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Culture démocratique en danger : pourquoi l’exclusion de Marion Maréchal ou de tous les populistes de la création affaiblira beaucoup plus nos démocraties qu’elle ne les sauvera
©BORIS HORVAT / AFP

Court-termisme

Culture démocratique en danger : pourquoi l’exclusion de Marion Maréchal ou de tous les populistes de la création affaiblira beaucoup plus nos démocraties qu’elle ne les sauvera

Marion Maréchal était initialement invitée par le Medef dans le cadre des Rencontres des entrepreneurs de France, mais sa venue a été annulée, sous la pression de personnalités politiques de droite et de gauche.

Yves Michaud

Yves Michaud

Yves Michaud est philosophe. Reconnu pour ses travaux sur la philosophie politique (il est spécialiste de Hume et de Locke) et sur l’art (il a signé de nombreux ouvrages d’esthétique et a dirigé l’École des beaux-arts), il donne des conférences dans le monde entier… quand il n’est pas à Ibiza. Depuis trente ans, il passe en effet plusieurs mois par an sur cette île où il a écrit la totalité de ses livres. Il est l'auteur de La violence, PUF, coll. Que sais-je. La 8ème édition mise à jour vient tout juste de sortir.

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Atlantico : Marion Maréchal était initialement invitée par le Medef dans le cadre des Rencontres des entrepreneurs de France, mais sa venue a été annulée. N'est-ce pas une grave erreur d'exclure les populistes (quel que soit leur bord) des débats ?

Yves Michaud : Depuis des décennies (et bien avant 2002) la réponse des politiciens de droite comme de gauche à la montée de ce qui n’était pas encore le « populisme » mais le FN ou Le lepénisme a été la diabolisation. Il faut dire que Le Pen leur facilitait grandement la tache avec ses provocations racistes, anti-sémites ou pétainistes. Qu’on ait pu voter Chirac en 2002 avec le slogan « l’escroc plutôt que le facho » m’a toujours atterré. Surtout, ça n’a pas empêché le FN de monter, siphonnant d’abord une partie des votes communistes puis ceux de la droite. Et le FN, en dépit de la lourde présence de la famille du fondateur, a changé et on s’est aperçu qu’il existait quelque chose comme le « populisme ».

On continue quand même à pousser la chanson de la diabolisation en y ajoutant comme Macron « tous les populismes », tout en faisant preuve d’une indulgence étrange envers LFI, qui est pourtant un populisme bon teint.

Jusqu’ici la tactique a fonctionné, mais le populisme continue à monter. Je veux bien qu’il faille dissoudre le « peuple » quand il pense mal, mais ce n’est ni très intelligent ni très digne.

A ne pas vouloir écouter les revendications populistes, on manque les problèmes dont elles naissent : la déqualification professionnelle, le chômage longue durée voire irréversible des employés et cadres moyens passés la cinquantaine, la désertification des campagnes et des banlieues, l’insécurité dans les lieux de « mixité social », la solitude dans les lieux sans mixité sociale, la pauvreté de ceux qui survivent tout en travaillant. La crise des Gilets jaunes qui est loin d’être réglée a été le symptôme le plus net de ce refus d’écoute et de prise en considération.

Plus encore, il faudrait absolument étudier finement « les » populismes car ils sont lourds de diversité. Il y a des populismes autonomistes, comme en Catalogne mais aussi en Bretagne ; des populismes religieux ; des populismes identitaires ; des populismes d’ignorance ; des populismes anti-communistes dans les ex-pays de l’Est. La notion attrape-tout de populisme n’a aucune valeur ni pratique ni théorique.

Quant au Medef, sa palinodie me fait bien rire. Je ne suis pas certain qu’il représente quoique ce soit de sérieux – entre « l’élite » du CAC 40, les grosses fédérations, les PME et les TPME. Et donc il gesticule. On invite Marion MLP puis on la désinvite. C’est toujours bon pour passer à la télé.

En quoi cela finit-il par renforcer les populistes et affaiblir nos démocraties ?

Toute manière de procéder qui exclut une partie notable de la population de la représentation politique est anti-démocratique et analogue à un apartheid. On peut très bien admettre que beaucoup de gens s’en foutent, ne veuillent pas voter, considèrent que « ça va comme ça », soient dépolitisés mais on ne peut pas en connaissance de cause exclure des citoyens. Deux secteurs de population m’inquiètent aujourd’hui beaucoup en France : les « populistes » qu’on stigmatise, méprise (bullshit a dit Macron dans son anglais d’école de commerce) et empêche d’être représentés… et les Français d’origine immigrée, souvent binationaux, qui ne votent pas parce que, eux, ne se considèrent pas comme partie prenante à la République. Et si on compte bien ça commence à faire beaucoup de monde. D’un côté, ça donne les Gilets jaunes. De l’autre des possibilités d’intifada, comme en 2005.

La venue de Marion Maréchal Le Pen a été annulée sous la pression de plusieurs personnalités de droite. La droite doit-elle elle-même refuser le débat d'idées ?

Ici encore, rien d’étonnant. D’une part la « vraie » droite, la « bonne » droite, la droite « comme il faut » considère qu’elle a le monopole de la droite et donc voue le populisme au néant – sans se rendre compte que son petit territoire est de plus en plus petit. D’autre part, pour entrer dans un débat d’idées, il faudrait en avoir. J’avoue ne plus savoir quelles sont les idées de la droite. Soyons lucides, la droite bon chic bon genre est foncièrement macroniste. Les plus malins sont allés tout de suite à la soupe. Les autres ne savent plus quoi faire et ont une peur panique de... la soupe populaire. Le danger pour Macron n’est ni à droite ni à gauche, il est du côté des populations exclues.

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