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Comment le Portugal a réussi à sortir du gouffre économique dans lequel il était tombé
©Reuters

Bon élève ?

Comment le Portugal a réussi à sortir du gouffre économique dans lequel il était tombé

Durement touché par la crise, le Portugal a réussi à relever la tête, notamment en opérant un virage (graduel) anti-austérité au bon moment.

Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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Il y a quatre ans seulement, le Portugal était sous le coup des créanciers internationaux. Ses banques se balançaient, le chômage était proche de 18% et des dizaines de milliers de Portugais quittaient le pays. Le mois dernier, S&P Global Ratings a rehaussé la note de crédit du Portugal passant de BB+/B à BBB-/A-3. Comment le Portugal a-t-il réussi à redevenir "fréquentable" d'un point de vue économique ?

Rémi Bourgeot : Le Portugal a effectivement été durement touché par la crise dans le sillage de son voisin espagnol et de l’explosion de sa bulle immobilière. Le pays, après avoir du faire appel à un programme d’aide financière européenne a mis en place les lourdes mesures d’austérité qui lui ont été imposées sans broncher. Le Portugal a ainsi été mis en avant par les créditeurs, en particulier par les responsables allemands comme le bon élève des réformes structurelles dictées dans le cadre des « bailout ». L’Irlande, qui a connu une déflagration financière d’un autre ordre, a aussi été présentée comme un bon élève des réformes et de la reprise. Dans la réalité, l’Irlande a, très judicieusement fini par restructurer sa dette héritée des sauvetages bancaires et étalant les paiements dus par le gouvernement à la banque centrale irlandaise.

L’austérité, dans sa forme aiguë, a durement essentiellement de 2010 à 2012, environ trois ans. Cela a été suffisant pour faire des dégâts considérables et détruire les chances d’insertion professionnelle stable de toute une génération. Néanmoins cela fait déjà cinq ans que cette stratégie a été décrédibilisée, après notamment que le FMI a changé de position en la matière. Par ailleurs, alors même que l’on renonçait aux mesures d’austérité les plus dures (en dehors du cas grec bien sûr) pour les pays présentés comme s’étant réformés, la BCE a mis en place un soutien monétaire massif, qui a créé des déséquilibres certes, mais a entraîné un effondrement des taux d’emprunt des Etats périphériques, leur permettant de refinancer leur dette en sortant progressivement de la spirale infernale de l’austérité et de l’explosion des dettes publiques.

D’une façon quelque peu comparable à l’Espagne, le Portugal a fondé son rebond économique sur une réorientation vers les exportations. Notons que cette stratégie est liée à la compression salariale, associée naturellement à la recherche de nouvelles cibles d’exportation comme le Brésil de façon assez naturelle pour le Portugal lorsque ce pays connaissait une forte croissance. La reprise économique au Portugal a donc reposé sur la transition vers un modèle d’exportation reposant sur l’abaissement des coûts plus que sur des gains de productivité substantiels. Au contraire le Portugal comme tous les pays du Sud de la zone euro et la France sont engagés dans la voie d’une véritable relégation technologique et n’ont manifestement pas pris la voie d’une croissance très stable.

Quelles leçons pouvons-nous tirer du Portugal ? Comment expliquer qu'ils aient réussi la ou d'autres (comme la Grèce) ont échoué ?

 Il faut d’abord noter les différences importantes entre le Portugal et la Grèce, qui expliquent leur dynamique divergente sous le régime de l’austérité. L’Etat grec connait un véritable problème de fondation, de structure. Ainsi l’austérité a non seulement entrainé une dépression qui a vu le pays perdre un quart de son activité économique, mais cette austérité était largement hors sujet. Là où il fallait assurer la consolidation de certains pans de l’Etat et assurer le déploiement de l’Etat de droit, on a au contraire dangereusement affaibli les institutions politiques et économiques. Malgré les faiblesses économiques relatives du Portugal, l’Etat et les diverses institutions y sont beaucoup plus solidement établis qu’en Grèce. Le Portugal ne s’est ainsi pas retrouvé en proie à cette spirale d’acharnement au moyen de mesures d’austérité qui ne faisaient qu’aggraver le problème, et a pu commencer à rebondir économiquement avec la sortie progressive de l’austérité, les exportations, et le soutien monétaire massif de la BCE.

Le Portugal semble être devenu ce que l'on pourrait appeler la "coqueluche" anti austérité. Beaucoup saluent sa politique sociale qui prend Bruxelles à contrepied. Pour autant, est-ce nécessairement vrai ? L'amélioration économique du Portugal n'est-elle pas plutôt due à la cure de rigueur que le gouvernement précédent (centre droit) avait mise en place ? Les mesures du gouvernement socialiste actuel (en place depuis 2015) ont-elles vraiment eu un effet bénéfique ?

Depuis 2015 effectivement, le pays a un gouvernement de coalition anti-austérité. La sortie de crise s’est néanmoins dessinée avant cette élection. Il est possible que la politique de ce gouvernement encourage la croissance, mais le virage en matière de politique budgétaire a eu lieu plusieurs années auparavant. Si les politiques d’austérité s’étaient poursuivies après 2012 au même rythme que pendant les premières années de crise, la reprise aurait été tuée dans l’œuf. Donc on ne peut pas dire qu’on ait eu une politique d’austérité uniforme jusqu’en 2015 puisqu’il y ait eu un changement de cap. Les choses se sont faites de façon bien plus graduelle. La coalition au pouvoir a réinscrit à son budget un certain nombre des dépenses sociales qui avaient été balayées dans le cadre de l’austérité, mais cela n’est pas très surprenant une fois que le pays émerge de la crise. Quant aux politiques d’austérité en elle-même, il est difficile d’y voir une vertu. Ce choix fait par l’UE et les créditeurs, dont dans un premier temps le FMI, s’est avéré particulièrement néfaste et dénué de bon sens dans une période de crise économique et financière redoutable. L’idée que la crise de l’euro aurait une origine strictement fiscale défie par ailleurs la logique. Il s’agit d’une crise provoquée par les divergences économiques réelles au sein de la zone euro, les différences d’inflation qui ont miné la compétitivité du Sud et les bulles immobilières espagnole et irlandaise qui ont déclenché la crise bancaire européenne et ainsi fait dérailler les finances des Etats.

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