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Covid-19 : la pandémie se poursuit et s’étend, après l’Europe et les Etats-Unis, puis l’Amérique Latine, voici le Moyen Orient et l’Inde
©NARINDER NANU / AFP

Impact économique du virus

Covid-19 : la pandémie se poursuit et s’étend, après l’Europe et les Etats-Unis, puis l’Amérique Latine, voici le Moyen Orient et l’Inde

Jean-Paul Betbeze analyse et décrypte l'évolution de l'épidémie de Covid-19 et ses conséquences sur l'économie et les devises mondiales. La situation s'avère dorénavant inquiétante en Inde et au Moyen-Orient et reste extrêmement préoccupante pour l'Amérique Latine.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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160 000 nouveaux cas le 21 juin, 150 000 par jour en moyenne dans le monde, en hausse constante. Bientôt 9 millions de cas et 470 000 morts. Chacun attend le ralentissement de la pandémie, mais ce qui se passe est différent : les États-Unis sont toujours le pays le plus touché avec 2,3 millions de cas, suivi du Brésil avec 1,1 million, puis de l’Inde avec 420 000 (15 000 nouveaux cas par jour). L’Inde étant le pays le plus peuplé du monde, avec beaucoup de pauvreté, on peut s’attendre à une évolution plus grave encore dans ce pays. Peu à peu, la pandémie change ainsi de continent et va, ou revient, en Asie. Avec le déconfinement qui se met partout en place, alors que le vaccin n’est pas trouvé, il y aura plus de cas. La question est donc de la cohabitation avec le virus, autrement dit des modes de travail et de vie compatibles avec un certain niveau de croissance et d’emploi, évidemment plus faibles. C’est la « résilience ».

1 – Regarder les vagues, pour réfléchir ici

Dans la vague 1, Europe puis États-Unis, nul ne sait encore le rythme de propagation et de létalité de la maladie post déconfinement. Les États-Unis ont ainsi le plus grand nombre de cas par million d’habitant (6950) et le Royaume-Uni (630) de morts. La France se situe à des niveaux inférieurs : respectivement 2395 et 450. La vague 2 qui vient, très inquiétante par sa violence, concerne l’Amérique Latine, avec le Brésil, le plus touché par le nombre absolu et le Chili par celui de cas pour un million d’habitants : 12 100, ce qui est dramatique. La vague 3 semble atteindre le Moyen-Orient et l’Asie, notamment l’Inde. Ce qui se passe ici, avec la demande accélérée de déconfinement, montre que l’on ne tient pas compte, dans nos comportements, de ce qui se passe là-bas.

2 – Le Nasdaq, gagnant boursier d’une économie de la distanciation

Comme l’idée se répand qu’il va falloir « vivre avec » le virus, la bourse a depuis longtemps choisi les entreprises qui seraient les mieux adaptées, sachant le mieux gérer la distance par rapport au client (Amazon), continuer à le séduire (Apple), à le connaître et à le contacter (Facebook, Google et maintenant ZOOM). Plus classique, le Cac 40 souffre, avec les banques, la distribution et le pétrole.

3 – Les Banques Centrales, de plus en plus : c’est là que tout se jouera

Donc les Banques Centrales sont toujours là. La FED (la Banque Centrale Américaine) a bien précisé, par l’intermédiaire de son Président Jay Powell, qu’elle envisageait une reprise lente qu’il lui faudrait longtemps soutenir. Autrement dit, l’engagement de la Fed va plus loin encore que sa forward guidance habituelle : le guidage des taux bas sera allongé. Mais cela peut ne pas suffire. Mary Daly, Présidente de la Banque de Réserve de San Francisco, dit ainsi qu’il s’agit désormais d’un engagement (commitment). La Fed a vu, avec ce qui s’est passé en 1929 (Great Depression) et en 2007 (Great Recession), qu’il fallait agir plus fort et plus vite. Il a fallu, en effet, 10 ans pour récupérer la situation passée. 10 ans c’est trop long, pour un résultat trop fragile. Trop long : en 2018 aux États-Unis, les 20% de  ménages qui avaient les plus bas revenus gagnaient moins qu’en 2007. Trop fragile : il a suffi de deux mois, avec la pandémie, pour faire exploser les taux de  chômage des afro-américains et des hispaniques, avec les conséquences sociales que l’on voit. Donc, pour la Fed, les 3 trillions de dollars actuels de soutiens obéissent à des situations d’urgence. Au-delà des routes et des ponts, il faudra rebâtir les infrastructures de santé, d’éducation et d’infrastructure digitale : encore plus de milliards.

C’est cette même logique que l’on va retrouver avec la Banque Centrale Européenne. Le 19 juin en effet, les chefs d'États et de gouvernements ne s’opposent pas à un plan spécial de 750 milliards d’euros pour financer la pandémie, sachant que le la BCE augmente de son côté à 1 350 milliards son plan de lutte contre elle (PEEP : Pandemic Emergency Purchase Program), faisant fi de l’opposition de la Cour Fédérale Allemande. Pour les 750 milliards, ce n’est pas fait dans le détail, pour les 1 350 milliards, de belles joutes juridiques se préparent. En zone euro, des oppositions politiques et juridiques demeurent à l’extension du rôle de la BCE, donc de la zone euro. Si elles gagnent, la zone aura perdu, mais ceci paraît peu vraisemblable, ne serait-ce que par comparaison avec ce qui se passe partout ailleurs : toutes les Banques Centrales soutiennent leurs économies.

Donc les grandes Banques Centrales vont poursuivre leurs achats, avec l’idée de faire baisser les taux nominaux à long terme, de permettre des déficits budgétaires plus importants, de soutenir les bourses et l’immobilier. Mais la pandémie fait, à la fois, monter les besoins de financement et baisser l’inflation. Aux États-Unis, malgré tout, les taux réels apparents remontent, avec une inflation à 0,25% et plus encore en Italie où, même si les taux longs passent à 1,32% l’inflation s’inscrit à 0,2%. Les forces déflationnistes sont à l’œuvre, contre les Banques Centrales.


4 – L’or, encore

Dans cette économie mondiale qui intègre l’idée (peu à peu) d’une reprise lente (hypothèse favorable), sans intégrer celle d’autres vagues (notamment en Inde), la pression sur les prix des matières premières est le meilleur indicateur d’ensemble de cette « grande morosité inquiète » qui s’installe et dont seul l’or profite.

5 – Le dollar toujours, mais l’inquiétude est là, avec le franc suisse (comme avec l’or)

Le dollar est toujours fort. Le franc suisse est toujours l’abri préféré, même si la Banque Centrale Suisse essaie de freiner sa progression par rapport au dollar ! La livre sterling souffre de la chute de l’activité, addition de la pandémie qui la frappe et du Brexit qui pourrait mal finir malgré les messages volontaristes en sens inverse qui viennent de Londres et de Bruxelles, et qui ne sont pas forcément crédibles. La double peine : récession plus pandémie fait chuter les changes. C’est le cas pour le real brésilien qui a perdu presque le tiers de sa valeur depuis janvier et désormais pour la roupie indienne (-6,7%).

Nasdaq pour « inventer » l’après-COVID-19, dollar pour le financer, or et franc suisse pour se protéger. Il faut regarder désormais ce qui se passe en zone euro pour résister et au Brésil et en Inde, les nouveaux épicentres.

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