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Photo prise le 13 février 2014 à Paris du logo de la compagnie d'électricité française EDF.
Photo prise le 13 février 2014 à Paris du logo de la compagnie d'électricité française EDF.
©PATRICK KOVARIK / AFP

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EDF, gaz, pétrole : le gouvernement, coincé entre les écolos et les gilets jaunes, cherche à amortir l’explosion des prix, alors qu’il en profite. Pas simple

Les hausses de prix sur l’électricité, le gaz naturel et les carburants plongent le gouvernement dans un nœud de contradictions. Ou bien il baisse les taxes et vexe les écolos, ou bien il ne fait rien et réveille la colère des gilets jaunes.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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On s’y attendait un peu, mais la sortie de crise du Covid a provoqué une flambée historique des prix du gaz, de l’électricité et de tous les produits pétroliers. Entre 5% et 15%, ce qui risque de plomber le budget de beaucoup de consommateurs, et pas seulement les plus fragiles. Sans parler du prix de l’essence qui a presque doublé depuis deux ans, avec le risque de réveiller les gilets jaunes.

A l’approche de l’élection présidentielle, ça risque de faire désordre dans des franges entières de la population, qui ont de vrais problèmes de pouvoir d’achat. Un peu d’inflation ne peut pas faire de mal, mais quand cette inflation se cristallise sur des produits de première nécessité, comme le gaz et l’électricité, ça fait mal. D’autant plus mal que ces hausses se passent dans la catégorie des dépenses contraintes, ce qui veut dire qu’on peut difficilement s’en priver. D’où l’importance politique de ce phénomène et l’attention que lui portent tous les gouvernements.

N’importe quel gouvernement serait coincé entre le désir de ne pas trop exciter les écolos, ni par ailleurs, réveiller ceux qui font beaucoup de route.

Les prix de l’électricité, du gaz et des produits pétroliers sont aujourd’hui directement impactés par le rebond de croissance que peu d’économistes avaient prévu certes, mais rebond qui affecte la planète toute entière. Alors qu’on craignait l’apocalypse, c’est plutôt une divine surprise, sauf que cette reprise vigoureuse a provoqué une pression forte sur la demande, et par conséquent, l’offre est devenue insuffisante. Après des mois de confinement, tous les systèmes de production ont redémarré et se sont remis à consommer beaucoup d’énergie. Et du coup, les prix se sont redressés très fortement. Entre 5% pour les plus contrôlés et 15 ou 20 % pour les plus soumis à la concurrence internationale comme les produits pétroliers.

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Pour le gouvernement, l’urgence est d’essayer d’amortir cette hausse pour les consommateurs qui vont payer plein pot la note d’électricité et de gaz, sans parler du plein d’essence, notamment à compter du début 2022 en plein hiver. Mais à condition de ne pas envoyer un signe contradictoire avec tous ceux qui sont engagés dans la lutte pour le climat.

Afin d’apporter une réponse rapidement, Bercy a pensé à réutiliser le chèque énergie. Pour Bruno Le Maire, c’est un outil « simple, juste et efficace », quitte à en augmenter le montant (150 euros par an depuis l’affaire des gilets jaunes) et en élargir le nombre de bénéficiaires. Bercy étudie son extension à 6 millions de bénéficiaires, contre 3,6 millions au moment des gilets jaunes. Le critère étant les conditions de ressources.

Cela dit, tout le monde a bien conscience que le chèque énergie ne restera qu’un expédient et que la vraie solution serait de s’attaquer aux taxes qui sont drainées par l'énergie.

L‘électricité est taxée à 35% ;

Le gaz naturel est taxé à 22% ;

Les produits pétroliers à 66 %.

En clair, les produits d’énergie sont des collecteurs d’impôts très puissants, ils participent au financement du budget de l’Etat, au même titre que l’impôt sur le revenu, la TVA ou les charges sociales. Et le total est très important (plus de 20%).

A noter d’ailleurs que, lorsque le prix du gaz ou du pétrole augmente sur les marchés internationaux pour des raisons économiques, le montant des taxes prélevées par l’Etat augmente mécaniquement. L’Etat n’est d’ailleurs pas le seul à profiter de la hausse des prix, beaucoup de producteurs d’énergie indépendants en profitent aussi. Les exploitants d’éoliennes, par exemple, produisent une électricité qu’ils revendent à EDF au prix du marché. Mais ce qu‘il faut savoir, c’est que pour aider l’émergence des énergies renouvelables, l’Etat paie en subventions, la différence entre le prix de revient de cette énergie locale et le prix acheté par EDF. Normalement, quand le prix de l‘électricité augmente, ce qui est le cas actuellement, le différentiel versé au producteur doit diminuer. L’Etat fait des économies.

Cet exemple marginal montre qu’en fait, le levier le plus logique et le plus efficace pour baisser le prix payé par le consommateur serait de baisser le montant des taxes et des charges perçues par l’Etat.

C’est tellement évident que tout le monde y a pensé, sauf qu’aucun responsable politique n’osera le faire, les recettes fiscales sont importantes et incontournables, tant qu’on n’aura pas décidé de baisser les dépenses publiques. Pour qui ? et pourquoi faire ?

On revient à la case départ: comment baisser les dépenses publiques ? C’est une question politiquement incorrecte, surtout à l'approche d’une élection présidentielle.

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