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L'école des chefs d'entreprise en herbe serait ouverte à tous et dispenserait des cours très variés.
L'école des chefs d'entreprise en herbe serait ouverte à tous et dispenserait des cours très variés.
©Reuters

Bonnet d'âne

Ecole d'entrepreneuriat : entre les entrepreneurs potentiels et les administrations en charge de l'économie, qui aurait le plus à apprendre ?

Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME et à l'Innovation, propose la création d'une école de l'entrepreneuriat qui faciliterait la création d'entreprises aux personnes plus vulnérables sur le marché de l'emploi.

Leonidas Kalogeropoulos

Leonidas Kalogeropoulos

 

Léonidas Kalogeropoulos est Président du Cabinet de lobbying Médiation & Arguments qui défend la liberté d’entreprendre, l’innovation, le pluralisme et la concurrence dans les domaines de l’audiovisuel, des télécoms, du sport, d’Internet, de l’énergie, de la presse…
 
Il est le fondateur du site libertedentreprendre.com, qui milite pour l’inscription de liberté d’entreprendre dans la Constitution française et est Vice-Président du mouvement patronal Ethic. Il est également le porte-parole du collectif David contre Goliath, lanceur d'alertes concurrentielles

 

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Atlantico : Afin de promouvoir l’esprit d’entreprise, Fleur Pellerin, la ministre déléguée à l'Economie numérique travaille à la création d'une école entrepreneuriale, accessible à tous quel que soit l’âge et la situation. L’idée viendrait du fait que bon nombre de diplômés de grandes écoles ignorent des détails pratiques mais essentiels à la création d’entreprises. Les acteurs qui interviennent dans la création d’entreprise - banques, URSSAF, avocats, experts en conseil - ignorent souvent aussi ces détails pratiques. Devraient-ils également bénéficier d’une telle formation ? Comment pourrait-on former, sur le même principe, d’autres acteurs que les entrepreneurs eux-mêmes ?

Léonidas Kalogéropoulos : Promouvoir l'esprit d'entreprise dans notre pays est une ardente nécessité et il est très positif qu'un gouvernement de gauche ait conscience d'avoir un rôle à jouer dans ce domaine, en particulier pour stimuler l'esprit d'entreprise auprès de tous ceux qui se sentent exclus de l'usage de la liberté d'entreprendre, qui est une liberté fondamentale et qui appartient à toutes et à tous, indépendamment de ses origines. En revanche, on peut être dubitatif sur l'intérêt d'une école de l'entreprenariat, en particulier s'il s'agit de donner des détails pratiques sur comment créer son entreprise. L'Agence Pour la Création d'Entreprise (APCE) semble répondre parfaitement à cet objectif et il existe une kyrielle d'initiatives privées qui sont parfaitement adaptées aux interrogations de tous ceux qui veulent créer leur boîte ou se mettre à leur compte. Mais le développement de l'esprit d'entreprise, c'est le développement du sens de l'initiative, de la prise de risque, de la créativité, de la conscience que la richesse d'une Nation émane de ses talents, créateurs et entrepreneurs : c'est une culture nationale qui doit progresser, mais l'idée d'une école dédiée à l'entrepreneuriat semble décalée par rapport à cet objectif.

Comment pensez-vous que l'on pourrait favoriser l'esprit d'entreprise en France?

Notre Nation repose sur un certain nombre de préceptes parmi lesquels la liberté d'entreprendre n'a pas trouvé sa place. Ajouter la "liberté d'entreprendre" dans notre Constitution, alors qu'elle n'y figure pas, c'est l'occasion de proclamer que cette liberté est à la disposition de tous ceux qui voudront s'en saisir. Lorsque l'on voit la propagation du concept de "principe de précaution" auprès des Français après  qu'il ait été ajouté à notre Constitution, on prend la mesure de l'impact qu'aurait d'enrichir notre Constitution de l'ajout explicite de la liberté fondamentale d'entreprendre. Il faut à cette occasion rappeler que c'est une liberté dont chacun peut disposer, sans distinction d'origine, d'âge ou de sexe.

