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Comment la carte mondiale des collectionneurs d'art dessine la perte d’influence culturelle française
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Exception qu'ils disaient...

Comment la carte mondiale des collectionneurs d'art dessine la perte d’influence culturelle française

Comme chaque année, ARTNEWS publie la liste des "200 Top collectors", les acheteurs les plus actifs dans le monde. La France, supposée reine des beaux-arts, y totalise péniblement 8 collectionneurs.

Nina Rodrigues-Ely

Nina Rodrigues-Ely

Nina Rodrigues-Ely enseigne le Marché de l'art contemporain et l'Art contemporain à l'INSEEC Business School et participe au comité de perfectionnement de l'IESA. Nina Rodrigues-Ely est également la fondatrice de l'Observatoire de l'art contemporain, une plateforme numérique de décryptage, d'analyse et de conseil depuis 2006.

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Si l'on peut s’interroger sur les critères de sélection ainsi que sur leurs capacité à entièrement rendre compte de la nouvelle dynamique des collectionneurs français, il est clair que la liste retenue cette année par la revue ARTNEWS reflète les différents types de comportements, tout particulièrement au sein des huits collectionneurs français retenus. 

Les amateurs d’art engagés et passionnés comme Antoine de Galbert et les Gerlain.

Bon nombres de collectionneurs français passionnés d'art contemporain tendent à devenir de véritables spécialistes en s'engageant personnellement, voire intimement dans des actions de mécénat ou d'utilité publiqueA l’esprit  prospectif, ils sont conscients de détenir le pouvoir économique et participer à la création du premier marché. Ils mettent aussi en place des dispositifs d'organisation, de diffusion de l'art contemporain, de soutien aux artistes.

Les grands mécènes à l’ancienne comme Hélène et Michel David-Weill ou les Rotschild 

Ils sont animés par une passion et un esprit philanthropique dirigeant leur collection autour des Arts Décoratifs, les Beaux Arts, se référant ainsi à une généalogie familiale.

Les nouveaux mécènes comme Bernard Arnault ou François Pinault

Ils dirigent  et développent leur fondation avec un esprit. Ainsi l'art contemporain est-il devenu un des outils avérés de stratégie dans l'économie du luxe. Par sa proximité avec le monde des arts ou sa sensibilité artistique, un dirigeant doit se faire visionnaire, distiller son aura par sa capacité à faire rêver et faire naître des projets ou visions d'artistes hors du commun.

Les récentes vocations comme Carmignac qui dirige un fond d’investissement.

Sa fondation ouvrira bientôt à Porquerolles, une île enchanteresse du sud de la France. Une direction assumée et mimétique Art contemporain  qui correspond comme beaucoup d’autres collectionneurs à «une façon d'être en contact avec le monde de demain, de comprendre la forme qu'il sera amené à prendre.

Au-delà du seul cas français, les personnalités qui composent cette liste ont pour point commun une capacité d’achat hors-normes et un degré d’influence qui en est le corollaire. C’est un instantané des nouvelles classes dirigeantes dans le monde et un miroir de la globalisation.

>>> Voir ici pour consulter le classement réalisé par ARTNEWS dans son intégralité

Le classement illustre aussi une cartographie du mouvement des forces identitaires issues de la mondialisation. Ainsi les USA restent prépondérants avec 99 grands acheteurs sur les 200 sélectionnés par la revue. Le reste se déploie entre l’Amérique Latine (10), l’Europe (67), le continent asiatique (15), Russie et Ukraine(4), le Qatar (1), Afrique du sud (1)… La France compte seulement 8 acheteurs dans le classement.

Il faut savoir que l’art, le développement de son marché a toujours épousé les oscillations géopolitiques et les grandes mutations commerciales. De la Renaissance au XVIIIème siècle, de la révolution industrielle à l'avènement de la bourgeoisie, de la modernité à l'hégémonie américaine après guerre, des collections se sont faites, défaites, d'autres se sont refaites.

Le marché de l'art s'est radicalement transformé ces dernières années. L'internet et la révolution technologique en ont modifié structurellement les modes de promotion et de transaction, une évaluation que l'on peut aujourd'hui suivre dans un flux continu.


Il a suivi les transformations de l'économie mondiale amorcée dans les années 80 : les années Reagan et les années Tatcher, la chute du mur de Berlin et l'affaissement du bloc Est-Ouest, l'ouverture de la Chine et le déplacement du centre de gravité économique vers l'Asie, l'émergence des ultra fortunes et l'afflux considérable de liquidité dans l'économie mondiale.

Comme toujours l'art devient un prétexte identitaire et communicant, l'apparat des nouvelles classes économiques dirigeantes.

Dans la fulgurance de ces mutations, l'art contemporain, considéré comme un luxe, est reconnu par le monde de la finance comme une niche passion, une alternative de diversification d'investissements. Ces dix dernières années on a assisté à des modifications conjoncturelles des acteurs du marché comme:

  • Le développement géostratégique des grandes foires majeures dans des villes comme New York, Londres, Miami, Paris Hong Kong,
     
  • L’explosion des fonds d’investissement en occidents et des « Art Stock Exchange » en Chine
     
  • L’apparition d'une nouvelle conception de "ports francs" sur les aéroports de villes stratégiques, véritables forteresses de luxe
     
  • Le retour en force des Art Advisors, résurgence contemporaine du métier d'intermédiaire, jadis conseiller des princes
     
  • L’irruption des méga galeries, méga organisations à tendance muséale, dont certaines positionnent leurs succursales sur la planète comme des pions sur un échiquier.
     

Par delà le simple investissement, un bon nombre sont devenus des influenceurs, voire des prescripteurs dans l’écosystème de monde de l’art par leur professionnalisation à travers une fondation, des activités de grands mécène ou de découvreurs (Phelps de Cisneros, De Galbert, Pinault, Arnaud, Ullens…)

 

 

 

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