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Comment notre société hypersexualisée stigmatise les "no sex"
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Comment notre société hypersexualisée stigmatise les "no sex"

Malgré les nombreux articles consacrés au sujet, beaucoup de femmes ne sont pas en paix avec leur corps et leur vie sexuelle. Dans ce livre, le Dr Laurent Karila remet les pendules à l’heure : l’envie, le désir, le plaisir ne vont pas forcément de soi et doivent faire l’objet de divers apprentissages. Car, malgré la libération des mœurs, le sexe féminin demeure parfois un mystère pour les intéressées elles-mêmes…Extrait de "Votre plaisir vous appartient" de Laurent Karila, chez Flammarion.

Laurent Karila

Laurent Karila

Laurent Karila est psychiatre-addictologue et porte-parole de l'association SOS Addictions.

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Vivre sans sexe, est-ce possible ? Le sexe est une récompense naturelle au même titre que se nourrir ou boire pour se désaltérer. Il est nécessaire à la survie, à la reproduction de l'espèce. Cependant, la vie sans rapport sexuel n'est en rien pathologique. 

Tous les scénarios sont possibles. L'amour et la passion font partie de la géographie émotionnelle du couple. Toutefois, le désir peut s'estomper après des années, même si l'amour reste, lui, toujours présent. Les protagonistes connaissent les moindres détails physiques et psychiques de l'autre et ne ressentent parfois plus l'envie de faire des prouesses au lit. D'autres peuvent faire le choix de l'abstinence sexuelle après une rupture sentimentale douloureuse, ou pour des raisons religieuses, vivre leur histoire uniquement sur un versant intellectuel et émotionnel, ou s'investir dans leur travail, l'éducation des enfants ou dans d'autres activités. Certains y trouvent une satisfaction, d'autres pas. Géraldine, 39 ans, n'a pas fait l'amour avec son mari depuis l'arrivée de leurs jumeaux : « Cela s'est fait naturellement, on le vit bien ainsi et il y a beaucoup d'amour entre nous. » Lina, 47 ans, mariée depuis 25 ans, a trois enfants et un travail qui lui prend énormément de temps. Elle est toujours amoureuse de son époux. « Je n'ai plus de sexualité mais j'ai une vie formidable et je suis comblée », explique-telle. La maladie peut aussi contraindre auno sex. Certains troubles du désir peuvent être l'expression de traumatismes psychologiques et/ou physiques. La psychothérapie peut alors être envisagée.

Une enquête récente a montré qu'environ 11 % des femmes et un peu plus de 6 % des hommes n'avaient eu aucun rapport sexuel au cours de l'année écoulée. Il s'agit de M. et Mme Tout-leMonde, célibataires, mariés, en concubinage, âgés de 30 à 50 ans, vivant en zone urbaine ou rurale. Ces personnes ne sont pas forcément dans l'obligation d'une abstinence sexuelle mais revendiquent le droit à celle-ci. Certains le crient même haut et fort. Né aux États-Unis, le courant de l'asexualité a récemment bénéficié d'une belle vitrine grâce à Internet. Il existe même une Journée de l'asexualité fin avril ! Un asexuel est une personne qui a une absence d'attirance sexuelle pour une autre, quelle que soit son orientation sexuelle. Rien ne l'empêche, physiquement, de faire l'amour avec son partenaire, mais l'envie n'est pas là. L'asexualité n'a rien à voir avec l'abstinence sexuelle. Elle se positionnerait plutôt comme une orientation sexuelle, au même titre que l'homosexualité ou l'hétérosexualité. Pour ce courant, le sexe n'est pas une obligation. 

Encore une fois, il n'y a pas de norme. Une vie sans rapports sexuels n'a aucun impact sur la santé physique ni psychique. Aucune étude scientifique ne l'a montré. Mais notre société hypersexualisée stigmatise ces « no sex » car ils la remettent en question et sont à contre-courant. Toute personne est libre de vivre une vie sans sexe tant qu'elle n'en souffre pas. Dans une vie de couple, si ce choix est fait, il faut une ligne de conduite commune.

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