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Dans quelle mesure le fait d’avoir été un ancien sportif de renom justifie-t-il une nomination en tant que ministre des Sports ?
Dans quelle mesure le fait d’avoir été un ancien sportif de renom justifie-t-il une nomination en tant que ministre des Sports ?
©Reuters

Tatami(nistère)

Ministres et sportifs : "Ceux qui nous prennent pour des idiots utiles sont des aigris imbéciles"

Après le sabreur Jean-François Lamour, le rugbyman Bernard Laporte, la karateka Chantal Jouanno, place au judoka David Douillet ! Décidément pour s'occuper de sports au sein du gouvernement, vaut mieux être du sérail. Jean-François Lamour raconte pour Atlantico les obstacles qu'il a dû surmonter lorsqu'il fut Ministre des Sports...

Jean-François Lamour

Jean-François Lamour

Jean-François Lamour est député de Paris et président du groupe UMP au Conseil de Paris. Il est aussi ancien champion olympique de sabre.

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Atlantico : Dans quelle mesure le fait d’avoir été un ancien sportif de renom justifie-t-il une nomination en tant que ministre des Sports ?

Jean-François Lamour : Ce n’est évidemment pas une condition suffisante pour être un bon ministre des Sports, mais le fait de connaître une fédération de l’intérieur, d’avoir été en contact avec les acteurs du monde du sport, est un élément important dans la connaissance du mouvement sportif français.

Pour autant, cela ne suffit pas à faire un ministre opérationnel, qui agit, qui arrive à trouver des solutions aux problèmes donnés, à initier des projets. Cela constitue malgré tout au final un atout de poids, qui peut être résumé par cette maxime : « il sait ce dont il parle ».

Lorsque l’on n'est pas issu du monde politique - ou d’une formation qui prépare et prédispose au monde politique - est-il difficile d’être suivi et respecté par son cabinet, ses conseillers et son administration ?

Il faut distinguer deux choses : la première, d'être suivi au sein de son administration, la seconde d’être reconnu par sa famille politique.

Il existe une arme puissante pour être suivi par son administration et peser sur l’inter-ministérialité de la fonction : le Directeur de cabinet ! A partir du moment où votre profil ne correspond pas à l’architecture des prises de décisions politico administratives, alors il vous faut une pointure en Directeur de cabinet. Mais pas une pointure qui vous castre, une pointure qui vous évite les écueils !

J’ai eu la chance d’être entouré par un tel Directeur de cabinet, que je connaissais et en qui j’avais placé toute ma confiance. Son rôle est de vous éviter de commettre de graves erreurs. Cette complémentarité, moi la connaissance du milieu sportif et une forme de légitimité, lui la connaissance des rouages administratifs, a constitué le socle de mon efficacité.

Par ailleurs, le fait qu’autour d’une table, mon Directeur de cabinet, énarque, soit reconnu en tant que tel, a beaucoup pesé sur des décisions qui « coûtaient » à l’État, et que je n’aurai pas obtenu aussi facilement, s’il n’avait pas été là.

Mais le directeur de cabinet ne doit pas être quelqu’un qui castre son ministre. Si c’est le cas, le ministre est mort né. Si le directeur de cabinet n’est que la courroie de transmission de l’administration, et ne fait que ce que lui demande Matignon, il ne sert alors strictement à rien.

Quant à la deuxième condition, la constitution d’un cabinet ouvert sur l’administration. L’information doit circuler dans les deux sens. Il n’y a rien de pire qu’un cabinet refermé sur lui-même. Il faut que l’information circule, et que les réunions permettent aux membres de l’administration de s’impliquer dans les prises de décisions et les arbitrages. Ensuite, il faut les défendre. J’ai tenu à ce que mon administration soit renforcée au niveau départemental, régional, pour démontrer qu’ils avaient un rôle à jouer, quels que soient les moyens financiers. Doublement du budget ou pas, ils étaient identifiés comme des acteurs reconnus et compétents, et ils étaient valorisés au niveau local. La fluidité de l’information dans les deux sens doit assurer un lien constant entre administration et cabinet.

