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De Benalla à Loiseau en passant par Castaner : ces déceptions personnelles d'Emmanuel Macron qui montrent son incapacité à bien s'entourer
©GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Premier cercle ... de l'enfer ?

De Benalla à Loiseau en passant par Castaner : ces déceptions personnelles d'Emmanuel Macron qui montrent son incapacité à bien s'entourer

La fin du "vieux monde" politique n'a pas débouché sur l'émergence d'une nouvelle génération, mais sur la suprématie d'un homme de plus en plus isolé.

Marc Endeweld

Marc Endeweld

Marc Endeweld est journaliste indépendant, ancien grand reporter à Marianne. Il a publié plusieurs ouvrages dont "Le grand Manipulateur" (Stock, 2019) et L'ambigu Monsieur Macron (Flammarion, 2015).

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Atlantico : Entre Alexandre Benalla, certains de ses conseillers et plus récemment Nathalie Loiseau qui vexe ses alliés européens en parlant de "carnage politique", Emmanuel Macron cède-t-il trop à ses choix affectifs tant au moment de choisir les gens que de les lâcher?

Marc Endeweld : Contrairement à ce que l'on peut penser, Emmanuel Macron n'est pas du tout dans l'affectif. C'est un élément de la communication officielle de laisser penser cela, parfois relayé par ses propres conseillers pour expliquer la raison qui aurait fait qu'Alexandre Benalla n'aurait pas été lâché immédiatement voire même protégé par certains collaborateurs du président comme M. Ismaël Emelien qui a reconnu avoir diffusé sur les réseaux sociaux des vidéos trafiquées des événements du Premier mai au motif qu'il fallait protéger la présidence de la République.

Le discours d'un Macron affectif permet soit de justifier la protection de certains collaborateurs soit d'excuser la faiblesse politique et l'amateurisme de certaines personnalités de la macronie.

Au contraire, tout montre dans l'ascension au pouvoir d'Emmanuel Macron qu'il n'a pas beaucoup d'affectif pour les gens qui l'ont entouré comme je le démontre dans mon livre. Il a plusieurs fois rompu brutalement avec des personnes de son entourage qui ont pu l'aider à certains moments. Comme avec Jean-Pierre Jouyet ancien secrétaire général de l'Elysée sous François Hollande. On peut penser également à son comportement vis-à-vis de François Bayrou, de Gérard Collomb… Au final ce n'est pas quelqu'un qui remercie beaucoup les gens qui ont pu l'aider politiquement.

Au final, le problème n'est-il pas le choix qu'a fait le président de s'entourer de gens qui ne bénéficient ni d'une grande expérience politique, ni d'un grand charisme ? Quel danger cela pourrait-il représenter pour lui ?

D'abord il faut bien comprendre qu'à l'époque Emmanuel Macron n'avait pas de parti constitué. Il s'est fait d'une certaine manière ex-nihilo. Il a accepté des personnalités venant de toute part sans forcément faire le tri. Par ailleurs il a eu une tendance à choisir des gens qui n'allaient pas lui tenir tête.

On le voit bien par le biais de Nathalie Loiseau mais aussi avec une bonne partie des ministres du gouvernement Philippe. Il n'a pas choisi des gens débordant de charisme ou des personnages bénéficiant d'une grande expérience politique. En réalité, la macronie fonctionne aujourd'hui comme certaines grandes entreprises avec un management dysfonctionnant où l'on promeut à des postes à responsabilité des gens qui sont obéissants mais qui n'ont ni les compétences, ni l'habileté des dirigeants.

En conséquence, Emmanuel Macron se retrouve dans une situation dans laquelle, à chaque fois qu'il y a un "couac", il est directement exposé car entre lui et ses collaborateurs il n'y a pas de tampon de sécurité. Même si des talents ont émergé de la macronie, on ne peut pas parler d'un renouvellement général qui a mis en avant toute une génération politique. Au final, les individus talentueux restent isolés. Tout cela n'est pas ce que l'on peut appeler du "collectif" et renvoie à la question de ce qu'est vraiment le macronisme en dehors d'une réflexion et d'une ambition personnelle.

Est-ce que cela ne rejoint pas l'idée du fonctionnement "en commando" du président qui se reposerait uniquement sur quelques individus de confiance ?

Là aussi, la présentation d'un fonctionnement en commando est partielle. Au fil de mes enquêtes je me suis aperçu qu'en réalité il a utilisé beaucoup plus de personnes ou de réseaux anciens qu'on ne pourrait le croire. L'idée d'un commando est en fait réductrice par rapport à sa capacité à s'être mu dans tous les réseaux de la république française.

Il n'empêche que l'idée de commando qu'il soutiendrait jusqu'au bout a une pertinence. Après l'affaire Benalla on s'est aperçu que le président s'était recroquevillé sur le premier cercle de son équipe de campagne. On peut parler de Cédric O ou de Sibeth Ndiaye. Envers ces personnalités qui ont participé à la logistique de la campagne on voit qu'il n'a pas rompu les liens mais remerciés et promus. Avec des exceptions comme le président de l'association de financement Christian Dargnat qui n'est plus que simple membre d'"En Marche !".

C'est au final beaucoup de relations inter-individuelles. Quand Manuel Valls a proposé de soutenir Emmanuel Macron avant le premier tour, Emmanuel Macron ne lui a pas tendu la main. Vraisemblablement par vengeance alors que dans la politique traditionnelle il aurait eu tout intérêt à diversifier ses soutiens. Il ne l'a pas fait car il est aussi dans une conception très verticale du pouvoir, très bonapartiste, qui fait qu'il n'a pas eu l'impression qu'il y avait un enjeu à créer des coalitions.

Dans sa conception c'était à tous les acteurs du "vieux monde politique" de se déterminer par rapport à sa propre personne. On est dans une logique hyper-présidentialiste où le débat n'est pas affaire de nuances mais de soutien au président, ou pas.

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