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Comment parler à ses enfants du Coronavirus sans les faire tomber dans l’angoisse
©LILLIAN SUWANRUMPHA / AFP

Trouver le juste ton

Comment parler à ses enfants du Coronavirus sans les faire tomber dans l’angoisse

L’exemple de la crise climatique le prouve, comme l’ont relevé les autorités sanitaires britanniques, les discours catastrophistes ont un impact sur la santé mentale des enfants. Dans le cas de l’épidémie de Covid-19, la menace est encore plus immédiate mais les plus jeunes doivent absolument être protégés de la psychose.

Jean-Paul Mialet

Jean-Paul Mialet

Jean-Paul Mialet est psychiatre, ancien Chef de Clinique à l’Hôpital Sainte-Anne et Directeur d’enseignement à l’Université Paris V.

Ses recherches portent essentiellement sur l'attention, la douleur, et dernièrement, la différence des sexes.

Ses travaux l'ont mené à écrire deux livres (L'attention, PUF; Sex aequo, le quiproquo des sexes, Albin Michel) et de nombreux articles dans des revues scientifiques. En 2018, il a publié le livre L'amour à l'épreuve du temps (Albin-Michel).

 

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Atlantico.fr : Une étude britannique explique qu'un enfant sur cinq est troublé psychologiquement - et cauchemarde - face à certains sujets de sociétés comme le réchauffement climatique par exemple.

Si l'on prend le cas du coronavirus, comment peut-on faire pour expliquer - sans dramatiser- la situation aux enfants ? Est-ce aux parents de d'abord faire un travail sur eux ? 

Jean-Paul Mialet : Je vais répondre simplement à votre question : les enfant sont rassurés quand les parents sont rassurants. Et des parents rassurants sont des parents rassurés - j’entends vraiment rassurés et ne faisant pas semblant d’être détendus alors qu’ils ne le sont pas. Les enfants sont beaucoup plus sensibles au faux semblants que les adultes, ils savent percevoir les émotions qui se cachent derrière un sourire affecté, et ils décodent mieux que des adultes ce que trahissent des attitudes imperceptibles.

Existe-t-il une manière en particulier pour expliquer ce genre de choses aux enfants ? Comment leur en parler sans les faire psychoter ?

La formulation de la question oriente la réponse. La crainte de faire « psychoter » son enfant est déjà une bien mauvaise manière d’aborder la question. Des parents qui redoutent de troubler profondément leur enfant en exposant une situation comme celle de l’épidémie à laquelle nous sommes confrontés ne peuvent pas être des parents rassurants. Leur enfant est-il donc à leurs yeux si fragile qu’il faille le protéger contre toutes les réalités et lui taire tous les dangers ? 

La bonne manière de présenter la situation à un enfant est de rester au plus près des faits en se mettant à son niveau, ce qui certes, n’est pas si simple. Trouver les mots pour parler de virus, d’infection, c’est s’exposer à des questions de l’enfant auxquelles on ne pourra pas toujours répondre. Mais il est facile de lui rappeler l’expérience des maladies qu’il a faites dans son jeune âge, de parler des grippes, rhumes et autres affections qui se sont propagés dans son école : bref, d’aborder à propos d’exemples concrets la question de la survenue et de la transmission d’une maladie. On peut alors expliquer qu’une forme nouvelle de maladie est apparue - une cousine de la grippe que l’on ne connaissait pas jusque là – et qu’elle semble se propager rapidement mais qu’elle n’est pas trop méchante, en particulier pour les enfants. Naturellement, si l’enfant est en âge de regarder la télévision, il faut s’attendre à des interrogations supplémentaires qui mettront à l’épreuve la sérénité des parents, mais c’est déborder sur la question suivante...

Les médias, politiques et même les parents ont-ils une responsabilité face à cela ? Les discours catastrophistes sont-ils la cause principale de ces troubles

Revenons à votre présentation qui aborde le sujet par le détour des « troubles psychologiques » des jeunes provoqués par le réchauffement climatique. Si l’on veut que les enfants restent calmes, n’exagérons rien, à commencer par leurs tourments écologiques. Il est vrai qu’on constaté la montée d’une « éco-anxiété » des jeunes, mais sans pouvoir bien en apprécier l’extension et la profondeur. Des enquêtes réalisées au Royaume Uni indiquent qu’un enfant sur cinq fait des cauchemars à propos du changement de climat : bien, mais n’oublions pas que le cauchemar est une péripétie normale du sommeil, chez les enfants comme chez les adultes. Le fait que les thèmes habituels (forces maléfiques ou requin des dents de la mer, par exemple) soit aujourd’hui concurrencés par les thèmes de désastre écologique montre simplement combien l’écologie est devenue pour la jeunesse une source de fantasmes angoissants. 

Comment expliquer cela ? Trois éléments y contribuent, qu’il convient d’analyser pour répondre à votre question : 1)  la vulnérabilité émotionnelle des jeunes gens dont l’imaginaire reste encore imparfaitement borné par la clairvoyance de la maturité ; 2) le tapage médiatique autour des thèmes que l’on présente justement de façon à frapper l’imagination, car l’émotion fait vendre ; 3) l’attitude des adultes qui ne rassure pas les jeunes (sur le même sujet, une enquête complémentaire d’un large groupe de 8 à 16 ans révèle que près de la moitié ne font pas confiance aux adultes pour s’attaquer à la crise climatique).

Déplaçons nous à présent vers le coronavirus. 

Il est clair que l’information dans ce domaine n’a jamais rien eu de rassurante. Au début de l’épidémie, les medias ont relayé une parole officielle qui se voulait apaisante en pratiquant la banalisation et le déni (« La France ne sera jamais atteinte !»). Lorsque l’extension s’avérait inévitable, il y a alors eu une sorte de harcèlement médiatique avec décompte pluriquotidien du nombre de cas atteint, des décès, etc. Le nombre de personnes guéries s’efface derrière ces statistiques sinistres. Ce tapage médiatique n’est pas dénué de bonnes intentions : il nous rappelle les règles d’hygiène et de prudence destinées à contenir l’épidémie. Mais on ne me fera pas croire qu’il ne vise pas également l’audimat… Et il convient de plus aux politiques qui préfèrent aujourd’hui montrer qu’ils prennent les choses au sérieux pour ne pas se faire accuser de les avoir prises à la légère, comme ils l’ont fait au début.

Voilà pour l’environnement médiatique. Quand aux adultes, un grand nombre d’entre eux semble avoir été toujours entretenu dans l’illusion qu’on pouvait tout maîtriser et panique dès qu’un événement imprévu surgit. Quoi, vivre comporte donc des risques, on ne peut être constamment protégé, et on ne leur en avait rien dit ? Ce ne sont pas ces adultes-là qui peuvent rassurer les enfants… Ceux qui, en principe, devraient avoir le discernement de la maturité et être en mesure d’apaiser les enfants, se comportent souvent eux-mêmes comme des enfants : le virus inconnu réveille la bonne vieille crainte du loup qui autrefois, les faisait trembler dans le noir ; alors, pour se rassurer, ils se nourrissent avidement d’histoires qui font peur, avec la complicité des médias.

Peut-on revenir sur terre à propos d’un exemple personnel ? J’avais 22 ans et j’étais alors jeune médecin en Tunisie. Certains de mes propos ayant déplu à mon chef de service, on m’a affecté au pavillon des contagieux. J’y ai travaillé pendant plus d’un an et je n’en suis pas mort. N’est-ce pas une nouvelle réjouissante, en cette période de sinistrose ?

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