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Des musulmans eux-mêmes ou de ceux qui les entretiennent dans leur éternelle victimisation, qui est le plus responsable du déficit de maturité de l’islam de France ?
©Reuters

Culpabilisation des uns, immunité pour les autres

Des musulmans eux-mêmes ou de ceux qui les entretiennent dans leur éternelle victimisation, qui est le plus responsable du déficit de maturité de l’islam de France ?

"Les musulmans sont pris pour cible, ça suffit !" a déclaré lundi 23 février le recteur de la Mosquée de Paris Dalil Boubakeur, après que le président du Crif Roger Cukiermann a insisté sur le fait que "toutes les violences aujourd'hui sont commises par des jeunes musulmans". Une réaction qui traduit la conviction acquise au fil du temps que la communauté musulmane n'est en rien responsable des actes commis par certains de ses membres.

Paul-François Paoli

Paul-François Paoli

Paul-François Paoli est l'auteur de nombreux essais, dont Malaise de l'Occident : vers une révolution conservatrice ? (Pierre-Guillaume de Roux, 2014), Pour en finir avec l'idéologie antiraciste (2012) et Quand la gauche agonise (2016). En 2018, il publie "Confessions d'un enfant du demi-siècle" aux éditions du Cerf et "L'imposture du vivre ensemble: Quelques points de repères" aux éditions de L'Artilleur. 

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Atlantico : Lorsque des musulmans commettent des actes criminels ou délictueux, il est de bon ton la plupart du temps de ne pas mentionner leur religion car cela reviendrait à "stigmatiser" tous ceux qui appartiennent à la communauté musulmane. Vivons-nous aujourd'hui dans une société qui pratique le déni de responsabilité collective des musulmans ?

Paul-François Paoli : Nous sommes aujourd'hui dans une société soumise à une idéologie d'Etat qui est l'antiracisme, dernière idéologie dont la gauche puisse se targuer depuis qu'elle a renoncé à la lutte des classes et à l'anticapitalisme. Cette idéologie, comme j'ai tenté de le montrer dans mon livre Pour en finir avec l'idéologie antiraciste (Bourin) est une vulgate qui considère que lorsqu'un individu issu d'une minorité commet une incivilité ou une agression, il n'est jamais intégralement responsable de son acte puisqu'il est sous-entendu qu'il est lui-même victime en amont d'une forme ou d'une autre de discrimination. Autrement dit, son acte est en partie irresponsable au vu des conditions d'existences qui seraient les siennes. Elles-mêmes, à l'instar de Mme Taubira, qui ne juge que par les valeurs de l'autonomie individuelle, nous expliquent en même temps que ces jeunes ne sont jamais tout à fait libres de leurs comportements, ce qui est aberrant et met à nu la contradiction d'une gauche qui est à la fois déterministe socialement et libertaire sur le plan des valeurs. C'est ainsi que si un jeune "d'un quartier défavorisé" commet une agression, il bénéficie aux yeux de certains sociologues d'une circonstance atténuante pour ainsi dire constitutive. Cette lecture a longtemps permis de minimiser les agressions commises par les jeunes d'origine musulmane à l'encontre de personnes d'origine juive. Certes, heureusement, les jeunes d'origine africaine et maghrébine, qui sont souvent de culture musulmane n'ont pas le monopole de la violence en France. Mais de fait, ils jouissent d'un étrange privilège : il faudrait passer sous silence leur identité pour ne pas stigmatiser l'islam. Bien sûr, si demain des jeunes catholiques agressent un musulman, ils seraient montrés du doigt par la grande majorité des médias comme des jeunes ayant agi par islamophobie.

François Hollande, qui fait pourtant partie des pourfendeurs d'amalgames, ne s'est pas privé de préciser que les jeunes qui ont profané les tombes du cimetière juif de Sarre-Union étaient des "Français de souche". S'il était cohérent avec lui-même, n'aurait-il pas dû se garder de faire cette remarque ? Ne stigmatise-t-il pas lui-même toute une partie (la majorité, en l'occurrence) de la population française ?

