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Élections de "midterm" : pourquoi les Américains ont toujours une longueur d'avance en matière d'innovation politique
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Le buzz du biz

Élections de "midterm" : pourquoi les Américains ont toujours une longueur d'avance en matière d'innovation politique

Les élections de "midterm" qui viennent de se dérouler ont été l’occasion pour les Américains de tester de nouvelles pratiques politiques, développées par des candidats toujours plus ambitieux en matière d'innovation, ce qui est loin d'être le cas en France. Décryptage comme chaque semaine dans votre chronique du "buzz du biz".

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été rapporteur de groupes de travail économiques et collabore à plusieurs think tanks. Il enseigne le droit et la macro-économie à Sciences Po (IEP Paris).

Il écrit sur www.toujourspluslibre.com

Twitter : @erwanlenoan

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Les commentateurs français regardent souvent les élections américaines avec un certain dédain : les électeurs se déplacent peu, les candidats seraient caricaturaux, l’argent trop présent… Comble de la vulgarité, les Américains votent Républicain. Ce désintérêt empêche pourtant de voir les bienfaits de la concurrence et de l’innovation dans le domaine politique.

Les élections de "midterm" qui viennent de se dérouler ont été l’occasion pour les Américains de tester de nouvelles pratiques politiques. Il faut dire que le pays est très en pointe sur l’innovation électorale : les grands partis et les principaux candidats n’hésitent pas à développer de nouveaux moyens pour convaincre les électeurs, et certaines organisations (think tank, associations) produisent également des méthodes plus efficaces. Sasha Issenberg l’avait analysé dans un excellent livre,The VictoryLab : gagner une élection demande un grand professionnalisme et suppose de s’appuyer sur des éléments techniques et même scientifiques.

Aux Etats-Unis, la recherche est au service de la compréhension politique et utilisée par les candidats pour gagner. Certains chercheurs tentent par exemple d’analyser les déterminants cognitifs du vote (comme George Lakoff dans The politicalmind). D’autres analysent de façon scientifique les meilleurs moyens de convaincre les électeurs. C’est ce qu’a fait Dave Fleisher par exemple : militant politique, il a organisé une vaste stratégie de porte-à-porte en Californie pour convaincre les électeurs qu’il fallait soutenir le mariage homosexuel. Résultat : un succès, évalué scientifiquement. Les stratèges politiques en ont tiré des conclusions rapidement !

Le numérique permet de rationaliser les techniques les plus traditionnelles. L’intérêt du porte à porte est connu et François Hollande l’a largement utilisé pour gagner, comme ses conseillers l’ont raconté dans un livre. Aux Etats-Unis, il existe maintenant des applications pour le rendre plus efficace : grâce à la géolocalisation et au cloud, les militants savent qui ils s’apprêtent à rencontrer (outre-Atlantique, ils peuvent avoir jusqu’à 600 données par individu, comme l’avait relevé ce rapport de Terra Nova) et ils peuvent intégrer directement les informations collectées dans les bases du parti. Gains de temps, d’efficacité et de voix !

L’innovation ne s’arrête pas là. Sans revenir sur tout ce qu’Obama a développé dans sa dernière campagne (les Républicains, en avance à l’époque de Karl Rove, étaient pour le coup très en retard), de nouvelles pratiques se développent : les applications "d’intuitevoting" sont ainsi conçues pour faciliter le vote des électeurs ; elles diffusent l’information, orientent l’électeur et pourront peut-être même bientôt lui permettre de voter (il faut dire qu’en Amérique, on vote beaucoup : ce chroniqueur de Bloomberg a voté pour 60 scrutins ce mardi).

Comment expliquer cette innovation permanente ? Par la concurrence.

Les candidats adversaires à une élection sont dans une situation d’intense concurrence : la défaite est totale et, à l’inverse, en cas de succès, les gains sont maximaux ("winner takesit all"). Cette situation de compétition les conduit à vouloir être les meilleurs : dans les idées parfois, la communication souvent et de plus en plus dans les techniques et les technologies électorales.

Pour financer ces projets, ils bénéficient de dons importants. Aux Etats-Unis, le financement des campagnes électorales est beaucoup plus libre qu’en France. Cet afflux d’argent, magistralement important (voire trop), permet de payer des chercheurs et de financer le développement de nouveaux produits. Les candidats entrent donc en compétition pour attirer les donateurs : le meilleur gagne.

En France, les financements sont plafonnés et le recours à des instruments numériques (comme le crowdfunding) sont très strictement encadrés voire carrément interdit. L’excès de réglementation nuit au financement de la vie politique, qui perd ainsi des opportunités de convaincre les électeurs mais aussi de préparer un large soutien aux réformes. En conséquence, les candidats développent peu d’innovation ou en restent généralement à un stade anecdotique, dérisoire voire risible. Pour entrer pleinement dans le 21e siècle, la France pourrait opportunément réviser ses lois.

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