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Une photo prise le 15 décembre 2021 d'un écran de télévision diffusant l'interview du chef de l'Etat sur TF1, dans le cadre de l'émission "Où va la France ?".
Une photo prise le 15 décembre 2021 d'un écran de télévision diffusant l'interview du chef de l'Etat sur TF1, dans le cadre de l'émission "Où va la France ?".
©LUDOVIC MARIN / AFP

Plateau télé sans sel

Emmanuel Macron sur TF1 : un si long moment de quoi qu’il en com’

Seul enseignement un peu nouveau de la soirée, le Président a pris acte de la sérieuse concurrence Pécresse sur sa droite et cherche donc à ratisser sur sa gauche.

Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti est Professeur associé à Sorbonne-université et à l’HEIP et rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire. Son dernier ouvrage, "Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir", est publié aux éditions du Cerf (4 Novembre 2021).   

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Atlantico : Emmanuel Macron a donné une grande interview pour TF1 et LCI, intitulée "Où va la France ?". Le président devait donner sa vision du pays et son bilan du quinquennat. A-t-il été convaincant sur la forme comme sur le fond ?

Arnaud Benedetti : La forme a dévoré le fond. Tout simplement parce que la fabrication de l’intervention ne manque pas de poser des questions : une émission enregistrée, des journalistes plus dans l’accompagnement que dans le questionnement... La dimension communicante, exclusivement communicante introduit un biais dont toute la séquence n’a pu se départir. Plane sur cet exercice une artificialité scénique qui ramène Macron à ce qui lui est le plus reproché : un usage abusif d’une com’ d’ordre propagandiste. Cette fois-ci, la position pour le moins très révérencieuse des journalistes a créé un halo de complicité peu propice à favoriser la perception d’une forme d’authenticité et de sincérité. Emmanuel Macron a occupé le terrain médiatique à un moment où son invincibilité présumée telle que peuvent la dessiner les sondages ne va plus de soi. Ce moment ne dit rien d’autre que cela, l’intériorisation présidentielle d’une menace qui de facto le déstabilise, fait apparaître sa vulnérabilité ; en conséquence le choix de cette communication ne rajoute rien à ce que l’on sait de Macron, de son récit mais exprime d’abord une perte d’assurance que l’on va compenser par une sorte de training médiatique psychologique, comme si la visibilité suscitée par cette intervention constituait un barrage à une concurrence potentiellement sérieuse. On allume la lumière des médias pour ne pas avoir peur de l’obscurité d’un avenir qui n’a plus de certitudes. Accessoirement, le chef de l’Etat a pensé qu’avant les fêtes un entretien-bilan permettrait une percolation de l’opinion, en fixant cette dernière autour de quelques éléments de langage : la transformation personnelle, le rebond économique, la défense de l’égalité... Derrière tout ceci, toujours cette idée de la très grande malléabilité de l’opinion. À voir.

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Le chef de l'État a beaucoup été interrogé sur lui-même. L’un des enjeux affichés était aussi de permettre de mieux donner à voir qui il était et d’être mieux connu des Français. Le résultat est-il au rendez-vous ?

Ce fut un moment d’ego-communication où tout en fin de compte semblait se ramener finalement au Moi présidentiel. Tout s’est déroulé comme si la France passait au second plan. Cette hypertrophie du moi n’est pas sans poser problème car le sortant d’abord est désormais bien connu des Français, et qu’ensuite il doit s’affronter à des visions concurrentes qui parlent du et au pays. Il a voulu magnifier son mandat, lui donner au travers de l’émission, des images retenues, des bribes de témoignages, y compris critiques quoi que rares pour ces derniers, une cohérence narrative, classique comme si cette unité de lieu, de temps, d’action avait finalement un sens, donc un ordonnancement tel que nonobstant les événements il n’avait pas perdu la main et le contrôle de la situation. Ceci d’autant plus que les journalistes actaient sans distance critique certains éléments de langage gouvernementaux qui mériteraient pourtant d’être examinés avec plus de prudence. Ainsi du rebond économique bien moins structurel comme le prétend l’exécutif que mécanique en raison de la crise sanitaire, de la gestion en anticipation de cette dernière dans sa première phase et dont le chef de l’Etat ne paraît pas accepter qu’elle ait été dysfonctionnelle dans sa première phase, de l’affaire Benalla et des conséquences désastreuses de celle-ci sur le plan éthique, etc...

Dans cet entretien bilan, on a rappelé les promesses du candidat Macron et l’espoir incarné en 2017. Il a évolué sur son offre politique lors du quinquennat. Quel Emmanuel Macron a-t-on vu ce mercredi ? Lorsqu’on entend son discours, quel est son corpus idéologique à quatre mois de l’élection ?

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Il a un corpus essentiellement tactique. Lequel ? Le barrage contre la droite de la droite dont il pressent qu’elle pourrait ne pas être au second tour - ce qui en vient à déjouer toute sa stratégie électorale. Alors il réinvente ou va tendre à réinventer le registre de la porosité de la droite de gouvernement par cette droite de la droite, c’est-à-dire l’extrême-droite aux yeux de la gauche. D’où ses clins d’œil aux sociaux-démocrates sur la question migratoire (pas d’immigration zéro, nous aurions "ségrégué", etc...) et sur la dette qu’il faudra rembourser certes mais en produisant plus... Dans le moment, le sortant qui n’a pas annoncé sa candidature, qui n’a quasiment jamais cité le nom de ses ministres, à peine celui de son premier ministre, cherche une parade électorale bien plus que de décliner sa doctrine qui a volé en éclats sous le double impact de la crise des Gilets jaunes et de la Covid. Le macronisme apparaît surtout pour ce qu’il est : une déréliction de la politique qui s’accroche aux formes dominantes du moment, voire de l’instant pour mimer le contrôle. La sémantique du chef de l’Etat se réfère souvent à la question de la souveraineté, de la maîtrise. Or c’est une constante que plus un mot est prononcé, moins sa réalité est présente. Le problème d’Emmanuel Macron, que cette interview a bien souligné il me semble, c’est que cette communication "sous-vide" au bout de 5 ans apparaît fastidieuse, sans surprise, et laisse entière la question "où va la France ?". On aura seulement compris qu’Emmanuel Macron lui était en campagne...

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