Il n'est pas impossible que cet homme très intelligent ait commis une bévue sémantique. François Hollande est un cynique dépourvu de la moindre pensée politique, comme la plupart des dirigeants du PS. Il est un gestionnaire et un politicien qui navigue à vue. Il ne semble pas avoir de réflexion particulière sur la question de l'identité nationale, et il a habituellement recours au catéchisme républicain habituel qui occulte l'origine des individus, comme si celle-ci n'avait aucune incidence sur leurs représentations et donc leurs comportements. Si le sociologue Hugues Lagrange démontre dans son livre Le déni des cultures, paru il y a quelques années, que les jeunes de culture confucéenne, notamment les Chinois, ont de meilleurs résultats à l'école que les jeunes d'origine africaine, c'est qu'il s'est trompé dans ses analyses ou qu'il flirte avec une idéologie raciale douteuse. Il est exclu pour la gauche que les jeunes d'origine immigrée qui échouent à l'école puissent échouer pour d'autres raisons que sociales. Sauf que de temps en temps, aussi idéologiques soient-ils, les socialistes commettent des lapsus. Ainsi par exemple, Valls a-t-il affirmé l'an dernier que "la violence est enracinée dans la culture corse", ce qui a provoqué un tollé dans l'île. Lui ou Hollande se garderaient bien de dire la même chose de la violence des caïds maghrébins à Marseille, qui selon eux est attribuée à la violence de l'apartheid des ghettos. S'il avait dit que leur violence possède aussi une dimension identitaire, il aurait été hué. Il y a donc deux poids, deux mesures en France. Si des voyous corses dévalisent des banques comme autrefois le Gang de la brise de mer, on juge naturel d'expliquer le phénomène par certains traits propres à l'identité corse. Mais si des jeunes de banlieue d'origine africaine forment des bandes violentes, le seul critère établi est celui des ghettos et de la discrimination. Cette duplicité, qui montre à quel point la gauche a perdu le combat des idées joue bien sûr en faveur du FN qui peut affirmer à son aise que les Français de souche sont discriminés.

Qu'est-ce que ce deux poids, deux mesures dit de notre société ? Sommes-nous coincés dans une culpabilisation perpétuelle des "petits blancs" d'un côté, et une systématisation de l'immunité pour les minorités (dont les musulmans) de l'autre ?

Ce clivage dit quelque chose de très grave. Comme l'a écrit Hervé Algalarrondo, rédacteur en chef de l'Obs, dans un livre paru il y a quelques années La gauche et la préférence immigrée, la gauche a renoncé à reconquérir les classes populaires qui lui font défaut depuis longtemps, notamment les ouvriers et les paysans, et elle "table" sur les jeunes issus des minorités en flattant l'idéologie de la discrimination positive.

Qui est selon vous responsable du fait que la communauté musulmane ne se sente pas responsable, d'une manière ou d'une autre, lorsque certains de ses membres commettent des attentats, des actes antisémites ou tout simplement des actes de délinquance ?

Il faut distinguer les violences de droit commun et les violences à caractère politique et ne pas confondre les deux en faisant porter le chapeau aux musulmans, français ou non, qui sont des gens qui dans leur immense majorité aspirent à l'ordre et à l'autorité. L'islam n'est pas responsable de la délinquance de certains jeunes de culture musulmane bien évidemment. La violence de ces jeunes est parfois liée à un fort ressentiment dû à leur échec social et professionnel, et peut-être aussi au sentiment que d'autres réussissent là où ils échouent. Quand ces autres sont des juifs, cela réveille un trauma enfoui qui vient de très loin, notamment chez les jeunes maghrébins puisque l'antijudaïsme a toujours été présent en Afrique du Nord et ce même avant la colonisation française. Il faudrait à ce sujet avoir le courage de mettre en cause la double nationalité dont bénéficient certains délinquants d'origine algérienne qui nourrissent un ressentiment particulier contre la France tout en bénéficiant des avantages de la nationalité française.

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