Etat général de la Justice : c'est par la tête que pourrit le poisson | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Justice
Emmanuel Macron s'exprime lors du lancement des "Etats Généraux de la Justice", au Palais des Congrès à Poitiers, le 18 octobre 2021.
Emmanuel Macron s'exprime lors du lancement des "Etats Généraux de la Justice", au Palais des Congrès à Poitiers, le 18 octobre 2021.
©GUILLAUME SOUVANT / AFP

Réformes

Etat général de la Justice : c'est par la tête que pourrit le poisson

Les recommandations des Etats Généraux de la Justice seront-elles suffisantes et suivies d’effet pour réformer le système judiciaire ?

Jean-Pierre Escarfail

Jean-Pierre Escarfail

Jean-Pierre Escarfail, ingénieur-docteur-es-sciences, a travaillé dans l’industrie et le conseil, notamment chez McKinsey. Après le procès de Guy Georges, assassin de sa fille Pascale, il crée l'Association   pour   la   Protection contre les Agressions et Crimes Sexuels (APACS) et se consacre à l’amélioration des processus judicaires. Membre du Comité de Réflexion sur la Justice Pénale et d’une Commission Pluridisciplinaire des Mesures de Sureté, il participe aujourd’hui aux Etats Généraux de la Justice.

Voir la bio »

20 après le procès de Guy Georges, j’ai toujours la rage, non contre lui mais contre les Ministres qui firent si peu pour réduire ces horreurs. Diriger c’est vouloir. Oui, c’est par la tête que pourrit le poisson…

Parlons des empreintes génétiques, essentielles pour identifier les criminels ! Les anglais créent leur fichier en 1995 et six mois plus tard, il est opérationnel. En mars 98, le Juge Thiel doit menacer les laboratoires du Ministère de l’Intérieur pour qu’ils acceptent de rechercher l’ADN du Serial Killer. Après l’arrestation de GG, une loi est enfin votée. Mais la blonde Elizabeth Guigou, Ministre de la Justice, ne fait rien pour l’appliquer. En 2002, je vais à Londres visiter le Forensic Science Service qui gère leur fichier et dénonce en revenant notre retard. Or notre fichier ne sera vraiment exploitable que dix ans plus tard, sous l’impulsion de Rachida Dati.

Parlons aussi des remises en liberté ! Avec Rachida Dati, nous avions mis au point une procédure pour que les criminels dangereux ne soient pas libérés impunément. Je craignais que Christiane Taubira ne la supprime mais elle a au contraire créé de bonnes lois pour les courtes peines. En revanche, la mère Belloubet l’a fait, éliminé les statistiques de viol et en plus promulgué une loi où le viol d’un enfant était moins puni que celui d’un adulte !

Parlons enfin de la prescription à 10 ans des crimes ! Nathalie David, violée et laissée pour morte par Guy Georges en 1981 est expulsée du tribunal pendant le procès pour avoir manifesté. Il a fallu que notre association avec d’autres, hurlent longuement pour que la prescription des meurtres et des viols passe maintenant à 20 ans.

À Lire Aussi

Etats Généraux de la Justice : et si personne ne se préoccupait de la principale question de fond ?

Oui, j’ose le répéter, c’est par la tête que pourrit le poisson. Et je regrette qu’Éric Dupond-Moretti – si brillant – ait perdu son temps à des campagnes électorales au lieu d’en consacrer 150% à redresser un ministère en faillite. Parlons vrai. Notre code pénal a plus de 2000 pages, le code suisse 136. L’informatique est d’un autre âge, les procédures absurdes, l’organigramme ridicule. De nombreux cadres, employés et magistrats se battent dans un univers kafkaïen. Ils font de leur mieux pour que des progrès soient faits et que Justice soit rendue. Au risque de leur vie, comme vient de le montrer le suicide de Charlotte, jeune magistrate à Béthune.

Rapporté à la population, le nombre d’homicides est presque deux fois plus élevé qu’en Allemagne et quatre fois qu’en Suisse. Plus de 100.000 viols et 1 500 000 vols sont commis par an… Douce France. Souhaitons que ne soient pas inutiles la mort de Charlotte, des centaines de victimes de crimes et des attentats d’hier et demain. La tâche est immense. Les recommandations des Etats Généraux de la Justice seront-elles suffisantes et suivies d’effet ?

À Lire Aussi

Après le code Napoleon, le code Macron ?

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !