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Et notre société submergée d’information a vu naître un nouveau concept plus qu'inquiétant: "l’infobésité"
©Reuters

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Et notre société submergée d’information a vu naître un nouveau concept plus qu'inquiétant: "l’infobésité"

Issu de la génération Y et riche de ses expériences de ces dix dernières années dans la plus grande agence de communication européenne, Yves-Paul Robert livre un regard impertinent et sans concession sur les enjeux que la communication fait peser sur notre société. Avec une ambition assumée : décrypter le mieux possible ce nouveau monde que nous léguons à nos enfants. Extrait de l'ouvrage "Le despote - consommateur" d'Yves-Paul Robert, aux éditions Plon.

Yves-Paul Robert

Yves-Paul Robert

Yves-Paul Robert est Partner et responsable de l'expertise communication de crise au sein du groupe Havas. Spécialiste de l'intermédiation stratégique, des relations médias et du lobbying, il intervient dans la presse et dans divers cursus universitaires.

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«Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende ! » Cette réplique qui met à mal la simple véracité des faits est prononcée par des journalistes lors de l’épilogue du western L’homme qui tua Liberty Valance. Un mythe du septième art signé John Ford.

Le combat dans les Etats-Unis naissants entre le respect de la loi et la pure violence. Le héros, un avocat, finissant par user plus ou moins volontairement de la seconde pour bâtir le nouveau monde. Ironie de l’histoire et incontestable coup de génie du grand cinéaste de la côte Est, ce sont des journalistes – l’un des bras armés de la démocratie, dans l’absolu – qui prononcent cette terrible sentence. John Ford ne pouvait le savoir, mais un an après sa disparition, ce sont cette fois-ci d’authentiques journalistes, Bob Woodward et Carl Bernstein, travaillant pour le Washington Post, qui contraignent, grâce à leur enquête devenue elle aussi légende sur l’immeuble du Watergate, le président des Etats-Unis Richard Nixon à la démission.

Aujourd’hui, chacun vit à son niveau l’imprégnation de l’information sur nos sociétés. Une imprégnation qui marque et oriente. Nous l’avons déjà abordé, cette société d’informations pléthoriques met à mal notre nécessaire prise de recul. Sans que ce soit toujours fait sciemment, la désinformation nous submerge. Et l’absence de filtre et d’un manque de formation des nouvelles générations, conjuguées à la course au temps, rendent le tri entre information et désinformation délicat, parfois impossible. Mais, au fond, comment pourrait-il en être autrement, alors que de nouveaux médias voient le jour sur Internet ? Des médias montés en quelques clics par une génération qui filme plutôt qu’elle n’écrit, «infographie » plutôt qu’elle n’analyse. Ce règne de l’image nous interroge. Et, prisonniers du temps, nous devons sans attendre trier le grain de l’ivraie pour prendre la meilleure décision possible à l’instant  T. Une tâche rendue d’autant plus ardue que nous sommes submergés d’informations. Un maelström qui rend la sérénité nécessaire à la bonne prise de décision – la plus sage et la plus avisée – très délicate. Si ce n’est impossible en l’absence de filtre permettant de hiérarchiser l’important de l’essentiel, le nécessaire de l’indispensable ou encore l’utile de l’inutile. A l’image des canards que l’on gave pour les agapes de repas en famille à la fin de l’année, nous sommes sous perfusion médiatique. 

Abreuvés d’informations plus ou moins intéressantes et valables. Dans une société occidentale dont la jeunesse est frappée d’obésité comme jamais, nous sommes collectivement touchés par ce phénomène insidieux. Ce virus contagieux. Que ce soit un mal ou un bien, en fait, peu importe, c’est inévitable. Une maladie de la modernité en quelque sorte, que l’on pourrait appeler l’«infobésité ». Le trop-plein d’informations. L’incapacité à encore distinguer l’essentiel du superflu, quand on parvient à deviner – presque par hasard – ce qui reste essentiel.

Le plus effrayant dans l’infobésité, c’est que la vérité est plus que jamais subjective. Au point que certains, au plus haut niveau de responsabilités, revendiquent même «l’hyperbole véridique ».

Extrait de l'ouvrage "Le despote - consommateur" d'Yves-Paul Robert, aux éditions Plon

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