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Plus de la moitié des travailleurs interrogés (51%) ont admis avoir juré au bureau.
Plus de la moitié des travailleurs interrogés (51%) ont admis avoir juré au bureau.
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Et m**** !

Comment réussir à échapper aux sanctions si vous jurez au bureau ou que vous mourez d’envie d’insulter vos collègues

Le fait d'employer des termes blasphématoires ou grossiers envers ses collègues ou supérieurs hiérarchiques procurerait un sentiment réel de bien-être, de liberté, de lâcher prise... Un point sur ce qu'en dit le code du travail français.

Xavier  Camby

Xavier Camby

Xavier Camby est l’auteur de 48 clés pour un management durable - Bien-être et performance, publié aux éditions Yves Briend Ed. Il dirige à Genève la société Essentiel Management qui intervient en Belgique, en France, au Québec et en Suisse. Il anime également le site Essentiel Management .

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Thomas Carbonnier

Thomas Carbonnier

Thomas Carbonnier est avocat associé au sein du Cabinet Equity Avocats. Il intervient en droit des affaires et fiscalité pour une clientèle composée de chefs d’entreprises et de PME. Il enseigne la fiscalité en DSCG à l’INTEC (CNAM) et le droit de l’entreprise à l’École des Ingénieurs de la Ville de Paris. Il est membre associé de l’Institut Français de l’Expertise Immobilière (IFEI) et est titulaire des Master 2 droit fiscal, Master 2 droit financier et D.E.S. immobilier d’entreprise de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.

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Lancer un gros mot n’est pas forcément injurier…

"P….. de m…, je ne fais que des c…….. aujourd’hui !" 

Une étude menée par CareerBuilder démontre que  plus de la moitié des travailleurs interrogés (51%) ont admis avoir juré au bureau. De ce groupe de personnes, 95% affirment qu’ils le font devant des collègues de travail.

"Le juron de portée générale ne s’adresse à personne en particulier. " y en a marre de faire chier le monde ! ", mais encore " p....n quel bordel !" en sont les exemples. Un juron peut être compris comme une insulte selon les circonstances de son emploi. Généralement, le juron est la traduction d’une réaction devant une situation. Il ne vise pas, sauf exception, un destinataire particulier", affirme Thomas Carbonnier avocat spécialiste en droit du travail.

Les insultes, injures ou violences constituent théoriquement une faute grave. Néanmoins, si l’incident est mineur, le licenciement sera jugé sans cause réelle et sérieuse. C'est le cas depuis l'arrêt rendu par la Cour de cassation : le responsable administratif écrivant une lettre susceptible d'être divulguée, dans laquelle il injurie le chef d'entreprise en l'accusant de malhonnêteté, de mensonges et de  graves erreurs de gestion.

A l'inverse, Xavier Camby restreint l'emploi des jurons à un unique contexte : " Un juron peut-être exprimé en faisant une blague à ses collègues ou lorsqu’on est maladroit" .

A  l’inverse, on peut injurier sans utiliser de vrais gros mots…

Lorsque le juron se transforme en insulte ou en injure, Thomas Carbonnier insiste sur le caractère inacceptable de ce comportement : "Ils sont semblables à un coup dont la finalité est de blesser. C’est le passage de la parole à l’acte. Il faut donc éviter de sombrer dedans." Ainsi, les expressions suivantes sont à bannir impérativement : "Vous êtes un informaticien ? Mais vous êtes nul !" ; "Vous n’êtes pas payé à jouer au con !" ; "Vous n’êtes qu’une grosse s.....pe !".  

Dans un arrêt rendu en 2004, la cour de cassation a donc donné tort à une secrétaire qualifiant son directeur de "nul" , "d’incompétent"  et les chargés de gestion de "bœufs". 

La gravité des injures peut varier selon les circonstances dans l'entreprise, les secteurs professionnels...

