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La bonne stratégie ?

Droite Trocadéro : François Fillon est-il en train de surfer sur ce populisme chrétien que Patrick Buisson avait tenté de vendre à Nicolas Sarkozy ?

La base électorale de François Fillon, constituée essentiellement par la France catholique en lien avec le mouvement de La Manif pour Tous, est révélatrice du positionnement de François Fillon à l'égard du concept de "populisme chrétien".

Atlantico : La Manif pour tous a marqué l'émergence d'un "populisme chrétien" que semble avoir totalement intégré François Fillon dans le cadre de sa campagne. Quels en sont les ressorts ? Note-t-on une évolution de ce qui caractérise ce populisme depuis 2013 ? 

Jean-Louis HarouelCe que vous appelez populisme chrétien n’est pas autre chose que le retour, après une très longue absence, d’une droite catholique s’assumant comme telle. Au XIXe siècle, la droite se confondait sensiblement avec les catholiques. L’instauration de la IIIe République s’est faite contre les catholiques, principalement de sensibilité monarchiste. Puis, en 1892, Léon XIII a invité par l’encyclique Inter sollicitudines les catholiques français à se rallier à la République, dans l’espoir (qui sera déçu) de mettre fin à l’anti-catholicisme des républicains. L’Église catholique s’étant en 1914 rangée sans équivoque sous le drapeau français et républicain, les catholiques constituent durant l’entre-deux-guerres la droite conservatrice, attachée à la défense de la religion catholique et de l’ordre social. Après quoi, c’est l’éclipse de la droite catholique. Laissée dans l’ombre par la démocratie chrétienne, puis par le gaullisme, le giscardisme et leurs avatars, utilisée électoralement par eux sans être reconnue explicitement, la droite catholique semblait avoir disparu comme entité. Mais elle n’était qu’endormie.

Belle au bois dormant de la vie politique française, la droite catholique a été réveillée par François Hollande (qui n’a pourtant rien d’un prince charmant) avec l’instauration du mariage homosexuel. Il n’a, bien sûr, pas fait cela pour cela – d’ailleurs, il croyait le peuple français trop avachi pour réagir –, mais il a provoqué ce résultat. Des millions de Français, principalement de sensibilité catholique, sont descendus dans la rue pour dire leur attachement aux précieuses valeurs de durée que le christianisme tire pour l’essentiel de son substrat biblique : valorisation de la famille, de la patrie, exigence morale, et par-dessus tout transmission de la vie : bref, tout ce que travaille à détruire la gauche, imprégnée consciemment ou non de la vieille haine de la gnose pour tout cela.

Expression de l’enracinement de la France dans son passé chrétien encore bien vivant, la Manif pour Tous a été une contestation d’ordre anthropologique et civilisationnel. Or, les choses ont évolué depuis 2013, puisque cette protestation civilisationnelle a donné naissance à un mouvement politique qui manifeste le grand retour de la droite catholique. Mouvement politique issu de la Manif pour Tous, Sens commun a joué un rôle décisif dans la victoire de François Fillon à la primaire, ainsi que dans le succès du grand rassemblement du Trocadéro.

Quel regard peut-on porter sur le potentiel du positionnement actuel de François Fillon vis-à-vis de l'électorat catholique en lien avec la Manif pour tous ? Jusqu'où le "populisme chrétien" pourrait-il emmener le candidat LR pour la présidentielle ?

L’électorat catholique en lien avec la Manif pour tous possède beaucoup de dynamisme et de détermination, si bien qu’il peut assurément propulser très haut le candidat LR. L’effet d’entraînement de la droite catholique est le grand atout de François Fillon. Peut-il le conduire au second tour de l’élection présidentielle ? C’est possible. En tout cas, il ne peut pas, à lui seul, le mener à l’Élysée. Candidat porté par un mouvement politique et un électorat anti-système, François Fillon, qui suscite des réticences chez l’élément centriste de son propre parti, ne peut espérer gagner l’élection présidentielle sans l’appoint d’un autre électorat anti-système.    

Présent au second tour de l’élection présidentielle, François Fillon ne pourrait espérer l’emporter que grâce au report d’une importante partie de l’électorat de Marine Le Pen, de même que, présente au second tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen ne pourrait espérer l’emporter que grâce au report d’une bonne partie de l’électorat de François Fillon.

François Fillon a la responsabilité historique de prendre conscience que la pire des choses qui puisse arriver à la France serait une nouvelle reconduction au pouvoir d’une gauche qui tue notre pays à petit feu. Il doit avoir conscience que le seul vrai danger pour la France, c’est la gauche. Par-delà sa nécessaire et légitime volonté de gagner l’élection présidentielle, il y a, pour François Fillon, un impératif supérieur qui est d’empêcher le principal candidat de gauche, c’est-à-dire Emmanuel Macron, de la gagner.

Et, pour les législatives qui vont suivre, il lui faut rejeter la perspective de conclure avec la gauche, au nom d’un emploi incantatoire et imbécilisant du terme "républicain", un nouveau pacte aboutissant à une surreprésentation parlementaire de la gauche au regard de son audience réelle, et à priver injustement un tiers des électeurs de représentants au Parlement, ce qui fait d’eux des citoyens zombies.

Dans une tribune du Figaro, Chantal Delsol avait salué en François Fillon le retour d’une droite vraiment à droite. Eh bien, une droite vraiment à droite n’a pas d’ennemi à droite.

L'un des derniers baromètres Ifop pour Atlantico a révélé que seulement 37% des catholiques pratiquants envisagaient encore de voter pour François Fillon alors qu'ils étaient prêts d' 1 sur 2 en janvier (voir ici). Dans quelle mesure le PénélopeGate pourrait-il mettre à mal le positionnement actuel de François Fillon à l'égard de la France catholique ? 

On doit se souvenir qu’en politique, il est de bonne guerre de détourner des procédures judiciaires pour mettre un gêneur à l’écart pendant le temps nécessaire pour mener à bien sa petite affaire. Au printemps de 1792, le parti girondin a obtenu de la Législative la mise en accusation devant la Haute Cour du ministre des Affaires étrangères qui l’empêchait de faire déclarer la guerre. Les Girondins disaient dans les couloirs de l’Assemblée : "Nous savons bien qu’il est innocent, mais nous avons besoin de nous débarrasser de lui pour quelques mois."

C’est la même chose avec le PénélopeGate. Ancien rapporteur général du budget à l’Assemblée nationale, Philippe Auberger considère que, sur la base des faits connus, la justice ne dispose d’aucun moyen juridique pour mettre en examen M. ou Mme Fillon. Et Marc Rousset observe ironiquement sur Boulevard Voltaire que le député François Fillon n’a pas davantage disposé de l’argent des contribuables "que ses nombreux confrères socialistes ayant engagé leur maîtresse en lieu et place de leur épouse". Cette affaire dérisoire, artificiellement gonflée par le pouvoir socialiste, est le prétexte du lynchage politico-médiatique d’un candidat dont la gauche veut se débarrasser à tout prix dans les mois à venir.

Après que Nicolas Sarkozy, reçu au Vatican, eût expliqué au pape qu’il ne fallait pas comprendre la laïcité comme une hostilité envers la religion mais comme une simple neutralité, les grands maîtres de toutes les obédiences maçonniques ont déboulé à l’Elysée revêtus de leurs insignes liturgiques pour dénoncer, rappelle Philippe Nemo dans La France aveuglée par le socialisme, une entorse à la laïcité républicaine. Le vrai ressort du PénélopeGate est, sans doute, d’empêcher que la résurgence de la droite catholique ne permette l’élection d’un président de la République ouvertement catholique.

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