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La rentrée du caté : qui y va, qui le fait ?
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Religion

La rentrée du caté : qui y va, qui le fait ?

Le catéchisme sort d'une longue crise pédagogique. Le virage en termes de méthodes a été difficile à aborder pour l'Eglise qui cherche à se saisir de cet enjeu. Pour elle, c'est une opportunité de conquérir un public plus jeune.

Christophe Geffroy

Christophe Geffroy

Christophe Geffroy est journaliste et écrivain. Il est rédacteur en chef de la revue La Nef, qu'il a fondé en 1990.

Il est un fin connaisseur des questions de foi et de catholicisme.

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Atlantico : Pour le catéchisme aussi, c'est la rentrée. Cet enseignement souffre-t-il, en France, du même désaveu de la part de la jeune génération que la religion catholique en général ?

Christophe Geffroy : Il y a deux catégories de parents qui envoient leurs enfants au catéchisme. Pour les parents pratiquants, il est tout à fait naturel de le faire. Selon les lieux, cela peut concerner des populations plus ou moins conséquentes, selon que vous êtes sur une paroisse versaillaise où la pratique religieuse est forte, ou au contraire sur une paroisse de campagne, où la pratique religieuse est faible. Ces familles pratiquantes et militantes, si elles restent numériquement peu conséquentes, représentent une part importante des enfants catéchisés.

Par ailleurs, on trouve des parents qui ne sont parfois même pas pratiquants. Pour eux, cet enseignement s'inscrit dans une éducation plus générale. Ils y trouvent un contenu plus large, imprégné de morale et de valeurs positives qu'ils sont friands de transmettre à leurs enfants.

A l'évidence, le nombre d'enfants suivant cet enseignement a baissé en France. Plus surprenant, la part des enfants catéchisés dans l'hexagone est plus importante que la part des Français pratiquants. Une tendance qui montre l'intérêt des familles qui trouvent un intérêt autre que simplement religieux au catéchisme : une ossature morale, une culture générale ou des valeurs.

Cela pose des problèmes lorsqu'il s'agit de s'interroger sur le contenu même du catéchisme. S'il y a une dichotomie entre ce qui y est enseigné et ce qui est transmis à la maison, cela peut perturber et compliquer l'éducation religieuse des enfants.

Les méthodes d'enseignement du catéchisme sont elles comparables, aujourd'hui, à ce qui se faisait il y a 30 ou 50 ans ?

Une crise du catéchisme a été particulièrement rude dans les années 1970-80, à la même époque que la fin du Concile. Sans y être liée, elle est survenue sur la même chronologie.

Cette crise est une conséquence directe des nouvelles pédagogiques qui ont touché l'Ecole, aussi bien laïque que catholique. Dans le catéchisme comme dans l'école, on a décidé à cette époque de placer l'enfant au centre de l'enseignement. Il devait alors apprendre par lui même, assimiler des connaissances plutôt que les apprendre. La brutalité de ce changement a entraîné une vraie perte de substance dans l'enseignement de la foi, ce qui a initié un phénomène de "générations perdues" en terme de foi. Cela a contribué a la déchristanisation de ces mêmes générations.

On ne peut d'ailleurs pas dire que cette crise soit totalement terminée. L'Eglise y prête beaucoup plus attention. Il y a 20 ans, elle a prouvé sa volonté de reprendre en main cet enseignement en publiant le Catéchisme de l'Eglise catholique. Reste que cela ne s'est pas traduit en un effort à destination des enfants car le Catéchisme de l’Église catholique est avant tout destiné aux adultes. Ce n'est pas un document que l'on donnera aux plus jeunes.

Aujourd'hui, cet enseignement se redresse peu à peu avec d'énormes disparités selon les régions et les curés. Il se fait sous l’autorité de ce dernier, mais les cours sont donnés  par « des catéchistes laïques » le plus souvent des mères de famille -dont la formation n'es pas toujours très bonne- même si elles y mettent beaucoup de bonne volonté. Il y a encore beaucoup de paroisses où l'on manque de supports pédagogiques : on n'efface pas d'un revers de la main 30 à 40 ans de difficultés. Ce problème reste très sensible pour l’Église.

Justement sur cette question de l'enseignement, est-il difficile de trouver des volontaires pour enseigner le catéchisme ?

Comme vous vous en doutez, la réponse est oui.Pour la simple raison que le nombre de pratiquants est de plus en plus bas (4% de pratiquants). Le nombre de volontaires est donc forcement à l’image du nombre de pratiquants, alors qu'il y a proportionnellement plus d'enfants catéchisés la part des enfants catéchisés que de familles pratiquantes.

L’autre problème vient du manque de personnes très peu formés et qui malgré leur bonne volonté ne donne par les rudiments de la foi.

Quel est l'enjeu, pour l’Église, de maintenir le catéchisme ?

C'est essentiel : la foi se transmet, évidemment par les familles, mais aussi par les paroisses. Le catéchisme est le moyen d'assurer cette continuité pour les prêtres et les paroisses. L'enjeu est d'autant plus essentiel que, si l'on a 4% de pratiquants en France, on a tout de même 20% d'enfants catéchisés dans des établissements dits catholiques. C'est une opportunité énorme pour l’Église de faire découvrir le christianisme et la foi à des enfants qui ne la connaissent pas(encore faut-il que ces établissements catholiques aient à cœur de leur proposer  un enseignement adapté.

C'est un moyen pour l’Église de toucher un public jeune. Comment relever ce défi ? C'est l'un des grands enjeux que se posent les évêques de France et c'est inscrit à l'ordre du jour de leur assemblée plénière à Lourdes. Des directives en matière de catéchisme sont attendues dans les mois à venir pour initier la remise en place d'outils et de méthodes dans ce domaine. Une problématique complexe puisqu'au delà de l'enseignement en lui même, il faut initier une politique globale, notamment en matière d'enseignement.

Quelles sont les régions françaises les plus concernées par le catéchisme ?

Les régions les plus urbaines restent privilégiées, pour la simple raison qu’il y a plus de prêtres là où il y a plus d’habitants.  La France est confrontée à un problème de désertification des campagnes mais aussi des paroisses, on y trouve de moins en moins d’habitants donc moins de prêtes. 

Aujourd'hui les enfants sont plus attirés par les jeux vidéo et Internet. Comment fait l'église pour retenir l’intention des enfants ?

Ce sujet ne touche pas que le catéchisme mais aussi l’école. C’est un vrai problème, la télé, internet à haute dose ont une tendance à rendre les enfants inaptes à recevoir un enseignement de type formel. Comment fait-on ? Que faire sinon essayer d'expliquer aux parents le danger de ces pratiques qui deviennent vite addictives.

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