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De qui aurait besoin Emmanuel Macron pour un remaniement qui redonne un vrai souffle au gouvernement ?
©LUDOVIC MARIN / AFP

Ce qu’en disent les entrailles des sondages

De qui aurait besoin Emmanuel Macron pour un remaniement qui redonne un vrai souffle au gouvernement ?

Alors que le départ de Nathalie Loiseau est attendu depuis le 25 mars au matin, afin de prendre la tête de liste LREM pour les européennes, la perspective d'un remaniement s'ouvre pour le gouvernement.

David Nguyen

David Nguyen

David Nguyen est directeur conseil en communication au Département Opinion et Stratégies d'Entreprise de l'Ifop depuis 2017. Il a été conseiller en cabinet ministériel "discours et prospective" au ministère du Travail (2016-2017) et au ministère de l'Economie (2015-2016). David Nguyen a également occupé la fonction de consultant en communication chez Global Conseil (2012-2015). Il est diplômé de Sciences-Po Paris. 
 
Twitter : David Nguyen
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Atlantico : Alors que le gouvernement avait été bâti sur un équilibre des forces en provenance d'autres tendances politiques, quel pourrait être, au regard des variations dans la composition du socle électoral actuel de LREM, un remaniement "utile" pour Emmanuel Macron ? 

David Nguyen : A première vue, ce remaniement est purement imposé par le calendrier électoral. Il a vocation à “libérer” des ministres en vue de futurs scrutins - Nathalie Loiseau bien sûr pour les européennes, mais aussi Benjamin Griveaux et Mounir Mahjoubi pour les municipales parisiennes – bien plus qu’à incarner un nouvel équilibre politique au sein de l’exécutif. « Droitiser » le gouvernement pourrait éventuellement être utile pour gêner la progression de la liste LR pour les européennes - qui est passée de 10% à 13%-14% d’intention de vote depuis la désignation de François-Xavier Bellamy – et cela d’autant plus que la gauche ne représente toujours pas une menace sérieuse. Pourtant, à plus long terme, je ne pense pas qu’Emmanuel Macron ait intérêt à rompre totalement l’équilibre de 2017, le « en même temps », le « et de gauche et de droite ». Bien que ce balancement soit de plus en plus fragile, il constitue l’ADN de la démarche politique du président, ce qui fait sa spécificité. Acter un positionnement définitif à droite ce serait perdre son originalité et son attractivité. Je pense que l’exécutif en a conscience et qu’il essaye donc de maintenir un équilibre. L’intégration de l’ancien ministre de François Hollande - Pascal Canfin - au sein de la liste LREM pour les européennes, va dans ce sens. Même si l’opinion restera probablement dubitative face à ce ralliement s’il n’est pas accompagné de mesures fortes en matière d’écologie, on voit bien que LREM cherche bon an mal an à marcher sur ses deux jambes.

La structure de l'électorat qui pourrait voter pour la liste LREM a-t-elle évolué ? 

L’électorat LREM s’est clairement « droitisé » depuis 2017. Lors de la présidentielle l’électorat macroniste a attiré 47% des électeurs de François Hollande de 2012, 50% des électeurs de François Bayrou et seulement 17% des électeurs de Nicolas Sarkozy. Il penchait donc clairement au centre-gauche. Dans la perspective des européennes ce sont les anciens électeurs de François Fillon qui constitueraient l’apport le plus important pour le camp présidentiel: un quart d’entre eux voterait LREM. Que s’est-il passé dans l’intervalle ? L’exécutif a tout simplement donné la priorité à des réformes soutenues à droite : loi travail, ISF ou encore SNCF. Même si l’électorat de droite est moins à l’aise avec les positions de LREM sur l’immigration ou sur la PMA, sa partie la plus libérale ne peut qu’être séduite par cet agenda. Sur le plan sociologique en revanche, l’électorat macroniste est plutôt stable et regroupe d’abord des CSP+, diplômés et habitants des métropoles.

Dans quelle mesure un tel remaniement pourrait avoir une réelle influence sur le choix des électeurs, au regard d'une forme "d'incarnation totale" de LREM par Emmanuel Macron? 

Je pense que l’objectif est précisément de maintenir la domination totale d’Emmanuel Macron sur sa famille politique. En désignant des techniciens inconnus sur la liste LREM ou au sein du gouvernement, l’exécutif joue pleinement la carte du « pour ou contre Emmanuel Macron » et nationalise le scrutin européen. C’est la logique du Grand débat national ou de la lettre de l’Elysée aux Européens : c’est le président qui mène la campagne. L’idée est d’assurer l’unité et la cohérence du bloc macroniste dans un paysage politique toujours en ruine et d’arriver en tête en mai 2019. Dans ce cadre, le rôle des ministres ou candidats est avant tout de ne pas faire de couacs, de faire avancer les dossiers et de défendre l’action gouvernementale. A ce jour c’est efficace puisque la liste LREM est en tête des intentions de vote, mais c’est aussi très fragile : la moindre faiblesse d’Emmanuel Macron se répercutera sur l’ensemble de son dispositif.

Avec un niveau de participation qui s’annonce faible, et alors que le dernier sondage Ifop-Fiducial pour CNEWS, Paris Match et Sud Radio point LREM à 22% d’intention de vote, ne pourrait-on pas se trouver dans une configuration ou même le « vainqueur » de l’élection pourrait représenter moins de 10% du corps électoral ?

C’est un risque en effet, mais il faut apporter deux nuances à ce constat. D’abord, ce n’est pas nouveau : les européennes ont toujours été marquées par un haut niveau d’abstention (56% en 2014, contre 58% attendus pour 2019) et les « vainqueurs » l’ont donc toujours été de manière très relative. Cela ne veut pas dire que ce n’est pas grave, mais on voit bien que la question dépasse LREM : les Français ont toujours boudé le scrutin européen. Ensuite, il s’agit d’un scrutin à la proportionnelle dont les listes élues ont vocation à intégrer des coalitions transnationales. Nous sommes très loin de l’élection présidentielle où le camp vainqueur va diriger seul le pays pendant 5 ans. Au niveau européen, quel que soit le résultat du vainqueur en France, il devra composer avec ses partenaires européens. De même les listes « battues » au niveau national pourraient très bien intégrer un groupe puissant au parlement européen. Tout ne sera donc pas joué le soir de l'élection. 

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