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Consommation des ménages, la chute pire qu’en 2008… La France ne connaît pas une reprise lente, elle est en plein infarctus

L'indice Markit fait apparaître pour le mois de septembre une nette chute de la consommation des ménages français, principal moteur de notre économie. Une contraction de 3,7% qui ne fait que refléter la situation politique fébrile du pays, et dont le taux nous ramène à la plus mauvaise période du quinquennat de François Hollande, il y a 18 mois.

Atlantico : En juillet 2014, François Hollande annonçait la reprise. Trois mois plus tard, alors que l'optimisme du gouvernement a été quelque peu mis en sourdine, les indices d'activité français s'enfoncent de façon inédite. Comment interpréter le recul historique du commerce de détail en septembre 2014 ?

Nicolas Goetzmann : L’indice publié par Markit concerne le commerce de détail, c’est-à-dire la consommation des français pour le mois de septembre 2014. C’est-à-dire la composante principale du PIB du pays, soit 53%. Et le moins que l’on puisse dire est que cette rentrée économique est calamiteuse. Le niveau enregistré est de 41.8 points, soit un plus bas depuis 18 mois, ce qui nous ramène au pire moment de la présidence Hollande lorsque le chômage progressait de 20 à 30 000 personnes par mois. Mais le plus inquiétant est la brutalité de cette chute, car l’indice passe de 45.5, ce qui marque déjà une situation de contraction, à ce chiffre de 41.8. Plus qu’une baisse c’est un effondrement sans précédent dans l’historique de cette indice qui existe pourtant depuis début 2004. Même les pires mois de 2008 et 2009 n’ont pas été témoins d’un tel choc sur la consommation.

Pour expliquer ce phénomène, il y a bien entendu le paiement du troisième tiers de l’impôt sur le revenu, dont le montant a du souvent surprendre. Ensuite, il y a eu le développement d’un climat particulièrement anxiogène en cette rentrée 2014, qui n’est que la conséquence de la fébrilité politique du gouvernement et du Président. La rentrée économique est au diapason de la rentrée politique, c’est une situation de torpeur qui est en train de s’imposer. Il reste à indiquer que cette situation est générale en Europe, même si la France prend le rôle du plomb pour ce mois de septembre 2014.

Quels sont les autres symptômes de la maladie qui touche l'économie française ?

La consommation baisse, les dépenses de gouvernement ralentissent, et ces des deux catégories entrainent le reste des composantes du PIB. Car une telle situation agit comme un frein à l’investissement pour les entreprises. Il n’est même pas nécessaire d’évoquer la question des embauches. Un autre symptôme est en train de prendre place en France, c’est le contexte déflationniste qui s’installe. L’étude citée insiste d’ailleurs sur ce point ; les commerçants ne cessent de faire des efforts sur leurs prix mais cela ne suffit pas à attirer les consommateurs. Sur l’ensemble de la zone euro, la baisse des prix au détail atteint -1%, ce qui est la pire situation depuis le creux de la crise à la fin 2009. Car si une baisse de prix est perçu par certains comme une bonne nouvelle, il ne faut pas oublier que les entreprises qui vendent doivent bien répercuter cette baisse quelque part, sur leurs investissements, sur les emplois, sur leurs marges, sur les salaires etc.. La maladie qui frappe l’économie française est une crise évidente de la demande. Avec de tels chiffres, il parait difficile de soutenir que le problème vient de l’offre.

Le Pacte de responsabilité a-t-il vraiment le potentiel pour inverser la tendance ? Peut-on d'ores et déjà dire que le signal envoyé a été insuffisant ?

Justement, le Pacte de responsabilité est une réforme de l’offre qui n’est pas adaptée à une crise de la demande. Cela n’est pas une mauvaise mesure en soi, c’est simplement une mesure inadaptée au contexte économique. Pour qu’une réforme de l’offre puisse produire des effets mesurables par la population, il est nécessaire que la demande soit à son plein potentiel. Dans un tel cas, le Pacte de responsabilité pourrait permettre aux entreprises d’améliorer leurs marges sur les ventes qu’elles effectuent. Mais quand les ventes baissent mois après mois, l’urgence est ailleurs.

