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Sommes nous à la merci 
d'un "tsunami" solaire ?
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Journée ensoleillée

Sommes nous à la merci d'un "tsunami" solaire ?

Depuis jeudi, la Terre a commencé à subir les effets de la plus importante éruption solaire depuis cinq ans. Explications d'un phénomène plus fréquent qu'on ne le croit et aux conséquences potentiellement catastrophiques en cas de méga tempête du soleil...

Rui  Pinto et Barrie Stevens

Rui Pinto et Barrie Stevens

Rui Pinto est post-doctorant au Centre de l'Energie Atomique. Il travaille sur les interactions entre la dynamo solaire, la couronne et le vent solaire.

Barrie Stevens est responsable du programme sur l'avenir de l'OCDE. Il travaille sur la prospective des nouvelles menaces et des nouveaux risques sur l'économie.

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Atlantico : Depuis jeudi, la Terre a commencé à subir les effets de la plus importante éruption solaire depuis cinq ans. Les effets sur les systèmes électriques, satellitaires, ou encore sur les GPS, restent encore difficiles à évaluer. Quels sont les risques ?

Rui Pinto : Une éruption solaire est une manifestation de l’activité du soleil à sa surface. Certains de ces phénomènes sont lents et d’autres plus rapides et plus puissants. C’est dans ces derniers cas que nous y prêtons plus attention.

Lorsqu’une éruption particulièrement forte se manifeste, ses effets sont perceptibles quelques heures plus tard sur la Terre. On peut observer des phénomènes lumineux, d’abord, puis l’arrivée de particules énergétiques dans l’atmosphère, la majorité se contentant de rebondir sur cette dernière.

Cette activité solaire, lorsqu’elle atteint la terre, entraîne des réactions électriques et magnétiques. Ce sont des conséquences très secondaires. Dans des circonstances très rares, il peut y avoir des interférences électromagnétiques. Le cas le plus connu a eu lieu en 1989 au Canada : les lignes électriques étaient alors mal isolées et le champs parasite, généré par l’éruption solaire, a créé des courts-circuits en série qui ont causé un blackout. Ces installations sont aujourd’hui beaucoup mieux protégées.

En revanche, on peut avoir affaires à des disfonctionnements des satellites qui eux, ne sont pas protégés par l’atmosphère et sont ainsi plus touchés par les effets de l’éruption solaire. Les satellites de communications et de géolocalisations sont ainsi particulièrement exposés.

Jusqu’ici, les conséquences observées n’ont jamais été graves : de légères interférences sur les systèmes GPS, par exemple, qui ont coupé ces instruments pendant de très courtes périodes, sans effets importants pour les utilisateurs.

Ce type de phénomènes risque-t-il de s’amplifier et de se faire plus fréquent à l’avenir ?

Les éruptions solaires sont un phénomène cyclique lié à l’activité du soleil. Cette périodicité est connue et plus ou moins constante. Elle se répète tous les onze ans environ. En parallèle, il peut y avoir quelques incidents éphémères, comme une éruption plus forte. Le principe est exactement le même que pour les séismes : il y a en permanence de petits tremblements et, très occasionnellement, des tremblements de terre plus violents.

Le vrai problème est de pouvoir anticiper ces éruptions plus fortes. Au mieux, on sait qu’une interruption a lieu quelques heures avant que les effets ne soient ressentis. Nous ne sommes d’ailleurs même pas certains, en général, de l’orientation que prendront les différentes particules.

La tempête magnétique entraînée par une éruption solaire pourrait-elle avoir des conséquences visibles sur nos sociétés ?

Barrie Stevens : La structure satellitaire peut être touchée par ces interférences électromagnétiques. De fait, les machines et les appareils dépendant de ces mêmes satellites peuvent être atteints : l’exemple qui inquiète toujours autant est celui de l’avion dont le système de navigation GPS se retrouve coupé ou perturbé.

A une échelle plus générale, l’ensemble des infrastructures électriques pourrait être touché : transformateurs, lignes … Or tous nos systèmes de communication en dépendent. Des systèmes plus vitaux, comme l’approvisionnement en eau, dépendent également de l’électricité.

Ce type d’effets a déjà été observé à plusieurs reprises. En 2003, de nombreuses coupures ont été observées sur des transformateurs électriques. En 1989, au Québec, c’est l’ensemble des réseaux électriques qui ont été coupés.

Le risque d’éruptions solaires importantes est-il pris suffisamment au sérieux aujourd’hui ?

Nos décideurs sont de plus en plus conscients de cette problématique. Les centres météorologiques chargés d’observer l’activité solaire se sont multipliés dans le monde, notamment dans le Colorado et en Belgique. Tous les jours, ils publient des rapports météorologiques spatiaux. L’idée est d’anticiper au maximum les éruptions importantes.

Les opérateurs des satellites accèdent ainsi à un minimum d’information pour éviter le pire. Ils peuvent modifier la trajectoire des satellites, par exemple, pour éviter l’exposition aux particules.

Au sol, de plus en plus de réseaux électriques nationaux ont également des plans de réaction. On peut soit carrément couper l’électricité soit dévier le courant vers des réseaux moins exposés.

Le vrai problème, pour préparer une réaction efficace à ce type de problèmes, c’est de formuler les bons scénarios. Quelle intensité ? Quels lieux ? Mais c’est très difficile à évaluer...

Propos recueillis par Romain Mielcarek

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