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Comment l'influence des francs-maçons a permis l'abolition de l'esclavage
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Loges d'influence

Comment l'influence des francs-maçons a permis l'abolition de l'esclavage

Si l'ensemble de la communauté maçonnique s'est ralliée en 1848 à l'abolition de l'esclavage, Emmanuel Pierrat et Laurent Kupferman expliquent que c'est à des loges des Antilles que l'on doit l'impulsion d'une telle avancée. Extrait de "Ce que la France doit aux Francs-Maçons" (2/2).

Laurent Kupferman et Emmanuel Pierrat

Laurent Kupferman et Emmanuel Pierrat

Laurent Kupferman est comédien et chanteur. Il est par ailleurs cofondateur de l'Orchestre symphonique d'Europe  et conseiller au Cabinet du Ministre de la Culture. Il est par ailleurs consultant en communication et chroniqueur littéraire dans le 17-20, un Talk-Show animé par Alexandra Kazan sur SNCF La Radio.

Emmanuel Pierrat est avocat au barreau de Paris et dirige un cabinet spécialisé dans le droit de la propriété intellectuelle. Chroniqueur, romancier et auteur de nombreux essais et ouvrages juridiques, il est notamment l’auteur de La Justice pour les Nuls (First, 2007).

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Le 21 mai 1981, François Mitterrand célébrait son accession à la présidence de la République par une cérémonie au Panthéon qui devait marquer durablement les esprits. Se détachant d’une foule immense, le nouveau président entrait, seul, dans le temple dédié « aux gloires de la France », pour y fleurir trois tombes, celles de Jean Jaurès, de Jean Moulin et de Victor Schoelcher. La mise en scène, admirée par les uns, décriée par les autres, eut au moins un mérite : remettre en lumière le nom d’un oublié de la République. Car si tout le monde savait qui étaient Jean Jaurès et Jean Moulin, dont les rues éponymes fleurissent dans les moindres communes, les journalistes durent rappeler que la France devait à Victor Schoelcher l’abolition de l’esclavage (en 1848).

Les loges des Antilles

Or, Victor Schoelcher fut de ces francs-maçons militants qui voulaient mettre en adéquation avec la réalité des faits la devise – autant républicaine que maçonnique – « Liberté, Égalité, Fraternité ». Pourtant, si, en 1848, au moment de l’abolition définitive de l’esclavage en terre de France, l’ensemble de la communauté maçonnique s’était rallié, par conviction, à cette mesure humaniste, force – et sagesse – est de reconnaître que, pendant longtemps, la question de l’esclavage ne suscita aucune position officielle des loges – et pour cause : elles étaient traversées de courants pour le moins contradictoires. Le xviiie siècle ne fut pas que le siècle des Lumières : c’est aussi à cette période que la traite des Noirs, destinée à alimenter les colonies en esclaves, connut un développement considérable. C’est également le siècle où la franc-maçonnerie prit son essor. Et pas seulement dans la métropole : la première loge coloniale serait apparue en 1738 en Martinique. D’autres vont rapidement suivre un peu partout : en Guadeloupe – où la première loge, Sainte-Anne, se crée en 1745, dans la ville du même nom –, à l’île Bourbon (La Réunion), à Saint-Domingue (Haïti), etc. Leur succès rapide s’explique facilement, à une époque où le bouillonnement des idées entraîne, en métropole, l’éclosion de clubs, d’académies et de salons de toutes sortes. Comme il n’existe rien de tel dans ces îles lointaines, les loges servent autant de lieux de sociabilité que d’espaces de fraternité, où sont discutées les idées des Lumières. Mais attention : le recrutement sociologique de ces loges n’est guère le reflet des situations locales. Elles ne réunissent que les « grands Blancs » : riches planteurs et négociants, ou militaires gradés venus de la métropole, issus de la grande bourgeoisie ou de la noblesse. À l’inverse des loges de la métropole, qui s’ouvrent progressivement, dans le siècle, à la petite bourgeoisie, les loges coloniales demeurent fermées aux « petits Blancs » et n’admettent les Créoles qu’avec parcimonie. Quant aux mulâtres et aux Noirs, ils en sont totalement exclus.

Dans un contexte démographique qui leur est numériquement défavorable – à la fin de l’Ancien Régime, aux Antilles le rapport entre Blancs et Noirs est de un pour dix –, les « grands Blancs » cultivent l’entre-soi dans une atmosphère de complexe obsidional. L’obsession de garder ses distances avec les Noirs et les mulâtres est telle que, lorsqu’une loge veut en discréditer une autre, elle invoque bien souvent la mésalliance d’un ou plusieurs de ses membres avec des esclaves ou descendants d’esclaves. Bien peu, alors, songent à critiquer le fameux « Code noir », plusieurs fois remanié, dont la première promulgation date de 1685 et qui codifie le statut des esclaves, auxquels est déniée toute personnalité civile : l’esclave fait partie du patrimoine de son maître, qui peut le vendre à sa guise ou le transmettre à ses héritiers.

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Extrait de "Ce que la France doit aux Francs-Maçons", First éditions (4 octobre 2012)

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