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Covid-19 : ce retour de boomerang qui nous menace si nous n’aidons pas à vacciner... le monde entier.
Covid-19 : ce retour de boomerang qui nous menace si nous n’aidons pas à vacciner... le monde entier.
©Phill Magakoe / AFP

Stratégie vaccinale

Covid-19 : ce retour de boomerang qui nous menace si nous n’aidons pas à vacciner... le monde entier

L'initiative COVAX tente d'assurer un accès équitable à la vaccination contre la Covid-19 dans les pays en voie de développement. Alors que les nations du Nord se rapprochent de leurs objectifs, les pays du Sud semblent désarmés dans le cadre de leur stratégie vaccinale. Ces signes sont-ils inquiétants pour l'avenir de la lutte contre la pandémie ?

Samuel Alizon

Samuel Alizon

Samuel Alizon est directeur de Recherche au CNRS, affecté au laboratoire MIVEGEC à Montpellier. Il travaille en écologie évolutive, plus précisément sur la modélisation des maladies infectieuses. Ses recherches portent en particulier sur les parasites humains (HPV, VIH, VHC, paludisme).

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Atlantico : L'initiative COVAX tente d'assurer un accès équitable à la vaccination contre le Covid-19 dans les pays en voie de développement, mais cela semble être une goutte d’eau tant les demandes sont conséquentes. D’ici peu, il semble que les pays du Nord auront atteint une immunité alors que ceux du Sud n’auront pas encore véritablement commencé leur stratégie vaccinale. Quels risques cela impliquerait pour le futur de la pandémie ?

Samuel Alizon : Cela implique un soucis au niveau sanitaire car à l’heure actuelle pour relâcher les gestes barrières et les contraintes sociales et économiques qui pèsent sur les populations, la vaccination mondiale est la seule issue ethiquement acceptable. L’immunisation naturelle n’est pas quelque chose de souhaitable du fait de la virulence élevée de l’infection. Nous avons d’ailleurs pu le voir à Manaus en 2020 et le voyons actuellement au Brésil. À court terme, la vaccination est le meilleur espoir de retourner à des conditions de vie plus normales.

Avec les maladies infectieuses, les politiques de santé ont des effets à plusieurs échelles. En plus de cet effet direct qui peut soulager les services hospitaliers, elles ont aussi des effets sur le moyen et long terme. En effet, les microbes évoluent très rapidement comme la France a pu le vivre en 2021 avec l’arrivée des variants. Le virus est le même, mais du fait des mutations qu’il a acquise il cause des infections aux propriétés différentes. Le variant V1 détecté par les britanniques a une contagiosité et une virulence plus élevée, les variant V2 et V3 détectés en Afrique-du-Sud et au Brésil ont, eux, des propriétés d’échappement immunitaire.

À chaque infection, chaque personne produit des milliards de virus et il est vraisemblable que certains soient des mutants. Logiquement, plus il y a de personnes infectées dans le monde, plus il y a de mutants produits au hasard. En France, nous observons en ce moment quelques lignées de Sars-Cov-2 en circulation qui portent des mutations pouvant laisser penser qu’il s’agit de variants en puissance. En bref, plus il y a de personnes infectées, plus il y a de risque que certains produisent des mutants capables de contourner la réponse immunitaire.

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D’ici quelque mois, la population française sera vaccinée, mais de nombreux habitants de pays en voie de développement eux n’auront pas la chance d’avoir accès au vaccin. Cela pourrait-il favoriser l’émergence de nouveaux variants ?

Tous les pays doivent vacciner et contrôler l’épidémie pour ne pas favoriser l’émergence de nouveaux variants. Avec une circulation élevée dans certains pays comme le Brésil mais aussi la France, nous avons fragilisé la gestion mondiale de l’épidémie. En laissant le virus circuler, nous donnons le champ libre à l’évolution virale et on ne sait jamais dans quelle direction elle peut aller. Il faut donc avoir une stratégie de vaccination globale.

Lorsque l’on regarde à travers le monde, les pays en voie de développement en Asie ont très bien contrôlé l’épidémie, probablement car ils sont plus confrontés aux maladies infectieuses que nous. Et, pour des raisons que l’on n’explique pas encore en Afrique (à l’exception de l’Afrique du Sud) il y a eu une faible circulation apparente du virus. Mais cela pourrait être parce que la jeunesse de la population  rend l’épidémie moins visible. Lorsque l’on prend un pays comme la Côte-d’Ivoire, la moitié de la population à moins de vingt ans et vous vous attendez à voir peu d’hospitalisations et des décès. Mais il faut faire attention car l’évolution virale peut très bien changer cela, comme nous avons pu le voir avec l’Afrique du Sud.

Pour nous protéger, nous devons alors protéger les autres ?

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Nous sommes dans un contexte où le nombre de doses est limité. Pour le moment, c’est une logique de marché qui prévaut. Les pays sont prêt à payer le double du prix pour les doses, mais en plus d’un enjeu économique et sanitaire il existe aussi un enjeu au niveau de l’évolution du virus. Ce qui est inquiétant, c’est que cette logique de compétition nuise à la vitesse globale de vaccination. Si il y avait une stratégie coordonnée, il serait alors possible de vacciner plus de monde plus rapidement.

La vaccination a un intérêt individuel, elle protège les personnes vaccinées des formes sévères, et désengorge les services hospitaliers et, au moins à court terme, elle diminue la transmission,  permettant de contrôler l’épidémie. C’est d’ailleurs ce qui est en train de se passer en Israël. Néanmoins sur le moyen et surtout le long terme, on ne connaît pas encore la capacité de la vaccination à bloquer la circulation du virus. C’est une des questions sur laquelle les dirigeants de France d’ailleurs doivent s’atteler : avoir un temps d’avance sur l’évolution du virus.

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