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Aujourd'hui et demain a lieu la seconde grande conférence sociale qui réunira les leaders patronaux et syndicaux autour du président de la République.
Aujourd'hui et demain a lieu la seconde grande conférence sociale qui réunira les leaders patronaux et syndicaux autour du président de la République.
©Reuters

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Conférence sociale : ce dont ils vont parler, ce qui va bloquer et ce dont ils auraient dû parler

La deuxième conférence sociale qui débute aujourd'hui sera l'occasion d'aborder des dossiers sensibles tels que les retraites et le chômage, mais aussi d'en éviter certains, tels que le financement de la protection sociale, autour duquel une table ronde était pourtant réclamée par le patronat.

Jean-Charles Simon

Jean-Charles Simon

Jean-Charles Simon est économiste et entrepreneur. Chef économiste et directeur des affaires publiques et de la communication de Scor de 2010 à 2013, il a auparavent été successivement trader de produits dérivés, directeur des études du RPR, directeur de l'Afep et directeur général délégué du Medef. Actuellement, il est candidat à la présidence du Medef. 

Il a fondé et dirige depuis 2013 la société de statistiques et d'études économiques Stacian, dont le site de données en ligne stacian.com.

Il tient un blog : simonjeancharles.com et est présent sur Twitter : @smnjc

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Atlantico : Aujourd'hui et demain a lieu la seconde grande conférence sociale qui réunira les leaders patronaux et syndicaux autour du président de la République. Outre l'épineux dossier des retraites, quels seront les grands thèmes abordés lors de la conférence sociale ? Quels dossiers risquent de cristalliser les désaccords ?

 

Jean-Charles Simon : L’emploi est en filigrane de plusieurs tables rondes, et conduira notamment à soulever le sujet de la formation professionnelle. Le gouvernement va demander aux partenaires sociaux de négocier dans l’année pour réformer en profondeur un système décrié. Mais la majorité précédente s’était déjà cassée les dents sur ce thème, les partenaires sociaux étant tombés d’accord pour ne pas perturber l’existant…

 

Il y aura aussi la question des conditions de travail, qui percute une négociation en cours ayant bien du mal à aboutir. Et on imagine que l’annonce du gel du point d’indice placera la table-ronde dédiée au service public sous haute tension.

 

Enfin, la question de la représentativité patronale devrait émerger d’ici peu, et c’est ce qui explique la position commune Medef-CGPME-UPA publiée un peu en catastrophe hier. Mais elle est si conservatrice qu’elle risque de susciter les sarcasmes voire les attaques des syndicats, qui sont soumis depuis peu à un cadre plus strict.

 

Quels dossiers risquent au contraire d'être évités, alors qu'ils auraient mérité d'être au centre des débats ?

 

Tout d’abord, on a le sentiment d’être plus dans les pansements que dans les remèdes, en particulier parce que la conférence est exclusivement « sociale », et non « économique et sociale », comme l’a d’ailleurs déploré Pierre Gattaz, qui arrive à la présidence du Medef.

 

La compétitivité de l’économie française, pourtant centrale, n’est ainsi qu’au mieux implicite dans les thèmes abordés. Le financement de la protection sociale est certes accolé au sujet des retraites, mais on semble être dans la logique des rustines de court terme, à l’image du rapport Moreau qui récuse par avance toute évolution systémique des régimes de retraite. Les partenaires sociaux ne sont d’ailleurs pas en position de force sur ces sujets, puisque les systèmes qu’ils gèrent seuls, l’assurance chômage et les retraites complémentaires Agirc-Arrco, accumulent des déficits et ne font l’objet que d’évolutions à la marge.

 

C’est d’ailleurs l’un des débats que l’exécutif aurait pu placer au cœur ou en préambule de la conférence sociale : quelles sont, en 2013, la pertinence et la légitimité de la gestion paritaire et du dialogue social national au vu de leurs résultats et de la représentativité de leurs acteurs ? A contrario de l’orientation de l’accord sur l’emploi de janvier et de sa loi de transposition, ne faudrait-il pas redonner à chaque entreprise une très grande liberté pour négocier à son niveau le temps et les conditions de travail, l’effort de formation ou encore la protection sociale complémentaire ?

 

Que peut-on attendre de cette conférence sociale et quel est l’intérêt de cette méthode ?

 

François Hollande a choisi de tenir une « conférence sociale » annuelle avec les partenaires sociaux, un modèle qui reprend d’une certaine façon les « sommets sociaux » inaugurés sous la présidence Sarkozy à partir de 2009, ou même les « feuilles de route » qui étaient adressées auparavant aux partenaires sociaux. Tout ceci est d’abord de la mise en scène, les partenaires sociaux étant chacun dans leur posture et le gouvernement ayant pour l’essentiel déjà décidé des orientations qu’il fixera à l’issue de la réunion…

 

Mais cette séquence répond à une préoccupation de l’exécutif particulièrement nette depuis 2002, après les tensions de l’époque Juppé puis celles de l’instauration des 35 heures : l’Etat veut se donner les apparences de la concertation et du dialogue pour diluer sa responsabilité politique quant aux décisions retenues.

 

Le risque de ce tripartisme de façade est d’infantiliser des partenaires sociaux déjà faibles et peu représentatifs, mais surtout de ne dégager que des solutions molles, y compris là où des choix radicaux s’imposeraient. La conférence sociale est qualifiée de « grande », mais il y a toutes les chances que ses résultats soient petits… On est très loin de la méthode Schröder-Hartz si souvent invoquée ces derniers temps.

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 Propos recueillis par Julie Mangematin

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