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DSK : en finir avec
le malentendu franco-américain
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Par dessus l'Atlantique

DSK : en finir avec le malentendu franco-américain

L'affaire DSK révèle les différences entre nos deux sociétés.

Guy Sorman

Guy Sorman

Auteur d'une trentaine d'ouvrages traduits du Japon à l'Amérique latine, de la Corée à la Turquie et la Russie, élu en France et entrepreneur aux Etats-Unis, chroniqueur pour Le PointLe Monde et de nombreux journaux étrangers, Guy Sorman est un esprit libre dont les conceptions libérales prennent souvent à contrepied la droite comme la gauche en France. Son dernier livre J'aurais vioulu être français est paru chez Grasset, en octobre 2016.

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Les regards différents portés par  les Français et les Américains sur l’inculpation de DSK, révèlent combien nos deux sociétés  sont réellement et profondément distinctes.

Aux Etats-Unis, particulièrement à New York et plus encore quand la victime présumée est une femme noire, les droits de cette victime présumée et sa parole, l’emportent sur la présomption d’innocence du coupable accusé. Ceci étonne ou choque des Français, mais pas les Américains : c’est la victime possible que l’on écoute d’abord et qui est, a priori, la plus légitime. Les Américains vivent dans la crainte d’ignorer une victime ce qui est clairement, l’héritage d’un long passé de brutalisation des faibles, en particulier des Noirs. Les Etats-Unis sur ce terrain, sont en permanente session de rattrapage : sans doute, une femme blanche dans des circonstances comparables, n’aurait-elle pas suscité la même compassion ni la même attention judiciaire.

Les Etats-Unis ne sont pas la France. Et alors ? 

Autre différence essentielle entre la France et les Etats-Unis, si banale mais que l’on ne répétera jamais assez tant c’est mal compris: les Américains sont spontanément démocrates tandis que les Francais conservent des réflexes plutôt aristocratiques. Il ne s’agit pas ici des institutions mais des mœurs, des comportements sociaux. La police et la justice aux Etats-Unis, viellent à traiter équitablement c’est à dire avec une même brutalité, les grands et les humbles de ce monde : DSK aura été traité avec une sévérité singulière parce qu’il est un aristocrate par l’argent et le pouvoir. Témoigner envers lui de quelques égard particulier, c’est inconcevable dans une société qui s’affiche comme égalitariste. En France, c’est évidemment l’inverse qui s’imposerait : nos aristocrates, soit parce que très honnêtes, soit parce qu’au dessus des lois, se retrouvent rarement en prison préventive. Aux Etats-Unis, la fortune et l’influence confèrent donc plus d’obligations sociales que de droits : DSK est malmené pour abus de pouvoir, implicitement, autant que pour le crime qu’il a peut-être commis.

La police et la justice sont elles plus rudes aux Etats-Unis qu’en France ? Il n’existe pas à ma connaissance, d’indice de la brutalité policière mais, à crime égal, les sanctions judiciaires sont plus lourdes aux Etats-Unis. Cette sévérité tient paradoxalement au caractère multiculturel  de la société américaine. Les légistes aux Etats-Unis estiment qu’une société issue de cultures très variés ne peut survivre avec une certaine harmonie que si la règle du jeu, la loi, est sévèrement appliquée : plus les Etats sont divers, New York l’étant particulièrement, plus la police et la justice sont répressifs. DSK est donc tombé dans un monde qui lui est totalement étranger, incompréhensif et incompréhensible pour un aristocrate français comme lui. Ceux qui en France, lui apportent un soutien, à tort ou à raison, ne comprennent généralement pas comment fonctionne cette société américaine : DSK n’est pas une victime signalée d’une répression hors norme  mais la représentation éloquente d’une civilisation radicalement différente de la France

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