg) ont été attaqués.

A ceux qui en doutaient encore après ces trois journées dramatiques de janvier, notre pays n’est pas prêt de retrouver tranquillité et sérénité. Telle une hydre fertile, le terrorisme, on l’a un peu oublié, qui périodiquement frappe notre pays depuis le 15 septembre 1974 - souvenons-nous de l’attentat au Drugstore Saint-Germain qui fit 2 mort et 34 blessés et dont l’auteur est le vénézuélien Carlos - vient de réapparaître, tel un cauchemar. Le trait est forcé, dira-t-on, mais la patrie est en danger. A ses visiteurs qu’il reçoit quotidiennement, aux organisations syndicales qu’il a rencontrées le lundi 19 janvier,  le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuv , dont tout le  monde s’accorde qu’il a fort bien géré la crise de ce début de janvier, le répète haut et fort. En substance, il y a dans notre pays, au 1er janvier 2015, 1 200 individus extrêmement dangereux, désormais djiadhistes - ils étaient 500 au 1er janvier 2014 - souvent anciens délinquants de haut vol (trafic de drogue, braquages multiples et variés) qui font l’objet d’une surveillance serrée et environ 2 000, au profil inquiétant, qui ont déjà sombré dans la délinquance, à qui manquent peu de choses pour se laisser tenter par l’islamisme radical. Pour l’heure, ils sont, comme on dit, borderline…Bref, plus de 3 000 individus que l’on se doit de ne pas laisser gambader dans la nature et voir si d’aventure, ils ne vont pas faire un tour du côté du Moyen-Orient, en Syrie, Irak et Yemen, notamment. 


Face à cette situation, le gouvernement de Manuel Valls a réagi. Une première fois en faisant voter en novembre 2014, une loi visant à lutter contre le terrorisme, une seconde ce mercredi 21 janvier en annonçant toute une série de mesures renforçant notre arsenal antiterroriste. Parmi ses mesures figurent le déploiement du plan Vigipirate, et surtout la création de 1 400 emplois au ministère de l’Intérieur étalés sur une période  de trois ans - dont 1 100 pour le renseignement. Bravo. D’ailleurs l’UNSA-Police dont le secrétaire général est Philippe Capon approuve. Et prend «  bonne note de l’intervention du Premier ministre sur les annonces de renfort des effectifs et de moyens dans les services de renseignement afin de permettre de lutter plus efficacement contre le terrorisme ainsi que les engagements pris pour la protection des policiers. » Mais l’UNSA-Police met un bémol « en déplorant qu’à l’occasion des attentats, ces annonces se limitent essentiellement aux services de renseignement. » Parmi les autres mesures figurent la mise en œuvre d’une « déradicalisation » de détenus, la création d’un fichier de personnes condamnées pour faits de terrorisme ou mises en cause, et bien sûr une surveillance accrue d’Internet, vecteur de cyber-criminalité… Un préfet, Jean-Yves Latournerie est affecté à cette mission. Pour l’accomplir, il bénéficiera à coup sûr de son expérience de directeur des systèmes d’information et de communication du ministère de l’ Intérieur au début des années 2000. N’est pas oubliée l’amélioration du matériel ( armement, équipement ) des forces de police. A dire vrai, dans ce domaine, on frisait le ridicule. Songez que les policiers possèdent encore des fusils à pompe alors que depuis de nombreuses années, la délinquance a  totalement changé de nature. Il suffit de voir les règlements compte ahurissant qui ensanglantent régulièrement Marseille où l’attaque barbare de Charlie-Hebdo, le 7 janvier par les frères Kouachi. Désormais, les voyous possèdent des fusils d’assaut capables de viser à 100, 200, voire 300 mètres alors que les forces de l’ordre voient la munition de leurs fusils à pompe chuter à partir de 50 mètres ! De même de nombreux policiers que nous avons interrogés pensent qu’il serait judicieux  de commander des fusils d’un calibre 5,56  à l’efficacité incontestable. Certains services en sont déjà équipés. Ou alors, si les finances ne suivent pas, - le gouvernement  prévoit tout de même un budget de 736 millions d’euros pour mettre en œuvre l’ensemble de ces mesures - une piste, d’un moindre coût, pourrait être étudiée : la modernisation des vieux Ruger AMD, en changeant crosse et visée. Envisagé un temps, le projet a été abandonné en 2004. A Limoges, travaillent des ingénieurs spécialisés en armement. Ils ont, paraît-il, beaucoup d’idées : pourquoi ne sont-ils jamais sollicités ? Enfin, comment ne pas ironiser sur le gilet dit tactique, qui selon nombre de CRS n’a rien… de tactique du tout ? Sans doute son nom ne serait-il pas usurpé s’il pouvait être modulable… si on pouvait y ajouter des plaques pare-balles et une protection  épaules-clavicules… Sur cette question de l’armement, l’UNSA-Police, demande que soit menée «  une réflexion sur l’armement collectif,  et le remplacement  de certaines armes dont la conception remonte à plus de 50 ans ». Une mesure de bon sens quand  on sait que  depuis une vingtaine d’années, la police affronte  bien souvent des combattants, aguerris aux techniques de combat, possédant des armes, matériels de guerre et protections individuelles (gilet pare-balle).

Incontestablement, les mesures de Manuel Valls correspondent dans l’ensemble à une attente des citoyens et de la police… Mais demain, lorsque le Parlement aura à examiner un projet de loi prévoyant une plus grande facilité pour écouter de potentiels terroristes, que se passera- t-il ? Certains députés reculeront-ils au nom d’un certain retour à l’angélisme ? Et quand, l’ordre du jour sera consacré à la déchéance de nationalité qui deviendra possible en matière de terrorisme, mesure à laquelle Bernard Cazeneuve ne serait pas hostile, comment réagiront les députés socialistes ? Reste encore une question. D’importance : la « déradicalisation » des détenus. C’est en effet à l’occasion de leur incarcération, que bon nombre d’entre eux, à la suite d’une rencontre, se convertissent à un islam radical. Le projet du Premier ministre, pour détecter ces convertis, stopper tout prosélytisme et les remettre dans le droit chemin, souhaite les regrouper dans des lieux spécifiques  à l’intérieur de prisons. Pour gagner ce pari, de longue haleine, il est prévu de recruter 80 imams - en plus des 160 en poste dans les prisons. Louable intention. Sauf que ces imams ne font pas partie du personnel pénitentiaire, qu’ils ne sont pas formés comme le sont les aumôniers catholiques et qu’ils  ne seraient pas forcément enclins à révéler à l’administration pénitentiaire, l’évolution de tel ou tel détenu. Interviewée  mercredi 21 janvier sur iTélé, la secrétaire générale FO- Magistrats, Fabienne Brugère a fait part de son scepticisme sur le recrutement de ses imams…

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