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David Corona publie « Négocier » aux éditions Grasset.
David Corona publie «  Négocier » aux éditions Grasset.
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David Corona : « Je suis tireur d’élite, mais mon arme préférée, c’est la parole ! »

L’ancien négociateur de crise du GIGN fait événement avec « Négocier » (Grasset).Tout ce que vous vouliez savoir sur ce corps d’élite français, sans oser le demander. Un témoignage pratique et une belle hauteur de vues. L’éditeur précise d’ailleurs :« Non pas une main de fer dans un gant de velours, mais une main humaine qui croit à l’être dans sa complexité et sa beauté ».

Annick  Geille

Annick Geille

Annick Geille est écrivain, critique littéraire et journaliste. 

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Quelles sont les missions d’une police d’élite comme le GIGN, quand  l’erreur  d’un seul peut provoquer la mort de tous, otages et forces de l’ordre ? Pour David Corona, ex négociateur du GIGN--chaque mot -bien ou mal choisi- peut déclencher le feu ou les larmes. Comment fabrique-t-on un Groupe si  exceptionnel ? Face à  l’attaque terroriste préméditée ou à la folie d’un forcené lourdement armé , comment réagissent ces flics les mieux entraînés du monde ?  Dans son essai « Négocier » ( Grasset)  -David Corona, ex tireur d’élite au GIGN et  « négociateur »averti,  nous livre ses réflexions et commentaires. L’auteur- narrateur de « Négocier » apprit l’art de   vivre avec la mort, ainsi que celui, encore plus difficile malgré l’expérience, d’ échanger avec de(s) tueur(s) plus ou moins suicidaires dans l’espoir de sauver des vies. Nous lisons ces propos  la gorge serrée, alors que l’actualité résonne tragiquement en chacun d’entre nous : « Mardi 24 mai, vers 11 heures du matin heure locale, Salvador Ramos, âgé de 18 ans, annonce sur son compte Facebook qu’il va « tirer » sur sa grand-mère, chez qui il habite, a indiqué mercredi le gouverneur du Texas Greg Abbott. La femme de 66 ans, touchée au visage, arrivera néanmoins à prévenir la police avant d'être transportée à l’hôpital University Health de San Antonio. L’adolescent prend alors la fuite avec le pick-up de sa grand-mère. Mais après 3,5 kilomètres de route, il est victime d’un accident près de l’école primaire Robb, ou près de 500 enfants sont scolarisés. Armé d’un fusil d’assaut de type AR-15, Salvador Ramos est d’abord confronté à un policier chargé d’assurer la sécurité de l’école. Celui-ci ne peut pas l’empêcher d’entrer… (Dépêche d’Atlantico-Rédaction en date du 25/5/22, suivie d’un déluge d’informations en provenance des Etats-Unis. Jusqu’à celle divulguée le 28/5/22 au soir par le  « Washington Post »  : « a tiny school police force in Uvalde took charge, then failed to go in. Now, the governor wants an investigation”-«  La cellule policière mise en place lors de la tuerie d’Uvald était très réduite, et  n’a pas réussi à accéder sur place, si bien que le gouverneur du Texas exige une enquête ».   

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Repères

Le Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale (GIGN) est l’unité emblématique de la gendarmerie en matière d’intervention et, plus globalement, de gestion des situations d’exception nécessitant l’engagement d’hommes spécialement entraînés et équipés ou la mise en œuvre de techniques ou de moyens spéciaux.Créé il y a plus de 40 ans pour faire face à la menace terroriste, le GIGN est une unité d'élite dont l'expertise est mondialement reconnue(...)Le GIGN a pour mission de faire face, en tous temps et en tous lieux, en France comme à l'étranger, à des situations supposant l'engagement d'hommes, de moyens ou de techniques hautement spécialisés et d’offrir ainsi aux autorités gouvernementales des capacités solides d'expertise et d'intervention à la hauteur des menaces actuelles et futures.(…)Le Groupe est dorénavant fort de plus de 380 hommes et femmes (officiers et sous-officiers) hautement spécialisés (cf.Gendarmerie nationale)

Extraits du livre « Négocier »

« Quoi qu’il arrive en France ou à l’étranger concernant des ressortissants français, il y a toujours et à tout moment, une section de trente équipiers prête à sauter dans une voiture ou un hélicoptère en moins de dix minutes pour prendre sa mission » .

