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Écotaxe = 100 000 euros de manque à gagner par heure… Ce que coûte à la France l'indécision permanente du gouvernement
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J'y vais, j'y vais pas...

Écotaxe = 100 000 euros de manque à gagner par heure… Ce que coûte à la France l'indécision permanente du gouvernement

2 465 753 euros par jour, 100 000 euros par heure, ou encore 1 700 euros par minute. C'est ce que coûte le report de l'écotaxe selon un compteur en temps réel mis en ligne mardi par France Nature Environnement (FNE). Le manque à gagner aurait donc déjà dépassé 150 millions d'euros depuis le 1er janvier.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico : Le manque à gagner dû à la suspension de l'écotaxe se chiffre à plus de 100 000 euros par heure et a déjà dépassé 150 millions d'euros depuis le 1er janvier, selon un compteur mis en ligne mardi 4 mars par l'ONG France Nature Environnement (FNE). Le gouvernement est-il en train d’enfoncer ses déficits publics et sa dette, en essayant d’obtenir l’effet inverse ?

Philippe Crevel : Le Gouvernement doit faire face à un manque à gagner fiscal qui remet en cause le financement de plusieurs projets d’infrastructures et à un coût lié au non-respect du contrat avec l’entreprise en charge de l’exploitation des portiques. Nous sommes dans un cas exceptionnel d’un prélèvement qui a disparu mais dont une partie des coûts de recouvrement demeure. Au-delà de cette hérésie fiscale, le gouvernement constate que l’assiette fiscale commence à se dérober sous ses pas. Les rentrées d’impôts, de cotisations et de taxes sont moins fortes que prévues en raison de la volonté des Français d’y échapper et à une croissance aux abonnée absente. Le surcroit fiscal a généré un découragement ou un renoncement qui évidemment réduit les ressources de l’Etat.


La Commission européenne a décidé ce mercredi de placer la France sous surveillance renforcée, après avoir une nouvelle fois épinglé son manque de compétitivité et le niveau élevé de sa dette. Cette indécision empêche-t-elle la France de se relever ?

La France quitte pas à pas la première division des puissances économiques. La décision européenne de placer notre pays sous surveillance renforcée était malheureusement attendue avec la révision à la hausse des déficits publics. Ainsi, en lieu et place de 3,6 %, le déficit devrait être de 4 % cette année et de 3,9 % en 2015 contre 2,8 % initialement prévu. La France fait figure de plus mauvais élève de la classe en étant incapable de réduire son déficit et cela malgré un important tour de vis fiscal. La Commission de Bruxelles souligne que la France s’est engluée par manque de courage. L’attente d’une éclaircie conjoncturelle comme moyen pour sortir le pays de l’ornière lasse nos partenaires et les autorités bruxelloises. Le Gouvernement a grillé ses dernières cartouches en 2013 en pariant que la sortie de récession de la zone euro et la reprise américaine offriraient à la France la possibilité de se soustraire à l’impérieuse nécessité des réformes structurelles. L’ère des excuses et des reports semblent toucher à sa fin. Nous sommes désormais au même niveau que l’Espagne ou l’Irlande mais ces deux pays reviennent de l’enfer. Ils étaient jusqu’à cette année sous assistance financière.

"Ses modalités sont inconnues. Sa mécanique est compliquée. Nous nous demandons dans quelle mesure il bénéficiera aux entreprises exportatrices", déclare Bruxelles à propos du pacte de responsabilité. S’agit-il d’une nième mesure irréalisable ? Un déficit à 3% en 2015 est donc inenvisageable ?

Le pacte de responsabilité est un bidule à la France, un véritable cadeau empoisonné. Il s’inscrit dans le prolongement du Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi. L’Etat concède une exonération de charges sociales en contrepartie d’engagements de la part des entreprises. Or, il ne faut pas oublier que les dites charges ont augmenté en 2012 et 2013 pour financer les retraites. Le colbertisme est toujours de la partie. Les gouvernements n’ont plus les moyens de leur politique du fait de l’accumulation des déficits mais continuent à interférer dans la conduite des entreprises. Or, une entreprise est un espace de création de valeurs rendue possible par la rencontre du capital, du travail et du progrès technique ou du savoir-faire. Comment imaginer qu’un dirigeant de PME avec une dizaine de salariés puisse répondre à un stimulus de quelques centaines d’euros par emploi soit en mesure d’embaucher. La création d’emploi est liée à un projet qui doit rencontrer une demande et non l’émanation d’un gain précaire de cotisations sociales.

Parmi les échecs notables, fin décembre 2013, le gouvernement avait publié un décret autorisant une ouverture les dimanches pour certains types de magasins en France et ce jusqu'au 1er juillet 2015. Où ces procrastinations vont-elles mener le pays ?

A force de refuser les obstacles, le cavalier et sa monture ont de fortes chances d’être disqualifiés. Nous n’en sommes pas loin comme le prouve l’annonce de la Commission de Bruxelles sur la France. Sur les retraites, sur l’assurance-maladie, sur le droit du travail, sur l’éducation, sur le travail du dimanche, sur les collectivités locales… nous sommes devenus les champions des ballons d’essai qui aboutissent irrémédiablement à un report sine die des réformes. La France aime fonctionner par secousse comme l’affirmait, en son temps, Edgar Faure sauf qu’aujourd’hui, rien ne se passe. La France joue la montre et attend la fin de la partie pour rejoindre le vestiaire. Il y a un sentiment de résignation ou d’abandon qui a gagné les élites. Deux voies sont possibles, le déclin lent, soit la chute aux enfers avec un réveil brutal. C’est arrivé à des pays importants comme le Royaume-Uni qui avait du demander l’aide du FMI dans les années 70. Les Français doivent s’habituer à vivre sans en référer en permanence à l’Etat ce qui est très difficile compte tenu de notre culture jacobine. La sphère économique doit s’autonomiser des pouvoirs publics en prenant son indépendance. La France reste un pays riche par le niveau de qualification de la population, par sa recherche, par sa position de leader dans plusieurs secteurs d’activité or, le pessimisme et la défiance sont entrain de miner les fondements de l’économie. Il est important au-delà des vicissitudes politiques de permettre aux acteurs économiques de s’émanciper.

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