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L'administration Obama se prépare à autoriser pour la première fois en quarante ans l'exportation de pétrole américain non raffiné.
©Reuters

Pétrodollars

Comment une décision américaine sur les exportations de pétrole pourrait changer l’équilibre énergétique mondial

Pendant 40 ans les États-Unis s'étaient bien gardés d'exporter du pétrole non raffiné. Barack Obama pourrait changer la donne en rompant très prochainement le vase clos énergétique nord-américain.

Florent Detroy

Florent Detroy

"Florent Detroy est journaliste économique, spécialisé notamment sur les questions énergétiques, environnementales et industrielles. Voir son site."
 
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Atlantico : D'après des documents consultés par le Wall Street Journal, l'administration Obama se prépare à autoriser pour la première fois en quarante ans l'exportation de pétrole américain non raffiné. Quel peut-être l'impact de cette décision sur le marché de l'énergie ?

Florent Detroy : Sur le marché US cette décision peut être très importante. Depuis 1973 et l’interdiction d’exporter du pétrole brut, excepté vers le Canada, le marché US fonctionne en vase clos. Le pétrole doit être raffiné avant de pourvoir être exporté. Cette situation signifiait que le WTI, le contrat sur le pétrole du New York Stock Exchange, évoluait au grès de l’état de l’offre et de la demande sur le marché US. Or avec le boom du pétrole de schiste, l’offre américaine de pétrole a décollé en quelques années. Les raffineurs n’ont pas pu absorber tout ce pétrole et une bulle s’est formée sur le marché US. Le pétrole s’est notamment accumulé à Cushing, le principal lieu de stockage du pétrole US, ce qui a fait baisser les prix. La conséquence, c’est que cette baisse a pesé sur les résultats des pétroliers. Ainsi relâcher la pression sur le marché US, même si d’autres mesures ont déjà été prises dans ce sens ces derniers mois, pourrait permettre de faire remonter les cours. Reste à voir si les volumes exportés vont être conséquent.

En parallèle la récente prise des champs pétrolifères de Mossoul en Irak par des djihadistes annonce une raréfaction de l'offre qui pourrait déboucher sur une hausse globale des prix. L'exportation du pétrole américain peut-elle concrètement changer la donne ?

Traditionnellement l’Etat pivot du marché du pétrole, celui qui compense avec sa production les troubles du marché, ce ne sont pas les Etats-Unis mais l’Arabie Saoudite. Ryad aurait près de 2 millions de barils/jour de capacité de production non utilisées pour compenser une éventuelle baisse de la production irakienne. Celle-ci a atteint 3,3 millions de barils en début d’année. Et en dernier recours, c’est l’Agence Internationale de l’Energie, le club des pays développés, qui pourrait décider d’utiliser ses stocks stratégiques de pétrole pour contrer une éventuelle flambée de prix. Les membres de l’AIE disposent de 3 mois de consommation normalement. D’ailleurs, personne ne sait de combien seraient les volumes concernés par l’autorisation d’exportation américaine. De manière très hasardeuse la Brookings Institution a parlé de 700 000 barils possible pour l’année prochaine. Si ce chiffre s’avérait exact, il ne permettrait pas d’éteindre un "incendie" dans le Golfe à court terme. Et de toute façon, même le département du commerce conteste l’idée qu’il a autorisé l’exportation, tout au plus explique-t-il qu’il a allégé les contraintes de raffinage sur le pétrole exporté. On sent bien que Washington n’a pas eu l’intention de bouleverser pour l’instant le marché de l’énergie, quand bien même la production irakienne serait menacée.

En creux, que dit cette décision des ambitions énergétiques de Barack Obama ?

Barack Obama n’a jamais eu de politique très claire vis-à-vis du pétrole. Les deux énergies qu’il a favorisées, c’est le gaz et le solaire. Celle qu’il a combattu, c’est le charbon. Au mieux il a promu une meilleure efficacité des véhicules auprès des constructeurs automobiles. Ce geste est peut être tout simplement un geste pragmatique, en atténuant les conséquences d’une "révolution" énergétique qui n’a pas laissé le temps à certains acteurs de s’adapter. La baisse des prix du WTI a par exemple pesé sur les résultats de certains pétroliers. Ouvrir davantage les vannes des exportations pourrait cependant s’avérer nocif pour le secteur des raffineurs, qui lui profite de la hausse de la production US. Aujourd’hui une vingtaine de projets de raffineries pourraient être freiné par cette décision. De même, cette ouverture pourrait nuire aux consommateurs en faisant remonter les prix sur le marché intérieur. Là encore, le risque politique est important pour les Démocrates.

Que penser sur le long terme de la durabilité de ces exportations ? Plusieurs analystes s'inquiètent du fait que les réserves intérieures des Etats-Unis ne soient pas à même de durer plus d'une quinzaine d’années…

C’est bien la crainte de plusieurs élus américains, pour qui le pétrole reste l’énergie stratégique par excellence. Pendant longtemps les Etats-Unis ont ainsi préféré importer du pétrole plutôt que de puiser dans leurs propres réserves. Mais le pétrole de schiste a un peu changé la donne. Alors que les réserves prouvées américaines ont baissé jusqu’en 2008, elles ont recommencé à augmenter avec le pétrole de schiste. Elles auraient augmenté de 35% selon l’agence américaine de l’énergie grâce à ces nouvelles ressources. Après je ne pense pas que l’administration Obama va s’éloigner de cette vision d’un pétrole stratégique, ne serait-ce parce que le pétrole va rester au coeur du secteur du transport encore de longues années.

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