Dans le cas de David Douillet, son passage du tatami à la vie politique fait-il sens ?

Je sais qu’il est toujours entouré de bons connaisseurs du monde sportif, et s’il est encore dans cette optique là, il prendra des gens qualifiés.

Pour ma part, je suis resté deux ans et demi à la ville de Paris comme conseiller aux sports, puis 7 ans à l'Élysée. Cela m’a familiarisé avec les rouages ministériels, les arbitrages et les subtilités administratives, y compris en période de cohabitation ; alors que la chose n’est pas évidente. J’ai donc été formé. David est conscient que son ascension a été plus rapide, mais il a beaucoup travaillé, réuni à plusieurs reprises des experts dans les champs du sport, mais également des cadres d’État, y compris un directeur régional, et il saura être opérationnel. Il est très au fait de ce qui doit être fait, et de ce qu’il ne faudra pas faire.

Le choix de David Douillet fait-il davantage sens que ses prédécesseurs Bernard Laporte ou Roselyne Bachelot ?

Il ne m'appartient pas d'en juger. Ce que je peux vous dire c’est qu’en 2002, il m’a confié qu’il n’était pas encore prêt à se lancer en politique, qu’il avait à finir son cursus de chef d’entreprise, de créateur. Et à partir de 2007, sa volonté s’est de plus en plus affirmée.

Même s’il n’a pas suivi le cursus de formation classique ou l’habituel parcours initiatique, il pense depuis longtemps à son engagement politique, il s’est d’abord rapproché de jacques Chirac, puis de Nicolas Sarkozy pour la partie opérationnelle. Il n’est donc pas un novice en politique. Il est légitime, il a une forme d’expérience, et saura éviter les obstacles et les écueils.

Le secrétariat d’État chargé des Français de l’étranger n’a toujours pas trouvé preneur, s’agissait-il d’un poste créé sur mesure pour David Douillet, afin que ce dernier assure la promotion de Nicolas Sarkozy auprès des Français expatriés ?

Je l’ai vu il y a une dizaine jours, il m’a affirmé prendre en considération les problématiques des Français de l’étranger. Et puis, soyons sincères, donnez-moi aujourd’hui, à un an des présidentielles, un ministre qui ne fait pas de promotion pour son gouvernement et le président.

Je pense que les critiques devraient être plus mesurées quand on voit ce qu’il se passe aux primaires socialistes. Qu’un ministre fasse des réunions politiques en marge de ses déplacements, ça n’a rien de choquant. Ce sont des missions distinctes mais complémentaires. Ça n’a pas de sens d’empêcher David Douillet de faire le métier pour lequel il s’est préparé, faire de la politique.

Quelle réponse apporter à celles et ceux qui considèrent que les anciens sportifs reconvertis en politique jouent au mieux le rôle "d'idiots utiles" ?

Ces gens là sont des aigris imbéciles, et ceux qui considèrent le sport comme une activité accessoire sont ignorants. C’est maintenant un fait de société de plus en plus reconnu, avec un véritable marché du sport en France, chiffré à plusieurs milliards d’euro. C’est l’environnement social d’un Français ou d’une Française lambda.

Certes, ce n’est pas un ministère régalien classique, mais peu importe. Ce qui compte, ce n’est pas le protocole ou le positionnement autour de la table à l'Élysée ou à Matignon, l’important c’est de participer et d’avoir un impact dans le cadre de ses fonctions.

Ce que j’espère pour David Douillet, c’est qu’après mai 2012, il soit encore aux commandes du sport. Il a plein d’idées, notamment la réorganisation de la gouvernance du sport, il peut en établir les bases dans les huit mois qui viennent, mais ne pourra aboutir dans ses volontés de réformes. Il lui faut donc du temps.


Propos recueillis par Franck Michel

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