Le Pacte de responsabilité a été annoncé le 31 décembre 2013, puis enclenché « officiellement » le 14 janvier 2014, et sa mise en place a été très lente. Entre le moment de l’annonce et cette rentrée 2014, les entreprises ont eu le temps de voir leurs ventes se tasser bien plus lourdement que ce que ne peut compenser le pacte de responsabilité. De l’eau dans le sable.

Le signal a été insuffisant, mais il était surtout le signe d’une compréhension erronée de la crise. Lorsque la majorité des entreprises indiquent au sein des enquêtes INSEE qu’elles font face à problème de demande et que le gouvernement répond par l’offre, il doit se manifester un sentiment de lassitude et de désespérance.

L'action de la BCE est-elle inefficace ? Pourquoi ?

Pour le moment, "l’ action" de la BCE a été pour le moins inopérante. Le plan annoncé en juin, les TLTRO’s (Targeted Long Term Refinancing Operations), a été un fiasco lors de son lancement en septembre. Il s’agissait d’offrir des crédits attractifs aux banques qui prêtent effectivement à l’économie réelle. Mais comme le problème vient de la demande, et non de l’offre de crédit, les entreprises n’ont pas profité de cette opportunité. Si les entreprises ne vendent rien, il est peu probable qu’elles cherchent à investir plus. Ainsi, la Banque centrale européenne pensait être confrontée à une demande de 100 à 400 milliards, et  celle-ci n’a été que de 80 milliards, c’est-à-dire en deçà de la fourchette basse des prévisions.

Concernant le second plan annoncé le 4 septembre, les choses sont plus complexes. La nature du plan est bonne, il s’agit d’un assouplissement quantitatif qui a pour objectif de relance la demande à travers la zone euro. Le problème est qu’un tel plan nécessite une certaine rigueur dans la façon dont il est annoncé. La Banque centrale doit être extrêmement claire sur ses intentions. Sauf que la BCE semble avoir tout fait pour que personne n’y comprenne rien. Les montants en jeu devaient être annoncés début octobre, cela n’a pas été fait. Il semblerait que la BCE cherche à gagner du temps afin de contenter les partisans d’une ligne dure au sein du conseil des gouverneurs. Mais le résultat est que les marchés ne peuvent rien anticiper sur les actions qui seront mises en place alors même que l’intérêt du programme est de modifier les anticipations des agents économiques. Ces annonces ont été purement et simplement gâchées par cette communication que l’on peut qualifier d’ "atypiques" sinon de ratées.

Pourquoi le gouvernement échoue-t-il à prendre la mesure du marasme économique français ?

Parce qu’il se trompe de diagnostic. Et les déclarations de Manuel Valls à Londres, lorsqu’il évoque la nécessité de réformer l’assurance chômage en sont le parfait exemple. Il ne s’agit même pas de parler de l’intérêt d’une telle mesure qui pourrait être parfaitement efficace si nous étions en situation de plein emploi. Mais depuis juin 2008, le chômage de longue durée a progressé de 122% en France, passant de 976 000 personnes à 2.168 millions. Avec un tel score, il existe deux "explications" possibles ; soit les français se sont pris d’une énorme crise de fainéantise, soit c’est une crise de la demande qui est posée à l’économie française. Et non un problème d’offre. Ce qui est stupéfiant est que pour Manuel Valls, il semblerait que la première hypothèse soit à privilégier.

Mais il reste un élément à ne pas négliger. Un problème de demande ne peut se régler à l’échelon national, il nécessite une intervention à l’échelle européenne. Et là, soit le gouvernement ne voit pas le problème de demande qui est pourtant évident, soit le gouvernement renonce à essayer de faire bouger les lignes. Les deux hypothèses sont possibles, mais ce qui est certain, c’est que rien de concret n’a jamais été proposé pour changer les choses. Il reste cependant possible que le gouvernement soit parfaitement au courant de la situation tout en renonçant d’agir de quelque manière que ce soit, afin de se conformer aux traités.

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