La cour d’Appel de Paris en 2007 a donné raison à Doc Gynéco licencié par la société EMI en raison des termes provocants employés : "Le "rap" correspond à un style de musique et de chansons qui n’est pas particulièrement "académique", ni dans ses sonorités ni, la plupart du temps, dans ses paroles, ni même quant à ceux qui le chantent. Dès lors, la SA EMI Music France, société de production de musique, qui soutient ce genre de productions et promeut cette musique, à tout le moins pour des raisons commerciales et financières, est par conséquent malvenue à s’étonner voire à s’émouvoir des termes employés par ses interlocuteurs."

Certaines circonstances peuvent excuser en partie le salarié. 

La Cour de cassation a jugé qu’une faute grave pouvait ainsi être écartée lorsqu'il règne dans l'entreprise "un mauvais climat" ou encore lorsque les conditions de travail sont pénibles. Tel fut le cas dans un arrêt rendu le 03 juillet 2001, dans lequel une caissière avait eu des propos grossiers envers un client en fin de journée, un jour de forte affluence.

La Cour de cassation a, par exemple, considéré excusable le fait qu'une salariée traite son patron de "chochotte": "l'incident s'était déroulé dans un contexte de tension pour l'intéressée liée à la restructuration de son service et à l'arrivée d'un nouveau chef."

Cela peut également dépendre du statut professionnel de la personne, de sa légitimité dans l'entreprise…

En effet, l’ancienneté du salarié peut avoir une influence. Les chauffeurs de poids lourds ont le droit de dire "pute" à leur patron. Selon la jurisprudence, la gravité d'une injure varie en fonction de son domaine d'activité La cour de Cassation a ainsi donné gain de cause à un chauffeur de poids lourds qui avait répondu à son chef devant ses collègues "Je ne suis pas là pour faire ta pute". Elle a, en effet, estimé "que leur vulgarité n'excédait pas les limites de ce qui est admissible dans l'univers professionnel des chauffeurs routiers".

Selon Thomas Carbonnier, " Le fait qu'il s'agisse d'un acte isolé, ou les provocations par exemple, peuvent avoir pour effet d'enlever à la faute sa gravité, ce qui permet alors au salarié de bénéficier des indemnités de préavis et de licenciement ."

Ainsi, une salarié chargée du service accueil avait eu des propos incorrects à l'égard d'une cliente ; elle avait quatre ans d'ancienneté et il s'agissait d'un incident isolé. Il a été jugé par la Cour de cassation "absence de faute grave". 

De même dans un arrêt rendu le 21 mars 2000, la Cour de Cassation affirme que le salarié ne peut être licencié que pour des fautes qui lui sont personnelles. Des injures proférées par un parent du salarié en sa présence passive ne peuvent justifier son licenciement.

Les erreurs à éviter….

Les injures ou insultes du salarié à l'égard d'un ou plusieurs collègues constituent souvent des fautes graves, notamment lorsqu'elles sont violentes, graves, répétées, adressées à un supérieur hiérarchique, exprimées en présence de tiers, ou susceptibles d'avoir des répercussions importantes pour l'entreprise.

Ainsi par exemple, ont pu légitimement être licenciés pour faute grave selon la Cour de cassation : le chef de rayon qui en hurlant, injurie le directeur du magasin en présence d'autres salariés et de la clientèle  et également le salarié qui de manières répétées, profère injures et menaces graves à l'égard de plusieurs salariés de l'entreprise.

Il s’agit manifestement de violences au travail dont l’employeur doit préserver ses salariés en raison de son obligation de sécurité de résultat tant aux plans physique que psychique.

Selon Xavier Camby, "L’emploi de ces jurons dans le monde du travail est inadmissible et si cet emploi devient une habitude, cela peut en effet nuire à l’esprit d’équipe, et couper court à toute envie de communiquer". Il faut faire une distinction importante entre l’expression et la communication. La maîtrise de soi étant une qualité indispensable dans une entreprise. Il n’y pas de légitimité au laisser-aller, le manque d’hygiène morale n’est pas tolérable dans une entreprise."

Les jurons peuvent se transformer en violences psychiques. Elles sont alors susceptibles d’être qualifiées de harcèlement moral et être sévèrement réprimés en justice. Il est nécessaire toutefois de rappeler l’équilibre subtil entre la liberté d’expression du salarié garantie par le code du travail et les exigences de la vie en entreprise prônant généralement le "parler impeccable".

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