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Coronavirus : ces éléments venus d’Italie qui montrent que le nombre réel de morts pourrait être 4 fois supérieur aux chiffres officiels
©Carlo Hermann / AFP

Nembro

Coronavirus : ces éléments venus d’Italie qui montrent que le nombre réel de morts pourrait être 4 fois supérieur aux chiffres officiels

Selon des informations du Corriere della Sera, les morts liés au Covid-19 seraient très largement sous-estimés par les modes de comptabilisation des gouvernements européens. Est-ce réellement le cas ? Le village de Nembro, dans la province de Bergame en Italie, est l'un des cas évoqués.

Guy Samba

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Stéphane Morisset

Stéphane Morisset

Stéphane Morisset est expert indépendant en biostatistiques.

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Atlantico.fr :  Le village de Nembro, dans la province de Bergame en Italie, possède le taux d’infection au Covid 19 par rapport à sa population le plus élevé du pays. Bien que l’on ne connaisse pas exactement le nombre de malades, on attribue officiellement 31 décès causés par le coronavirus. Pourtant, dans des conditions habituelles, la municipalité de Nembro décompte une mortalité moyenne de 35 morts par an. Cette année, 158 personnes sont décédées. 123 personnes de plus qu’en temps normal.

Si on se réfère à cet article paru dans un journal italien, le nombre de morts liés au Covid 19 serait très largement sous estimé par les modes de comptabilisation des gouvernements européens. Est-ce le cas? Peut-on savoir dans quelle mesure ?

Guy Samba : En effet, dans le cas de ce village, la différence entre les chiffres de la mortalité en temps normal et les chiffres de la mortalité actuelle est énorme. Elle ne peut être simplement due à un écart statistique. Les statistiques démographiques affirment généralement une certaine constante et les moyennes annuelles ne changent que lorsque des phénomènes extraordinaires se produisent. Dans le cas décrit ici, le nombre de décès anormaux par rapport à la moyenne annuelle habituelle que Nembro a enregistrée pendant la période considérée, est 4 fois plus élevé. Si l'on compare les décès survenus à la même période des années précédentes, l'anomalie est encore plus flagrante : un pic de décès "autres" apparaît en correspondance avec celui des décès officiels de Covid-19.

On peut imaginer que ces décès en excès sont en grande partie des personnes âgées ou fragiles qui sont mortes chez elle ou dans des établissements résidentiels, sans avoir été hospitalisées et sans avoir été examinées pour vérifier qu'elles ont bien été infectées par le Covid-19. 

Ces chiffres réalisés dans le village de Nembro peuvent également suggérer que les décès officiels pourraient être multipliés par 4 pour connaître l'impact réel du Covid-19 en Italie actuellement.

Stéphane Morisset : Pour ma part, je resterai prudent sur les chiffres de la mortalité due au Covid 19. Il faut garder à l’esprit que ce ne sont que des estimations. Les causes de mortalités sont toujours multi-factorielles: localisation, démographie, circulation, climat, facteurs de co-morbidités, mode de comptabilisation de la mortalité selon le pays, mouvements de population… Beaucoup de données restent encore à recouper afin de savoir si la surmortalité de ce village italien par exemple est causée directement ou indirectement par le coronavirus. Ce sont des informations que nous ne connaitrons vraisemblablement qu’à la fin de l’épidémie. 

On peut cependant affirmer plusieurs choses: les chiffres de mortalité que nous connaissons actuellement ne concernent que les personnes qui ont été testées positives au coronavirus. On ne peut savoir à l’heure actuelle le nombre total de décès liés à l’épidémie, mais il est clairement sous estimé. On ne sait simplement pas à quel point.

Peut-on faire un parallèle avec la situation sanitaire en France? Cette méthode de comptabilité par comparaison du taux de mortalité moyen peut-elle être appliquée chez nous ?

Guy Samba : Un parallèle peut être fait, bien sûr, mais dans une certaine mesure. Plusieurs paramètres sont à prendre en compte avant de s’engager dans des affirmations chiffrées. Démographie moyenne, changements environnementaux, accidentalité … Mais prendre les données des différentes municipalités où il y a eu au moins 10 décès officiels dus au Covid-19, et de vérifier si elles correspondent à des décès réels comme suggéré dans l’article, est une bonne initiative. Face au faible nombre de prélèvements et de tests effectués en France, tant sur la population asymptomatique que post-mortem, nous avons besoin de données crédibles sur la réalité de la situation, afin de pouvoir la combattre plus efficacement. 

Stéphane Morisset : De nombreuses personnes en France sont décédées du coronavirus, en présentaient les symptômes, mais n’ont pas été testées post-mortem. Elles n’ont donc pas été comptabilisées. 

Une surmortalité inhabituelle dans certaines régions peut également être liée au fait que les hôpitaux sont débordés dans les principaux pays touchés : l’Espagne, l’Italie, la France, ou l’Angleterre, ces cas commencent à se produire. Toutes ces personnes qui ne sont pas mortes du coronavirus, mais qui n’ont pas été prises en charge, et qui sont restées confinées ( les soins en réanimations étant focalisés sur les patients atteints de la maladie ), sont tous les morts indirects de l’épidémie. Ils doivent aussi être comptabilisés. 

De plus, nous n’avons pas encore les chiffres des morts liées au Covid 19 dans les EHPADS. Dans ces endroits très ciblés, peut-être que les estimations seront plus justes pour connaître précisément la mortalité due au coronavirus. Mais va-t-on mobiliser du monde pour faire des tests au vu de la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui? Malheureusement je ne le pense pas.

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