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Une photo prise le 6 juin 2014 montre des figurines sur une carte française. Le président François Hollande a annoncé le 2 juin 2014 une réforme territoriale, réduisant les 22 régions à 14 "super régions".
Une photo prise le 6 juin 2014 montre des figurines sur une carte française. Le président François Hollande a annoncé le 2 juin 2014 une réforme territoriale, réduisant les 22 régions à 14 "super régions".
©PHILIPPE HUGUEN / AFP

Territoire national

Des grandes régions mirages : à quelle entité territoriale les Français s’identifient-ils le plus ?

La refonte de la carte des régions lors de la réforme territoriale de François Hollande, initiée en 2014, n’a pas fait l’unanimité dans certaines parties du territoire. Quelles sont les entités territoriales envers lesquelles les Français s’identifient le plus ? Les identités régionales résistent-elles aux aspirations décentralisatrices ?

Claude Dargent

Claude Dargent

Claude Dargent est docteur en science politique, sociologue, chargé de cours à l'Institut d'Études Politiques de Paris et chercheur associé au Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF/FNSP).

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Atlantico : Dans un grand désir de simplification et afin d’économiser les budgets, François Hollande redécoupe la carte territoriale en 14 « super régions » avec de nombreuses fusions. Si les habitants de certaines zones se reconnaissent des origines, des mœurs, des usages, des langues et des institutions communes, cette réforme semble ne pas avoir fait l’unanimité. À quelles entités territoriales les Français sidentifient-ils le plus ? Y-a-t-il des régions qui sont moins identifiées que dautres par les Français ? 

Claude Dargent : La collectivité la plus proche est évidemment  la commune. Aux élections locales, c’est celle qui déclenche le plus fort taux de participation. Le département s’impose lui aussi par son histoire et sa longévité : il a bientôt deux siècles et demi d’existence. Il a beau avoir étéconstruit de façon largement discrétionnaire, il a aujourd’hui dans la France rurale une vraie réalité.

La réforme territoriale sous François Hollande visait plusieurs objectifs. Elle a maintenu les départements alors que Manuel Valls comptait supprimer et elle a redécoupé les régions d’une façon qui n’a pas fait l’unanimité. Cette réformedevait être le prélude à être un transfert de compétences, mais cela ne s’est pas réalisé pour l’instant. En terme d’identité en tout cas, il est loin d’être « naturel » pour les habitants d’Alsace de Lorraine et de Champagne de se retrouver aujourd’hui dans une région Grand-Est et pour ceux du Limousin et du Poitou de faire désormais partie de la Nouvelle-Aquitaine.

Pour certains habitants, ces "super-régions" sont devenues en effet quelque peu artificielles et cela ne constitue donc pas un progrès. De surcroit la réforme n’a pas résolu un certain nombre de problèmes comme la question du rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne.

On cite souvent l’exemple de lAllemagne, mais les régions dans  ce pays sont de taille extraordinairement inégales par exemple entre la grande Bavière et les Länder de Hambourg et de Brême : l y a entre eux des écarts de superficie bien plus importanse que ceux que lon avait en France avant la réforme des régions.

Cette réforme devait également faire des économies, mais cela a été un échec. La fusion de deux régions entraine la disparition d’une capitale régionale mais, en compensation, les services administratifs ont souvent été maintenus. Même si Lyon est la capitale de la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes,   des services administratifs sont restés à Clermont-Ferrand  – ce qui est générateur dedépenses supplémentaires…

Quest-ce que cela induit sur le fonctionnement démocratique des institutions locales françaises ? 

S’agissant de la région, lorsque l’on passe d’un territoire auquel on s’identifie et qui a un sens à une circonscription qui parait plus lointaine et abstraite, cela n’est pas un facteur d’encouragement à la participation électorale.

Cela se verra probablement dans une abstention plus élevée dans ces super-régions que ce qu’on constatait jusqu’à présent aux élections régionales.

Le géographe Jacques Lévy a montré que les Français sidentifient plus à des zones correspondant plus ou moins aux provinces de l’Ancien Régime, cela na-t-il pas changé avec le temps ? Les identités régionales résistent-elles aux aspirations décentralisatrices ? 

Lorsque l’on interroge les Français sur leur sentiment d’identification régionale, on voit on voit en effetressortir des provinces de l’Ancien Régime plus ou moins retravaillée par l’histoire récente. C’est une forme d’alliance entre un héritage historique et des particularismes territoriaux bien vivants aujourd’hui. Ainsi, les Alsaciens se sentent bien davantage Alsaciens que « Grand-estois ».

Ces identités résistent aux découpages technocratiques. Si l’État transfère des compérence à une région qui fait sens, ses habitants y seront souvent favorables, mais pas si ce transfert se fait au profit d’une circonsciption territoriale dont les frontières leur paraissent arbitraires. C’est la porte ouverte à une contestation des décisions futures. La décentralisation fonctionne quand la prise de décision se fait au profit d’un échelon territorial qui parait légitime.

Dans lutilisation du territoire au quotidien où cet attachement se voit-il ? 

Les bassins d’emplois et les bassins de vie occupent des aires qui sont beaucoup plus restreintes que la région. Ce sont donc davantage les représentations que les comportements qui doivent guider dans la recherche de frontières régionales pertinentes.

Quels défis existent pour un État-nation comme la France à redécouper le territoire ?

Ce n’est pas seulement un problème de redécoupage, mais aussi de clarification des compétences entre les différents niveaux. A coté des régions, il y a aussi les départements, et selon les cas les métropoles, les communautés de communes et les communes elles-mêmess. Cela fait beaucoup de niveaux de décisions et il faut trouver des répartitions claires de compétences entre eux. Une loi devait la faciliter, dans le cadre d’une nouvelle étape de décentralisation. On l’attend encore. On prête au Président la volonté de mener ce chantier à bien avant la fin de son quinquennat. Mais pour que cette loi sur les territoires soit réussie, elle doit être le fruit d’une large concertation entre les acteurs concernés et leurs différentes associations. Et il est maintenant bien tard pour conduire à bien un tel processus qui ne soit pas purement formel, s’il doit déboucher d’ici quelques mois.

Propos recueillis par Vincent Pons

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