« Ma conviction est que nous pouvons tous être de meilleures versions de nous -mêmes. Pas dans laperformance verticale mais dans notre propre assise, notre propre histoire ».

« Au cours d’une situation de prise d’otages menée par plusieurs terroristes, il est absolument nécessaire de pouvoir les neutraliser de manière simultanée, car il suffirait qu’un seul d’entre eux demeure armé pour qu’il supprime des vies et que la mission échoue ».

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« A 7 h tous les jours, je recommence.

Tous les jours.

Footing, piscine, musculation.

Tractions, pompes, abdos. Tous les jours. »

Corde, marche commando, boxe.

Et recommencer, encore. »

« Après les épreuves que je connais, je vais expérimenter : le footing de dix kilomètres en treillis-rangers avec un sac de dix kilos sur le dos.

« La piste d’audace » pour tester l’agilité avec de contraintes de vertige : accroché à un bout de ficelle, il faut sauter de toit en toit, le long des gouttières, sur des petites marches de 4 mètres de hauteur, passer dans des fenêtres, s’accrocher à des câbles à l’extérieur ».

« Le but est simple : nous mettre systématiquement en situation d’échec. Il n’y a pas de pédagogie ici dans la douceur. Tout se fera dans la douleur ».

« La cohésion du Groupe, son abnégation, la manière dont ces personnes se mettent au service de futurs inconnus qui ne pourront sans doute même pas leur dire merci. Sauver des otages ou faire sortir un forcené… »

« Arrive la fin du « pré-stage ». Je suis passé de 88 à 76 kilos. Je faisais quinze tractions, j’en fais trente. Je courais vite, maintenant je cours très vite. Mon groupe initial a fondu comme neige au soleil, nous ne sommes plus que 20.Laplupart se sont auto-éliminés dans les premières semaines, à la suite de blessures ou d’usure mentale ou physique. ».

« Au cours de ces apprentissages, je découvre peu à peu ce qu’être « négociateur » signifie. Avant tout, être celui qui va s’adresser au forcené, quasiment toujours une âme désespérée et en rupture avec le cadre des relation humaines classiques ».

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« Je suis tireur d’élite, j’ai été formé pour cela, je suis devenu un spécialiste des armes, mais mon arme préférée, et celle qui deviendra la principale, c’est la parole ».

« Le terroriste s’est donc retranché dans le supermarché, avec une caissière enceinte qu’il retient en otage. A proximité se trouve le colonel Arnaud Beltrame qui commande les équipes d’intervention sur place. Quand soudain, stupeur : j’apprends qu’il s’est porté volontaire pour se substituer à l’otage, et se retrouve maintenant en tête à tête avec le terroriste qui le tient en joue avec une arme à feu dans une chambre forte. Le soldat vient d’enfreindre la règle, et dans le même mouvement, de sauver la vie d’une femme enceinte. Le gendarme que je suis s’offusque de  cette grossière erreur tactique, tandis que le mari et le père, à l’intérieur de moi, sont profondément touchés par ce qu’il vient de faire ».

« Fin 2017, un « workshop » ouvre à Édimbourg, il y a une place pour le GIGN et je me rends dans une de écoles de formation de Scotland Yard, un château en plein cœur de l’Ecosse, avec 25 autres négociateurs du monde entier : États-Unis, Allemagne, Italie, Suède, Suisse, Belgique, Japon…

Sur place, j’apprends que les Anglais ont élaboré une technique qu’ils n’ont pas encore pu tester sur le terrain, mais qui, selon eux, au vu des projections et des analyses, va permettre de ralentir les tueries de masse, voire de les stopper, et potentiellement commencer à travailler sur des protocoles de reddition. (…) J’ai l’intuition qu’il y a réellement quelque chose à creuser pour nous, j’insiste, je voudrais que l’on s’approprie cette méthode, qu’on la modifie, que l’on s’entraîne, et qu’on la mette en œuvre dans nos concepts de négociation. Elle répond exactement à la problématique à laquelle nous nous étions heurtés pour « Charlie Hebdo ».

Copyright David Corona «  Négocier » (Grasset) /288 pages / 20 euros, toutes librairies.

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