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Education : ce petit tour du monde qui révèle que les parents pèsent finalement moins lourd qu’ils ne le pensent dans le développement de leurs enfants
©Reuters

Choc des cultures

Education : ce petit tour du monde qui révèle que les parents pèsent finalement moins lourd qu’ils ne le pensent dans le développement de leurs enfants

De nombreux parents à travers le monde estiment que leur modèle d'éducation est le meilleur, ou du moins, qu'il permet à leur progéniture de grandir sous les meilleurs auspices. Cependant, l'étude du couple d'anthropologues Robert A.et Sarah LeVine remet en question l'importance des parents dans l'éducation et le processus qui feront de leurs enfants des adultes normaux et épanouis.

Robert A. LeVine

Robert A. LeVine

Robert A. LeVine est professeur émérite d'éducation et de développement humain à l'université d'Harvard. Il a notamment écrit, avec sa femme Sarah LeVine, le livre d'anthropologie parentale Do Parents Matter?, Literacy and Mothering: How Women's Schooling Changes the Lives of the World's Children (2012, Oxford University Press), Child Care and Culture: Lessons from Africa (1994, Cambridge University Press).

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  • Malgré une éducation que beaucoup d'occidentaux considérerait comme traumatisante, de nombreux enfants africains deviennent des adultes tout à fait normaux, ce qui remet en question le mode d'éducation occidental, considéré comme optimale,
  • Les pratiques parentales évoluent et changent de générations en générations

  • Les théories concernant l'influence des parents sur les enfants exagèrent les possibilités de développement pathologique et sous-estiment la ténacité des enfants

Atlantico : Comment en êtes-vous arrivé à la conclusion concernant la problématique centrale de votre livre, à savoir que les parents pèsent finalement beaucoup moins qu'ils ne le pensent dans le parcours de vie de leur enfant ?

Robert A. LeVine : En ayant observé des modèles d'éducation des enfants dans des communautés d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine pendant près de cinquante ans, nous savons que l'éducation parentale humaine varie grandement à travers le monde. Tout comme les parents de chaque société, les Américains croient que leur façon d'élever des enfants est optimale, mais nous avons vu des enfants élevés dans de mauvaises conditions, qui seraient considérées comme traumatisantes en Amérique, devenir des adultes tout à fait normaux. Par exemple, dans beaucoup de sociétés africaines, les mères ne parlent pas à leurs enfants ou n'ont pas de contacts visuels avec eux. Selon des théories psychiatriques occidentales, cela prive les enfants d'une interaction sociale essentielle pour un développement psychologique normal. Mais nous (et d'autres qui ont mené des recherches là-bas) avons observé des générations de bébés africains qui sont devenus des adultes normaux sans désordres émotionnels, ni problèmes de santé mentale d'aucune sorte. Cela suggère que les théories qui présupposent qu'un modèle occidental pour s'occuper des enfants est nécessaire pour tous les êtres humains sont tout simplement fausses et que nos théories concernant l'influence des parents sur les enfants exagèrent les possibilités de développement pathologique et sous-estiment la ténacité des enfants.

Quel a été l'intérêt d'étudier le comportement éducatif de parents de différents pays et de différentes cultures ?

Nous avons appris que les parents, aux quatre coins du monde, ont des buts vis-à-vis de leurs enfants, mais que ceux-ci diffèrent d'une culture à l'autre. Dans beaucoup de cultures d'Afrique rurale, les parents souhaitent que leurs enfants soient obéissants et respectent leurs aînés, compte tenu du fait que leur travail agricole est supervisé par les parents. Les Japonais des villes souhaitent que leurs enfants aient de l'empathie et soient également des élèves énergiques à l'école. Les pratiques parentales populaires sont un mélange de traditions morales et de stratégies pratiques, et elles changent de générations en générations. L'éducation des Américains des classes moyennes est égalitaire, donnant des choix égaux aux jeunes enfants plutôt que de leur imposer un code de conduite uniforme. Ils font tout leur possible pour réduire les risques dans la vie de leurs enfants. Mais cela requiert tellement de temps et d'attention que beaucoup d'entre eux se sentent stressés et sous-pression.

Votre étude fait-elle ressortir un ou plusieurs points communs sur lesquels tous les parents que vous avez étudiés s'accordaient en termes d'éducation ?

Oui, tout à fait. Les parents du monde entier s'attendent à ce que leurs enfants apprennent à parler à l'âge de deux/ trois ans, fassent montre de comportements moraux appropriés quelques années plus tard, et à ce qu'ils obtiennent des capacités interpersonnelles et pratiques dès leurs jeunes années. Mais la façon dont les enfants se servent du langage, de leurs normes morales, et d'une capacité particulière (et à quel âge) est définie par leur culture respective – et guidée par leurs parents.

Propos recueillis par Thomas Gorriz

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