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Ce qui fait la force de l'échange économique c'est que les deux parties y gagnent.
Ce qui fait la force de l'échange économique c'est que les deux parties y gagnent.
©Reuters

Le nettoyeur

Échange économique : les difficultés françaises à accepter la théorie du gagnant-gagnant

L'économie pour les nuls : cet été, Pascal-Emmanuel Gobry explique les bases de l'économie pour les non-initiés, de manière non scolaire. Episode 3 : l'échange économique.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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Chaque chose en son temps. D'abord nous avons vu que l'enjeu de l'économie est de permettre la répartition la plus efficace de ressources limitées. Nous avons aussi vu que le marché est un moyen intéressant de répartir ces ressources car c'est un outil de transmission d'information et de coopération décentralisée (même si ça ne veut pas dire que c'est le seul, ou même le meilleur, ou qu'il ne faut pas le réguler).

Mais poser la question du marché c'est poser la question des échanges économiques. En fait, toute l'économie repose sur ça : sur des échanges. C'est par les échanges que l'économie fonctionne. Ça vaut donc le coup de se demander comment fonctionne l'échange économique, et à quoi il sert.

D'autant plus que l'échange économique, dans notre culture, est mal vu. La plupart de nos concitoyens ont le sentiment, quelque part, qu'à chaque fois qu'ils achètent quelque chose ils se font arnaquer, et que l'échange économique est un peu toujours une relation de pouvoir où un fort exploite un faible.

C'est évidemment parfois le cas. Mais dans un échange économique où les parties consentent librement, ça ne devrait pas l'être. En effet, ce qui fait la force de l'échange économique c'est que les deux parties y gagnent.

L'idée est la suivante : si vous me vendez un vélo d'occasion et que je vous l'achète pour vingt euros, c'est que pour moi le vélo vaut plus que ces vingt euros. Si vous acceptez, c'est que pour vous, les vingt euros valent plus que le vélo. Par principe - sinon la transaction n'a pas lieu (ou à un prix différent). Par la magie de cette transaction, nous voilà tous les deux plus riches. Je suis plus riche parce que pour moi le vélo vaut plus, et vous êtes plus riche parce que pour vous les vingt euros valent plus.

D'ailleurs, si je suis heureux de payer vingt euros, ça doit vouloir dire que j'étais prêt à payer plus cher. C'est ce que les économistes appellent le surplus du consommateur: l'argent qu'on est prêt à payer en plus pour un service et qu'on n'a pas à payer. Ce surplus ne se retrouve pas dans les statistiques économiques, puisqu'il est virtuel et non mesurable, mais il représente néanmoins une vraie valeur.

En somme, par définition, lorsqu'il est libre, l'échange économique enrichit les parties en question et leur bénéficie. C'est fondamental : ça veut dire qu'un échange économique, dans la plupart des cas, est à somme positive, ou “gagnant-gagnant.”

C'est très important, parce qu'en France on a du mal avec la notion du gagnant-gagnant (on s'est même moqué d'un candidat à l'élection présidentielle qui avait voulu en faire un thème.) Dans la logique française, il y a toujours un gagnant et un perdant. Si Paul gagne, c'est parce qu'il a dû prendre à Pierre. “Derrière chaque grande fortune il y a un crime,” écrivait Balzac. La culture française a une vision à somme nulle du monde.

C'est très dommage, parce que toutes les grandes avancées du monde, pas seulement économiques, ont été à somme positive. Nous vivons, de fait, dans un monde où tout le monde peut gagner. Il y a infiniment plus de richesse (dans tous les sens du termes) aujourd'hui qu'en 1912, et infiniment plus en 1912 qu'en 1812. Cette augmentation de richesse veut dire que Paul n'a pas à s'enrichir aux dépens de Pierre - au contraire, il peut même s'enrichir en enrichissant Pierre.

Il ne s'agit plus d'économie : ça transforme toute une vision du monde de se rendre compte qu'il y a des échanges à somme positive et des échanges à somme nulle, et que ce qui améliore l'état du monde est d'accroître les échanges à somme positive et réduire les échanges à somme nulle.

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