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Energie : la petite planète de Nicolas Hulot
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Ecologie

Energie : la petite planète de Nicolas Hulot

Un projet de loi, une priorité, mettre fin à l’exploration et à la production gazière en France en 2040, tout le monde s’y attendait mais un peu de réflexion et de hauteur de vues n’aurait pas été inutile.

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

Voir la bio »

Article publié initialement sur le blog de Loïk Le Floch-Prigent

 La planète « France » est certes irradiante mais elle dispose de 65 millions d’individus sur les 7 milliards de la planète, et sa production pétrolière est de 0, 8 million de tonnes par an tandis que la production et consommation mondiale est de 14 millions de tonnes par jour ! On a rarement vu un acte aussi nombriliste. Il y a donc désormais comme je l’avais expliqué lors de la sortie du film Valérian et l’empire des mille planètes deux entités bien distinctes que constituent la France et le reste du monde .  Nos décisions vont « impressionner » la deuxième planète « je pense que d’autres pays vont nous emboiter le pas » !

L’idéologie sous- jacente est claire, ce sont les hydrocarbures qui ont pourri notre monde, il faut donc en éliminer la production et la consommation, car » le monde de demain sera celui de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables «. La France va donc être à l’avant-garde de cette ambition qui doit être celle du monde ».

Avant d’engager un peuple, le nôtre, dans une politique aussi ambitieuse, il faudrait retrouver un peu d’humilité et s’assurer de ne pas se tromper d’époque, de planète et de données !

Notre petite planète qui lutte contre la pollution de sa capitale en l’exportant dans sa périphérie des banlieues  est sous l’emprise d’une idéologie qui balaie toutes les opinions contraires : nous allons sauver la planète dont le problème principal est celui du réchauffement climatique. Les scientifiques qui portent le GIEC sont considérés comme unanimes et ils demandent que les réserves d’hydrocarbures soient gelées pour que notre globe terrestre soit préservé. Je ne crois ni à l’unanimité des scientifiques, ni à la condamnation « définitive » de telle ou telle source d’énergie. Ce n’est pas la façon dont la planète fonctionne, je parle de l’autre, la grande, celle des sept milliards d’individus. Les observations portent sur les « changements climatiques », sur les « dérèglements climatiques », sur les augmentations en puissance des « accidents climatiques ». Cela est largement suffisant pour nous mettre en alerte et essayer de comprendre les raisons de ce qui apparait comme une « accélération », il n’est pas nécessaire pour autant de lancer dans les médias des « prévisions » d’illusionnistes ! Comme dirait un de mes anciens professeurs « c’est plus compliqué que cela ».

Ce qui est clair, en tout cas, c’est qu’il y a une augmentation des conflits internes dans le monde, qu’il y a aussi augmentation de la population mondiale et que ceci accroit les désirs de migration en déstabilisant les démocraties les mieux installées se croyant à la fois maitres du monde et abritées. Rapprocher les deux observations , celle du dérèglement climatique et celle de l’accélération des flux migratoires peut être une tentation politique, ce n’est pas une possibilité scientifique.

Pour tenter de retrouver une stabilité il faudrait un contrôle des naissances plus affirmé et l’on sait qu’il est directement lié à l’éducation. J’ai tenté de convaincre que pour les sept milliards d’individus de la grande planète cela voulait dire de l’énergie disponible c’est-à-dire techniquement existante et la moins chère possible. Pour l’instant 90% de la population mondiale est dans le « monde ancien » de Monsieur Hulot, la grande planète, et a besoin de TOUTES les sources d’énergie possibles et surtout des moins chères. Par conséquent avant d’engager tous les humains vers « les économies d’énergie et les énergies renouvelables » il faut s’assurer qu’elles le peuvent. Je vis dans cette autre planète, pas la petite de Monsieur Hulot et s’il peut expliquer sa position à des dictateurs corrompus qui peuplent les assemblées internationales, il doit comprendre qu’il existe aussi des populations à qui il faut apporter des solutions au moindre cout en investissements comme en maintenance.

La population humaine va continuer à utiliser les hydrocarbures, le problème qui nous est posé, à nous tous pays développés, c’est de réduire les gaspillages alors que nous  avons « exporté » notre mode de vie irresponsable dans le monde entier. Que cette société canadienne très amicale que nous avons accueillie chez nous pour produire notre pétrole national soit mise en difficulté et que nous ayons un problème existentiel en Guyane où l’on vient de découvrir des hydrocarbures, c’est des anecdotes de notre petite planète. Mais  nous devons raisonner sur deux points essentiels pour notre survie et pour notre capacité de maintenir une exemplarité

Le premier problème est de savoir comment les mesures prises chez nous influent notre appareil industriel dont le déclin depuis vingt ans est l’explication de nos difficultés et en particulier du chômage de masse. Monsieur Hulot doit donc nous dire comment il a prévu l’avenir de Total, Technip-FMC, Vallourec et de leurs centaines de sous-traitants divers. Il faut qu’il nous explique comment ses « renouvelables » sont fabriquées en France, déjà les turbines hydrauliques d’Alstom ont été vendues à General Electric qui veut s’en séparer, les éoliennes off-shore ont été abandonnées ou vendues, la petite entreprise Vergnet est en liquidation et l’intégralité des éléments du solaire est importé de Chine ! L’industrie nucléaire est en panne et avec la programmation de l’abandon de certains réacteurs on a mis le bazar dans toute la filière après avoir abandonné les turboalternateurs à General Electric ! On ne peut pas penser à demain sans observer les réalités industrielles d’aujourd’hui.

Le seconde  difficulté consiste à comprendre quels sont les possibilités pour nous d’influer sur les bonnes pratiques mondiales d’utilisation optimale des ressources énergétiques en limitant les effets pervers. Pour cela, je donne des exemples- il faut que nous leur montrions  comment une utilisation centralisée du charbon (de nouvelles centrales électriques) avec une augmentation des températures de combustion peut permettre de limiter à 5% les émissions de gaz à effet de serre dans les zones charbonnières, il faut généraliser l’utilisation du butane-propane pour limiter dans certaines zones la déforestation ménagère- il faut demander aux industriels de produire des véhicules en fonction de leur utilisation comme la collecte et la distribution quotidienne, ainsi 300 000 camionnettes des Postes Européennes font moins de 120 km par jour et ne prennent jamais l’autoroute ! On voit que la solution est l’électrique à vitesse limitée à 90 km/h (véhicules moins lourds, moins consommateurs et sans pollution).

 L’exemplarité c’est d’abord la connaissance des autres et non le nombrilisme et l’on peut dire que pour les voyageurs qui arrivent à Paris il y a beaucoup d’exemples à ne pas suivre ! Avant de donner l’exemple avec des mesures ridicules, soyons exemplaires, il existe des solutions, montrons-les chez nous avant de donner des leçons à des pays qui souffrent.

En supposant que la grande planète ait besoin de nous essayons d’abord de montrer l’exemple, une industrie prospère, un endettement maitrisé, un territoire harmonieux, une capitale où la vie est possible, un réalisme assumé, et surtout avec la culture à laquelle nous nous référons un respect pour la science c’est-à-dire le doute permanent et la nécessité de l’expérimentation avant l’affirmation.

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