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Une victoire peut en cacher une autre

Elections en Iran : pourquoi la victoire du camp Rohani n’est pas celle des réformateurs

Vendredi 26 février, l'Iran votait pour renouveler le Parlement et le Conseil des experts. Si le nombre d'ultra-radicaux a diminué au sein de l'Assemblée chargée d'élire le Guide suprême, cette dernière, assez favorable au président Rohani, reste largement dominée par les conservateurs. Une révision de la Constitution limitant les pouvoirs du Guide reste donc à ce jour une perspective bien lointaine.

François Géré

François Géré

François Géré est historien.

Spécialiste en géostratégie, il est président fondateur de l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et chargé de mission auprès de l’Institut des Hautes études de défense nationale (IHEDN) et directeur de recherches à l’Université de Paris 3. Il a publié en 2011, le Dictionnaire de la désinformation.

 

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Atlantico : En quoi la composition de l’Assemblée des experts constituait l’enjeu majeur des élections iraniennes ? Quels sont les principaux enseignements à tirer des résultats de cette élection ?

François Géré : Le taux de participation a été nettement plus élevé que lors des précédentes élections (plus de 60%). Cette fois, les réformateurs et les modérés avaient appelé à voter massivement dans un climat de confiance garanti par le président Rohani. C’est donc une double victoire tant au Parlement où les conservateurs perdent la majorité et au Conseil des Experts qui voit la montée des conservateurs modérés. L’ancien président Rafsandjani obtient un succès personnel qui fera de lui un personnage clé dans le choix du successeur de Khamenei et - qui sait ?- son successeur,  en dépit de son âge ; né en 1935, il n’a qu’un an de moins que Khamenei.

Peut-on envisager qu’à moyen terme ait lieu une révision de la Constitution limitant les pouvoirs du Guide suprême en Iran ?

Dans ce système théocratique, l’autorité du guide suprême est considérable. En attendant le retour de l’imam caché, il est son vicaire, selon le principe constitutionnel du velayat-e-faqih ou gouvernement du juriconsulte. Le départ de Khamenei pour raisons de santé constitue une rumeur insistante mais la notion de démission ne correspond pas à l’esprit de la politique religieuse iranienne. Autre rumeur : une révision de la Constitution et l’établissement d’un collège dirigeant à la place d’un homme seul. La situation ne paraît pas encore mûre pour une transformation aussi importante et complexe du point de vue théologique. Elle devrait donc faire l’objet de nombreux débats préparatoires parmi les 88 experts du nouveau Conseil.

Selon vous, où se situe le clivage en Iran ? S’agit-il d’un clivage politique entre les réformateurs et les conservateurs, ou d’une opposition entre un pouvoir théocratique et une société en quête de changements et résolument moderne ? 

En Iran comme dans tout le monde musulman, politique et religion sont étroitement liées. Si la pratique religieuse semble dans les villes, du moins, être en nette baisse, il n’existe pas de laïcité. Tant chez les laïcs que parmi les religieux, le clivage se pose entre conservateurs et réformateurs mais il existe des conservateurs ultra auxquels s’opposent les modérés et des réformateurs prudents qui ne souhaitent pas aller trop loin. En 2009, la vague de contestation a contribué à déplacer le curseur, faisant de modérés comme l’ancien président Khatami et Hossein Mousavi, candidat modéré aux présidentielles de 2009, des libéraux ce qu’ils n’étaient pas vraiment à l’origine. Le président Rohani n’a rien d’un réformiste libéral. C’est un conservateur pragmatique qui n’entend pas s’opposer au pouvoir politique du Guide suprême et transgresser ses arbitrages. En revanche, il entend bien réformer l’économie du pays afin de l’ouvrir sur l’extérieur et satisfaire les aspirations d’une bourgeoisie d’entrepreneurs qui souhaite la modernisation des structures financières, les privatisations et le développement d’une économie de marché adaptée à la réalité de l’Iran.

Suite à ces élections, comment évoluera la relation entre les Etats-Unis et l’Iran ? Les deux pays sont-ils sur la voie de la normalisation ? 

La méfiance reste considérable de part et d’autre. Le passé continue à peser. Sur le Moyen-Orient, les deux Etats manifestent une forte opposition notamment sur la Syrie. Les Etats-Unis accusent toujours l’Iran de soutenir une organisation terroriste comme le Hezbollah libanais. Sur Israël, la divergence est absolue. En dépit des ouvertures de M. Zarif, ministre des Affaires étrangères, après l’accord du 14 juillet 2015 sur le nucléaire, un rapprochement diplomatique a donc peu de chances de se produire, tout au plus sous forme de dialogue dans le cadre de conférences internationales sur la Syrie ou le Yémen. Il n’est pas question d’ouvrir des ambassades tant que le guide suprême en appelle à la résistance contre " l’arrogance " et à la pénétration insidieuse des idées contraires aux valeurs de l’Iran. Une représentation commerciale serait le premier pas afin de faciliter l’activité des entreprises américaines qui s’intéressent au marché iranien, tout en devant tenir compte d’un Congrès hostile prêt à la première occasion de revenir sur les sanctions levées par le président Obama..

Propos recueillis par Emilia Capitaine

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