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L'Eurovision : la victoire de la démocratie européenne directe
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Tour de chant

L'Eurovision : la victoire de la démocratie européenne directe

Le suspens est à son comble ! Dans quelques heures, une brochette de chanteurs et de danseurs va tenter d’accaparer l’attention de plusieurs dizaines de millions de téléspectateurs pour obtenir, au rythme endiablé de musiques plus ou moins pop, le titre envié de gagnant de l’Eurovision.

Hash H16

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H16 tient le blog Hashtable.

Il tient à son anonymat. Tout juste sait-on, qu'à 37 ans, cet informaticien à l'humour acerbe habite en Belgique et travaille pour "une grosse boutique qui produit, gère et manipule beaucoup, beaucoup de documents".

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Et c’est donc au milieu des flonflons cadencés et des pulsations sourdes que, l’espace de quelques heures, l’Europe va se retrouver propulsée dans cette dimension spatio-temporelo-médiatique où, d’un seul coup, les peuples vont pouvoir vibrer à l’unisson.

C’est étrange, quand on y pense, qu’une émission de variété aussi basique arrive à fédérer autant de gens alors que dans le même temps, dans le même espace, les frontières veulent se refermer, la monnaie s’effrite, la diplomatie est inaudible et la gouvernance européenne impensable.

A l’aune de cette constatation, on comprend qu’il suffirait cependant d’un rien pour que les cinq cents millions d’Européens reprennent goût à la politique de l’Union. C’est, finalement, surtout une question de présentation.

Ainsi, en obligeant nos politiciens à pousser la chansonnette pour faire valoir leurs idées, on amènerait d’un coup la politique au niveau vers lequel elle tente de s’élever : celui du pur show-business.

On imagine immédiatement les mélopées langoureuses d’un Papandreou sur l’air d’un « Ne Me Quitte Pas« , expression mélancolique d’une situation grecque inextricable. On savoure d’avance les « I Will Survive » électriques d’un José Socrates luttant d’arrache-pied pour un Portugal rongé par ses dettes. On ne peut que frémir à l’idée que Sarkozy nous tenterait un « Baby One More Time » sulfureux. Merkel, quant à elle, fixée sur son aversion au nucléaire, nous déclamerait les meilleurs strophes de « U Can’t Touch This » . Et comment ne pas mieux comprendre le Premier Italien lorsqu’il nous chantera « All I Wanna Do (is have some fun) » qui remettra en perspective ses frasques à répétitions ?

L’Eurovision, finalement, donne la voie pour nos politiciens, en ce qu’elle représente la tant vantée démocratie participative directe, rapide et tarifée préférentiellement par SMS et par téléphone. Ce concours musical est la démonstration par l’exemple qu’on peut, très simplement, impliquer des millions d’Européens (et même un peu plus tant la zone géographique couverte est plus vaste que la seule Europe continentale) sur des questions d’une importance capitale comme, par exemple, celui ou celle qui chante le mieux, qui a les plus jolies paillettes ou les riffs de guitare les plus sauvages…

Par extension, plutôt que s’encombrer de parlements lourds et dispendieux, plutôt qu’ajouter aux complexités nationales et aux appareils législatifs poussiéreux en empilant le niveau législatif européen dont tant de citoyens s’accordent à dire qu’il n’écoute plus le peuple, pourquoi ne pas tout simplement proposer des émissions de télé-réalité palpitantes dans lesquelles de frétillants politiciens, habillés dans de jolis costumes de lumière colorés et scintillants, viendraient nous vanter les délices de telle nouvelle vexation taxatoire, les avantages évidents d’une n-ième réglementation de la largeur des salamis ou la nécessité impérieuse d’une nouvelle restriction de liberté dans tel domaine…

La proposition une fois présentée, il suffirait aux citoyens-téléspectateurs de voter pour ou contre la mesure avec leur téléphone (appel non surtaxé) ou même, soyons modernes, par SMS avec, lâchons-nous, un tarif unique pan-européen !

On pourrait aller plus loin : si l’audience chute, les parlementaires, ne pouvant revenir en deuxième saison, seraient immédiatement virés et remplacés par de nouvelles équipes, plus scintillantes, plus vitaminées, plus joyeuses et pleines de ces propositions qui renouvellent la vie politique !

Je sens déjà les esprits chagrins faire semblant de pleurnicher sur la vulgarité d’un tel procédé pour une si noble mission démocratique. Mais à vrai dire, qu’est-ce qui est, réellement, le plus vulgaire, le plus bas ? Ce système qui admet, ouvertement, la « paillétisation » médiatique de la vie politique, ou celui, plus présentable mais ô combien plus hypocrite, qui consiste à en camoufler les aspects les plus ridicules ? Qui, finalement, de DSK et sa Porsche, de Berlusconi et ses escorts, de Sarkozy et son Fouquet’s, a fait le plus pour remonter le niveau politique ? Qui, actuellement, joue à « Qui Veut Gagner Des Milliards » à la Banque Centrale Européenne pendant que le peuple européen, lui, doit subir la crise de plein fouet ?

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