De même, "l'esprit d'entreprise" gagnerait à être ajouté à notre devise républicaine. "Liberté, Égalité, Fraternité et Esprit d'entreprise", cet ajout régénèrerait en profondeur notre socle républicain, rappelant à chaque citoyen que c'est par le développement des talents individuels que s'enrichit notre collectivité nationale. 

Il nous faut créer un souffle, une dynamique qui frappe tous les esprits et tous les imaginaires, pour que chacun sente qu'en prenant une initiative, en créant sa boîte, en prenant des risques, il s'inscrit dans un processus qui est collectivement valorisé, alors que l'on subit tellement souvent les signaux contraires en France. Et malheureusement, les politiques en général, et l'actuel gouvernement en particulier, ne sont pas en reste dans l'accumulation des signaux négatifs adressés à ceux qui entreprennent. C'est une bonne nouvelle si une prise de conscience nouvelle émerge depuis les Assises de l'entreprenariat.

A qui devraient s’adresser des cours à « l’école de l’entreprenariat » ?

Si un cursus sur l'entreprenariat devait se mettre place, il faudrait prioritairement y placer en stage intensif tous ceux qui sont souvent ignorants de ce qu'entreprendre signifie. Il serait urgent de faire suivre ce cursus aux enseignants, pour qu'ils puissent donner envie d'entreprendre à leurs élèves et étudiants ; aux fonctionnaires, en particulier à tous ceux qui sont au contact des entreprises, par exemple à ceux de l'inspection du travail, et il serait indispensable que tout responsable politique ait pu suivre ces cours, pour que la vision de ce que sont les créateurs de richesses dans notre pays évolue dans l'esprit de tous ceux qui exercent des responsabilités dans l'organisation de la Nation.

Quelle forme devrait avoir cette école concrètement ?

L'idéal serait de généraliser les initiatives prises par les entrepreneurs eux-mêmes, et il faut saluer à cet égard ce que Philippe Hayat a lancé avec 100000 entrepreneurs dans les Écoles. Rien ne remplace le contact direct avec les entrepreneurs, qui peuvent témoigner de leur expérience, transmettre leur enthousiasme et ne pas faire l'impasse non plus sur le poids des responsabilités et des difficultés. Les Chambres de commerces peuvent contribuer à mailler ces initiatives et les réseaux sociaux sont également des vecteurs intéressants. Mais l'idée d'une école dédiée apparaît aux antipodes de la contagion d'enthousiasme que l'on veut pouvoir insuffler lorsque l'on prétend vouloir développer l'esprit d'entreprise. Par ailleurs, ce qui pèse le plus sur l'esprit d'entreprise en France aujourd'hui tient au poids des prélèvements obligatoires pour financer un État trop dispendieux. On peut craindre qu'un projet de nouvelle école alourdisse encore des dépenses publiques qu'il est urgent de freiner. A chaque fois qu'un besoin nouveau apparait, on ne peut pas revendiquer systématiquement l'intervention de l'Etat. C'est tout le contraire de l'esprit d'entreprise !

L'avantage d'ajouter "l'esprit d'entreprise" à notre devise républicaine, c'est que cela ne coûte rien aux finances publiques, cela apporterait une pierre nouvelle à notre culture nationale et distillerait dans tous les esprits une tentation, une étincelle qui est prometteuse de projets à venir. Et lorsque les projets seront en cours d'éclosion, il y aura toujours suffisamment d'informations disponibles pour apporter les réponses nécessaires à ceux qui veulent faire les premiers pas. Mais c'est l'étincelle de départ qu'il faut parvenir à insuffler, et notre pays est capable d'apporter ce souffle nouveau, qui représenterait une véritable rupture salutaire pour surmonter toutes les crises dont la France souffre depuis des décennies.

Propos recueillis par Karen Holcman

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